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Full text of "Grammaire comparée des langues de la France: Flamand, allemand, celto-breton ..."

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GRkMMkIRE COMPAREE 



LANGUES DE LA FRANCE. 



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GRAMMAIRE COMPARÉE 



LANGUES DE LA FRANCE 



LOUIS DE BAECRER 



FURIRD.HLEUHD 

CCLTD-BRETOII , BUgDE. FRlVENCtL 
ESPUNOL, ITtLIEH. FURCIIS 

tcBfiTfa ti snsciiT. 



PARIS 

LIBRAIRIE CH. BLÉRIOT 

IS, rii( Bonapiru 



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D,j,i„.jb, Google 



INTRODUCTION 
t 

ORIGINE DES LANGUES 



« Avant toutes choses était le Verbe , et le Verbe était 
ix Dieu; le monde, a été créé parla puissance du Verbe, et 
fe le Verbe a été la lumière du monde , et le monde n'a eu 
t( qu'un Verbe {!). » 

Ainsi s'exprimeot la Genèse et l'Evangile. Four Moïse , 
le législatenr du peuple d'Israël , et pour Jean , l'apdtre du 
Cbrislianisme , la parole est l'attribut le plus grand , le plus 
digne de Celui qu'ils désignent par deux lettres , la première 
et la dernière de l'alpbabet : Ego sum alpha et oméga. Je 
suis le commencement et la fin. La parole divine a donné 
la vie i l'univers , et elle s'est reflétée dans la langue de 
l'humanité , une langue-mère : voilà la tradition ! 

EiQanée de Moïse , adoptée par le Christianisme , elle a 
atteint les proportions d'une croyance religieuse , et elle est 
restée longtemps incontestée. 

Lorsque l'homme , avide de connaître les causes de ce 

(I) Bral auttn terra labii umw i 



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— 2 — 

qai est , eut posé cette question : Qaelle a été la première 
langue parlée sur la terre? quelle est la langae primitive? 
la réponse a été d'abord confase. 

Les premiers écrivains qui se sont occupés de linguistique 
sont Platon dans son Cratyle, Aristote dans son Interpré- 
tation, et Varron dans son traité De la langue latine. Mais 
les théories qu'ils ont exposées dans ces ouvrages sont pIutAt 
relatives à la grammaire qu'à l'histoire des langues. Cepen- 
dant Hérodote a rapporté (liv. II , c. 2) que Fsammelicus , 
roi d'Egypte, voulant savoir quelle avait été la première 
langue parlée par les hommes , fit eafermer deux enfants 
nouveau-nés sons la surveillance d'un gardien on berger, 
auquel il avait enjoint de les tenir éloignés de tout contact 
avec les hommes et de ne leur jamais adresser la parole. 
Mais il lui recommanda expressément de saisir et de retenir 
le premier mot qui sortirait de la bouche des petits prison- 
niers. Lorsqu'ils enrent atteint l'ftge de parler, le berger en.- 
tendit un jour les enfants proférer ce cri , Beccos. Le roi , 
averti du fait , remarqua la même exclamation , et s'étant 
nformé du sens qu'il fallait attacher h ce mot, on lui dit 
que les Phrygiens désignaient le pain par Beccos: et le roi 
eu conclut que la langue phrygienne était la langue origi- 
nelle et naturelle tk tous les hommes. Mais depuis on a re- 
nouvelé l'expérience de Psammeticus , et les enfants sont 
restés muets. 

La recherche de la langue primitive n'a été franche- 
ment abordée que par les commentateurs de la Bible , 
par les théologiens. Il y avait là pour eus un intérêt reli- 
gieux , il fallait pouvoir confirmer le récit des livres saints. 
L'hébreu obtint alors on droit de primogénitnre sur les 
autres langues , et des esprits d'une haute valeur , parmi 
lesquels on compte Juste-Lipse , Vossius et Dom Galmet, 



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— 3 — 

BttaebèreDt à ce droit une importance presque égale à 
celle d'an article de foi. 

Théodoret (1), Amira (2), Mjricœus (3) et d'aatres 
maronites éa Mont-Liban , ne laissèrent pas longtemps ta 
langue hébraïque en possession de «on triomphe. Ils reven- 
diquèrent la priorité d'origine pour l'abyssinien , le syriaque, 
le chaldéen , l'arménien et l'éthiopien. Les Egyptiens et les 
Chinois élevèrent les mêmes prétentions en faveur de leur 
langue nationale. 

Pezron et Pelloatier se firent les champions du bas- 
breton; Th. de Sorreguieta (4), D. P. de Astarloa (5) et 
J. B. Erro (6) plaidèrent pour le basque ; Goropius Be- 
canus (7), Adrien Van Schrieck (8) et Je gantois de 
Grave (9), pour le flamand. Latour d'Auvergne , l'auteur 
de l'Origine des premières sociétés , et Court de Gebelin , 
l'auteur du Monde primitif, défendirent les droits du 
celtique. 

C'était en décomposant les mots de leur langue et en 
en comparant les syllabes à des syllabes d'autres langues , 
que ces auteurs s'efforçaient de prouver l'antiquité de leur 
idiome de prédilection. Et pour donner un corps â leur 
singulier système, ils ont écrit des livres volumineux t Seu- 
lement, à tont cet échafaudage il manquait une base 
scientifique. Afipuyé sur des rêves, il dut s'écrouter et 
s'anéantir le jour où la philologie entra dans la voie qui 

(l)Qii. fiO, 61, <■ GcMi. 

(î) Pralitl. inmim Gramm. Syr. 

(3) Prafal. in Gramm. twm Chald. 

{i)la 5emaini eipagHale-batque. Madrid, 180t. 

(!S) Apologie de la Imgui batijue. Hadrldi lSb3. 

{6) El Alfabêlaprimiliuo. Uaiiiâ, 1806. 

(TjOnjineiHnlPcrpionœ, Anters, 1569. 

(8) Originel rtnan eelliearvm. Ypres, IGII. 

(9) La RipiMigue dêt Champi-Elyiéei.O»ni, iHM. 



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_ 4 _ 

Tenait de s'oofrir anx sciences positives, c'est-à-dire 
lorsqu'elle adopta , comnie la phjsiqne et la chimie, l'ob- 
BorratioD. des Eaits poor base de ses expériences et de ses 
lois. 

Leibniti attacha soo nom i ce nonte) essor donné & la 
lîngaîstîqae. 

Depuis lors , des spécimens de tontes les langoes de 
l'Europe et même du monde connu furent colligés. Le 
jésuite espagnol Hewas en publia à Césène , et l'impératrice 
de Russie Catherine H fît paraître à Saint-Pétersbourg nn 
vocabulaire comparé des idiomes de l'Europe , de l'Asie et 
de l'Afrique. Ces précieux matériaux , joints anx versions 
de rOraisoD dominicale dans presque toutes les langues de 
la terre (versions que S. Charaberlaybe avait réunies et 
publiées h Amsterdam) , furent de la plus grande utilité. 
Ils facilitèrent l'étude des langues ; on compara celles-ci 
entre elles, on les groupa par familles, et l'on crut à leur 
parenté , quoiqu'on ne sAt pas encore comment elle s'était 
établie. 

La philologie en était là , lorsqu'à la fin dn dli-huîtième 
siècle , elle reçut de la politique un secours inattendu : les 
Anglais s'étaient rendus maîtres des Indes , et le sanscrit , 
l'ancienne langue sacrée des Indiens , attira l'attention des 
savants de la Grande-Bretagne. 

« Cette langue , dit M. Le BrocqHj , dont les premiers 
monuments remontent à trente-trois siècles , a eu une 
destinée semblable à celle d'une de ses filles , la lan- 
gue de l'ancienne Rome. Comnie le latin, le sanscrit est 
depuis longtemps nne langue morte, et, comme lui. 
il n'a pas cessé de servir de langue sacrée à des popu- 
lations nombreuses; comme lui encore, et bien plus que 
lui, il a donné le jour à beaucoup d'autres idiomes; enfin. 



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, _ 5 — 

toujonrB comme la langue du Latiara , il a laissé une foule 
de documents d'une grande valeur littéraire . et qui per- 
mettent de le soumettre & une ébide philologique appro- 
fondie. 

« Cet antique idiome se parlait jadis dans tout l'Indon^ 
tau, depuis le golfe de Bengale jusqu'à la mer d'Arabie, 
et depuis l'extrémité méridionale du pays jusqu'aux mon- 
tagnes Himalaya au nord. Le sanscrit est bien sapérienr 
au latin , et plus parfait encore que le grec : de toutes les 
langues connues , c'est la plus Deiible , la plus composée 
et la plus complète. Elle se prête à une analyse pour ainsi 
dire microscopique ; tous ses mots dérivés se ramènent faci- 
lement et clairement à leurs racines premières , qui exis- 
tent dans la langue elle-même. 

« Or, pour les premiers linguistes à qui fut révélée 
l'existence du merveilleux idiome ,ce ne fut pas un médio- 
cre sujet de surprise et de joie de découvrir que le sanscrit 
était l'origine non-seulement des idiomes modernes de 
l'Inde et de l'ancien persan , mais aussi qu'il était la souche 
d'où s'étaient focmées tontes les grandes branches du lan- 
gage européen , le grec , le latin et le teutoniqoe , avec 
toutes lebrs ramifications , ainsi que le celtique et le slave , 
avec lenrs affiliations diverses. Dès lors, la révolution lin~ 
guistiqoe fut consommée , et la science s'est depuis trouvée 
portée sur on terrain solide , voie large et féconde par 
laquelle bienldt elle a marché à de grandes et magnifiques 
conquêtes. 

n Des savants de presque toutes les parties de l'Eu- 
rope , et particulièrement de l'Allemagne , s'associèrent , 
pour l'étude comparée du sanscrit , anx travaux de la so- 
ciété asiatique de Calcutta et d'autres linguistes anglais. 
L'unité originaire de toutes les langues de l'Europe fut 



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établie avec une entière évidence , saaf deux idiomes d'[ni 
domaine géagrBphi<]ue peu étendu , le finnois et le basqae, 
qai ont été reconnas ne point se rattacher i la langue de 
l'Inde (1). 

« En même temps que les limites de la hante linguisti- 
que , furent reculées prodigieusement les bornes de l'etb- 
nographie , science née ave<- elle , et dont désormais elle 
est inséparable. Les vagues traditions conservées des temps 
antéhistoriques , les données incertaines des écrivains de 
l'antiquité et les timides conjectures de la littérature mo- 
derne sur l'origine asiatique des peuples européens , reçurent 
Due éclatante confirmation , et , quant aux faits généranx , 
acquirent on caractère de certitnde absolue. Ainsi , la lin- 
guistique retrouve les traces effarées de la grande famille 
iranienne , scythique ou sanscrite ; elle va la prendre à son 
berceau , dans sa patrie primitive , qui s'étendait depuis 
la Paropemise jusqu'aux sources du Tobol , depuis la 
mer Caspienne jusqu'à l'Allai et la diatne dn 3olûr ; 
elle la suit dans ses vastes émigrations , et nous la mon- 
tre occupant non-seulement la Perse , l'Arménie , la Médié 
et l'Indostan , mais couvrant de ses peuplades tout le 
sol de l'Europe , qui ne fait que continuer le territoire 
de l'Asie. 

« L'hypothèse de la descendance collatérale des lan- 
gues , dont auparavant on ne faisait que soupçonner la 
réalité , ayant été ainsi heureusement vérifiée à l'aide dn 
sanscrit sur l'ensemble des groupes européens , on se trouva 
puissamment encouragé à en poursuivre le développement 
dans le classement de toutes les antres langues connues. 
On le fit avec empressement et persévérance , et voici , 

(1) Nous KTieudroDs saint potDI. 



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__ 7 — 
très-taccinctement résnmé , le résultat auquel aboutirent 
ces immenses recherches du saToir et de la patience. Nos 
lecteurs comprennent que nous devons renoncer à le faire 
connattre dans ses détails , et que nous ne pouvons con- 
sacrer que quelques lignes h le présenter dans son expres- 
sion la plus générale : le nombre des langues-mères ou 
indépendantes , qu'autrefois et naguère encore on avait 
singulièrement eiagéré ( on en avait compté plus de 70 ) , 
fut excessivement réduit. On prouva que toutes les langues 
du globe se ramenaient à cinq ou six classes , premières 
et grandes divisions sous lesquelles venait se ranger , par 
genres ou par espèces, la totalité des autres Idiomes. Le 
nombre des races crues d'abord primitives on aborigènes 
fat restreint dans la même proportion , et , guidé par le til 
condactear de l'af&nité dn langage , on constata que des 
peuples vivant aujourd'hui dispersés sous les latitudes les 
plus diverses , et devenus étrangers les uns aui autres par 
les mœurs , la religion et les institutions politiques , appar- 
tenaient pourtant originairement à l'une des grandes races 
conquérantes ou émigrantes qui , au nombre de quatre 
on cinq , avaient , dans des temps reculés , subjugué ou 
peuplé paisiblement toutes les contrées de la terre. — : 
Les vœux de Leibnitz étaient exaucés et la plupart de ses 
prédictions accomplies. 

« Ajoutons que les caractères de ces quelques grandes 
familles du langage humain ont été bien définis, et que 
les limites qui les séparent sont aujourd'hui nettement 
tracée?. II en résulte qu'il parait difficile d'y découvrir 
encore des points de contact sufGsants qui , comme un lien 
commun , paissent unir entre elles les classes que la 
science présente comme distinctes et isolées. Certains lin- 
guistes l'ont tenté cependant; car, si la recherche d'une 



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langae primitire est défiaitivemeot abandoonâe , il be maa^ 
qne pas d'aatenrs qui persistent à croire à la préeiistence 
d'Doe laDgae aoiqoe , type à jamais perda , mais dont tons 
les autres idicunes doivent reproduire , bieo qae plus oa 
pioiDS aiïaiblis , quelques traits indélébiles. Ces essais 
n'ont pas jusqu'ici fourni des preuves aussi concluantes 
que les autres travaux de la linguistique moderae, A la 
vérité, il n'y a peut-être pas deux langues, n'importe. 
dans quelles familles diiïéreates on les choisisse , qui 
n'offrent certaines aflinités verbales; mais ces mots qui 
leur sont communs font partie intégrante de l'un des 
idiomes et se rattochent à ses racines, tandis que dans 
l'autre Ils ne sont en quelque sorte que superposés. La 
coexistence d'un certain nombre de mots similaires de 
cette nature prouve bien mieux le mélange de deux peuples 
ou leurs relations subséquentes qu'une communauté de race 
et de langage. Les écrivains partisans de l'affinité univer- 
selle àes langues n'accusent souvent eox-mèmes que des 
résultats restreints , obtenus par leurs recherches compa-. 
ratives. Ainsi , Lepsius , qui a écrit pour établir une con-. 
nexion entre le sanscrit et l'hébreu , se résume en donnant 
comme certaine « l'existence dans les denx langues d'uix 
germe commun , quoique non dévelt^é (1), n 

Cependant l'illustre de Hnmboldt va plus loin en par- 
tant des langues d'Amérique : « Des recherches faites avec 
la plus scrupuleuse exactitude, en suivant une méthode qui 
n'avait pas encore été employée dans l'étude de l'étymolo- 
gie , ont prouvé , dit-il , l'existNtce de quelques mots com- 
muns aux vocabulaires des deux continents. Dans qoatre- 



(<) Paiaograpkii , ob su'Uif /ïr die tprach/brii 
^aehgemitten. 



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_ 9 - 
vingt-trois langaes américaines examinas par Barton et 
Vater, on trcave cent soiiante-dii mots dont les racines 
paraissent les mêmes; et il est facile de voir que cette 
«Dalogie oe peut être accideatelle , puisqu'elle ne repose 
pas parement sur l'harmonie imitative , ou sur cette conror- 
mité d'organe qui produit noe identité presque parfaite 
dans les premiers sods articulés par les enfants. Des cent 
soixante-dix mots qui ont cette analogie , trois cinquièmes 
ressemblent an mantcbou , au tougouse , au mongol et au 
samoyède, et deax cinquièmes se retrouvent dans les langues 
celtique et tchoude , biscayenpe, copte etcongo. Ces mots 
ont été bouvés m comparant la toialilé des langues amM- 
caines avec la totalité de celles de l'atwten monde , car jus- 
qu'à présent nous ne connaissons aucun idiome améri- 
cain qui paraisse avoir une correspondance exclusive avec 
aucune des langues de l'Asie, de l'Afrique on de l'Eut 
rope {!)- » 

Ainsi, par une méthode plus sévère, par une observa-- 
tîon plus soutenue, il serait possible à la science d'arriver 
an même résultat quç la Genèse , el de conclure , comme 
Moïse, à l'unité du langage homain. Pourquoi renonce» 
rions-nons à cet espoir ? L'homme ne possède-t-i! pas la 
faculté absolue de comprendre toutes les langues du globe, 
en tant qu'elles sont des manifestations de l'intelligence 
humaine par des signes qui frappent l'oreille ou les yeux t 
Dans totite langue ne se trouve-t-il pas des sons fondai 
mentaux ou primitifs , qui sont comme la base ou le germe 
des mots-racines, exprimant partout et toujours les mémea 
idées? S'il en était autrement, comment pourrait-il s'iden- 
tifier avec les idiomes si variés des peuples disséminés sar 

(I) V»€ dif CorUttirtt, 



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— lo- 
is sarface de le tsreT L'homme n'est-îl pas oq être doné- 
de raison, et la raison humaine n'est- elle pas la même 
partoat. 

Or , le langage de l'homme est le vêtement animé de sa 
raison, si je puis m'esprimer ainsi. Considéré en lat-mème, 
il est immuable et invariable comme la raison qu'il repr^ 
sente. La forme seule des mots est variable et changeante, 
car les mots sont les signes et les interprètes des idées , 
toujours mobiles et modifiées. Toute langue établie par 
l'usage n'est donc qu'un ensemble de signes au moyen ' 
desquels nous acquérons ou communiquons des idées. 

Nos idées proviennent soit de l'action du monde extérieur 
sur nos sens, soit de l'action Intérieure de notre intelli- 
gence. Par exemple, le mot cheval est le signe de l'idée 
de ranimai ainsi nommé, et cette idée est le résultat des 
nombreuses sensaâons reçues de l'objet cheval , quand il 
frappa nos yeux pour la première fois. 

C'est donc après une gestation purement intellectnelle 
que la parole natt et est émise par l'organe de la voix , 
a mystère paternel du Créateur, dit M. de Lamartine, 
inspirant lui-même aux lèvres de sa créature-eofant , la 
parole , le verbe , le mot , l'expression innée qui nomme 
les choses, en les voyant, du nom approprié à leur forme 
et à leur nature : car nommer les choses de leur vrai nom, 
c'est véritablement les recréer. Oui , il a dû enseigner la 
première parole et la première langue Celui qui a fait l'in- 
telligeace et le sentiment pour se commnniqner, la poi- 
bine pour faire résonner le son de toutes les fibres tendues 
et émues de nos passions , .comme un clavier intérieur , 
tODJoars complet , qne nous portons en nons ; Celui qui 
a fait la langue pour articuler , les lèvres pour prononcer , 
ta Yoix pour porter au dehors l'écho de l'Ame! Des débris 



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- 11 — 

de cette première langue , parfaite et décomposée par 
quelques décadcDces intellectuelles , se seront recomposées 
les autres langues diverses et imparfaites , comoie des pierres 
d'un temple écroulé , se rebàtisseot lentement , dans le 
désert, quelques abris pour la caravane (1}. d 

Hais l'homme ne parle pas seulement avec la bouche 
pour être compris par l'oreille ; il parle encore pour les 
yeux par les contractions de son visage , par le geste de 
ses mains et de ses pieds, par le mouvement de tontes les 
parties de son corps. Voyez le sauvage : tout parle en lui, 
ses joues , ses yeus , ses épaules , ses bras , ses mains , ses 
pieds. Le moindre de ses mouvements est une expression ; 
toute sa personne est parole ; sa physionomie trahit la plus 
légère émotion de son âme. 

Ce langage est compris; il l'est en vertu de la loi d'imi- 
tation , qui est la même dans tou^ les pays , sons tous les 
climats, partout oii l'homme a porté ses pas. Il est com- 
pris par le Nègre dans ses déserts brûlants ; par l'Esqui- 
mau sur les cAtes de la Mer Glaciale ; par l'Indien dans ses 
forêts humides; par le Malais dans ses lies poissonneuses; 
par le Chinois dans son monde muré ; par l'Européen dans 
son Europe ouverte au commerce des nations. Quelle va- 
riété de peuples! et combien ces peuples paraissent aujour- 
d'hui séparés physiologiqoement les uns des autres! Pour- 
tant nous croyons que les membres de la grande famille 
humaine ont tous eu le même berceau , qu'ils sont tous 
originaires du centre de l'Asie , et qu'ils sont partis de là 
pour se répandre dans les contrées que leur réservait la 
Providence. Il e^t probable que tant de lieux et de cUmats 
divers ont dû influer sur leurs manières d'être, ;ar leurs 

(I) Vit deCallemberg- 



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— 12 — 

habitudes et leurs traranx , modifier en eux la facdté d'ar- 
ticuler certaias sons , et changer par saite le caractère de 
leur langage primitif. 

£q efTet, le peuple qui vit sur le continent, dans les 
forêts ou dans les champs , qui s'occupe de chasse , de 
culture et de l'élève du bétail, a d'antres flexions dans 
la voix que celui qui , adonné à la pèche ou à la navigation 
maritime ou fluviale, vît et se meut snr l'eau. La langue 
du premier est iftc , dure , forte , comme le sot qui le nour- 
rit ; celle du second est molle et flaide , comme l'élément 
qui l'entoure. « Si les bétes avaient reçu le don de la parole, 
dit l'allemand Jacoh Kalfschmidt , je nommerais la langue 
des poissons humide , celle des oiseaux aérienne , et celle 
des quadrupèdes terrestre, d 

Ainsi , les peuples maritimes ont un langage lahial et 
sifQant , et les peuples agriculteurs ou chasseurs l'ont gut- 
tural et râlant. Cette proposition peut être facilement 
vérifiée an moyen de l'analyse et de la comparaison de 
plusieurs langues. Par- exemple , les sons constitutifs de la 
langue grecque se ressentent du voisinage de la mer et 
de ses cAtes , tandis que les mots stridents de la langue 
allemande rappellent les montagnes, les pays de chasse, 
les forêts et leurs habitants. 

Cependant tout enfant bien organisé est capable d'ap- 
prendre n'importe quelle langue. Far imitation ou par 
l'usage , i! s'assimile les principales expressions du peuple 
chez qui il est élevé ; tons les sons lui deviennent familiers. 
Il se dépouille même des Qexions de sa langue maternelle , 
et profère avec une égale facilité les accents nouveaux qui ' 
frappent son oreille. C'est qu'il a à sa disposition des appa- 
reils d'une grande flexibilité : le gosier, la langue, les dents 
et les lèvres. Il y a bien aussi les narines ; mab elles ne sont 



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— 13 — 

mises en jeu qae lorsqu'il doit prononcer lea coDSonuants n 
et m. 

Ces quatre appareils fonctionnent au moyen de quatre 
mouvements , qui sont : des mouvements de percussion , 
dépression, d'aspiration et de respiration, et produisent 
autant de sons distincts dont voici le tableau : 



sons souKns ou internes 

Se produisul aa foDd d« li bouche. 



SONS SONORES on EXTERNES 

Se produisiDl à l'ulrimil£ de la bouche. 



SoDSpitanux. Sons lingnetix. Son nasal S«ns denlani. Sons labiaux. San nistl 
■ tdathpbfv m 



■§■ i l I 



IS 



I f i 1 1 f I p 



Ces appareils , générateurs des sons primordiaui , sont 
comme les touches d'un clavier; comme celles-ci à qui l'on 
fait exprimer toutes les notes de la gamme combinées de 
mille manières différentes , ils rendent tous les sons de la 
voix que la volonté humaine a combinés. Or, ce méca- 
nisme général des langues se présentant partout le même , 
parce que , suivant la remarque de M. Alfred Maory , il 
procède de la nature de notre esprit , et cette nature étant 
la même pour tous les hommes , il s'ensuit que le type dont 
tes langues sont sorties doit être un , comme l'esprit humain 
est un , comme la nature humaine est une. Les langues ne 
seraient donc que les modifications ou les débris d'nne 
parole primitive , du Verbe qui fut sans doute donné à 
l'honome avec l'existenee, par Celai qui lui avait donné 
la pensée. 



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— 14 — 

a Ainsi , jk part les difTérences de détail , disait le re- 
grettable Fallot , l'orgaDisme de toutes les langues est un ; 
les différences n'y portent qoe sar des subdivisions insigni- 
fiantes; l'essentiel est partoat le même. 

« Âucane langue n'a eu jusqu'à présent : 



finir II nduittitlif II 



Il Ping d« iroia pnrct i miKulia, Hminin.DCatre; 

30 Plus de trois nombres : «înguliir , dy«I , plnriat ; 

3" Plus de sept cal. 

4» Plus de trois pcrsoDDHiyt, lu, ii ; 

S" P1d9 de sept temps : prisaDl, fular premier et Heond. 

impiirfiil, ptrftit défini et indéSoi, plui-qne-pirbil. 
6* Plus de six modsg : l'indietlit, l'jmpérslif, le sub- 

jonclit l'opuiif ou amdilioiiiel, l'iifisitif et U pirticip». 

« Les langues qai n'ont pas toutes ces formes suppléent 
à celles qui leur manquent par le double emploi de celles 
qo'elles possèdent. 

« Toutes les langues ont de même l'accent tonique , 
l'accent prosodique , etc. 

« Ainsi , on peut ramener la formation et l'organisa- 
tion propre de chacune des langues connues à un système 
unique qui les contienne toutes et les expose toutes simulta- 
nément, comme on peut ramener les alphabets de tons les 
peuples i un alphabet conventionnel unique qui les con- 
tienne tons(l). n 

Cette conclusion a été contestée dans ces derniers temps ; 
elle l'a été vivement et avec une science profonde. On a 
nié la communauté d'origine des langues , et , comme 
preuve , on a montré la ligne de démarcation qui sépare 
les idiomes de la race sémitique de ceux de la race indo- 
européenne. On a dit :* « Dans les deux races les plus 
« rapprochées en apparence, c'est-à-dire chez les Ariens 

(I) Rtehtrchtt luT lt4 fiirmti grammaticalti de la langut frtoiçaiti. 



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— 15 — 

H OB lodo-Enropéens et les Sémites , les pronoms nmples 
a et les verbes simples sont constitués phoniqaemeot par 
« des syllables complètement différentes , enfants iodé- 
a niables et caractéristiques à la fois des denx génies 
« divers qni les ont instiDCtivement , inévitablement , 
« procréés (1). » 

Les pronoms ! Comparons ceux des Sémites et ceux des 
Européens : 



ntbren: 


imJh', uni, je.niDi; 


Bixfa, 


in; 


S*., ki. 


knU: 


»«.{a) 


tnt. 


_ 


AoiL 


Gopt.: 


ank, — 


nlAoi, 


• _ 


t(. 


Ssnstril: 


aham, — 


tuam. 


— 


«nom. 


SltTon ! 


m,iaz,ia, — 


i".1r.- 


_ 


Ht, H, 1 


Grec: 


riit, — 


TUMjU, 


_ 


0,»™» 


Litia: 


•go, - 


IH, 


— 


bie. II. 


FI>n>uid : 


ik, — 


dn. 


— 


hj.si*. 



D'après ces listes, u'est-il pas évident que tous les 
mots dont elles se composent procèdent d'un même type? 
Sans doute les lettres ne sont pas identiquement les 
mêmes , mais les sons qu'elles représentent proviennent 
des mêmes organes; ce sont les mêmes appareils de la 
voix qui les produisent , chez les Sémites anssi bien que 
chez les Indo-Earopéens. Chei ceux-ci comme chez ceux- 
là , les mots que nous venons de citer , et qui ont reço en 
grammaire la qualification de pronoms . personnels , pro- 
cèdent indistinctement de sons gutturaux ou dentaux. Or, 
l'identité des pronoms est la présomption la plus forte en 
faveur de l'identité des langues. 



(I) jram <I lu lamgMit, par ChiT*. Ptrii, in-S», p. 16. 

(3) Ak consliluc DD soulJSD cominuD k I* plupirl des prononu sémitiqnes. 



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, - 16 - 

l>s v«i>e8 ! coDfonnémeDt anx règles qni président 3 
la fonnatioQ des conjugaisons hébraïque , STriaque , chal- 
décDDc et arabe , les pronoms se placent tonjoars avant oct 
après le radical des veièes. Eiemple : 

HébrïD : Lut-a, j« prête; bu-l; lut-t; lue-mi; tiu-tt; hta-lz; hu^. 

Arabe : A-rom; je wrai; U-toia; %t-eoim; m-cmm; te-tottuau; U-totnaa, 

Sanscrit : Lag-ami, je dissous; (oy-aii; la</-ati; lay-aïaai; loy-otAo; lay-antù 

firsc : ;iu~u, je délivre; Ji>.fi(,liM(, hi-a/UT , iu-m , Iw-aun. 

Lilin : la-o; — /«-m, lu-it; iu-imia, lu-ilUi tu-wit. 

FnB;iis : Lov-ê, — lae-n, lav-t, iav-om, taV'tSi lav-tnl. 

Anglais : Lao-c, — iac-eili la»-ti, lat-ii tat-t, bni-t. 
Alleoullid : Laug-t, — la»g-til, laug-tl, iaug'tn, laug-tt, iaug-en. 

M. Eicfaoiï, dans son introdaction au Parallèle de$ 
langues de l'Europe et de l'Jnde, fait remarquer aussi 
que, dans ces langues, la conjugaison est née de l'adjouiy 
tien des pronoms persounels à la syllabe radicale de cha- 
que verbe. Donc, dans la conjugaison européenne comme 
dans la conjogaiiOD sémitique ,• les procédés sont les 
mêmes. 

D'ailleurs, M. Chavé, reconnatt lui-même que « les 
« verbes sanscrits et hébraïques composant les trois classes 
« d'imitations de bruits (crier, souffler, détruire) pré^ 
a sentent entre eux , çà et là , des ressemblances inévita- 
(t blés. Le cri d'un animal est le même chez toas les 
« peuples. Les sifflantes W, S, F et le P devaient entrer 
« partout dan» les imitations du souffle et du bruit du 
« vent. Les craquements , les grattements , les broiements, 
« les eiplosioDS devaient amener des consonnes et des 
« groupes de consonnes, tels que R, KR,,GR, TR, 
n VU, PAU, etc. Quoi qu'il en soit, il est toujours facile 
n d'observer de notables diiïérences même dans les plus 
« grandes ressemblances, et encore ces grandes ressem- 



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— !7 ^ 

« bla'nces ne se rencontrent-elles qu'âne Tingtaine de Tois 
« tout au plus. » 

Nous croyODS , nous , qu'elles se rencontrent encore 
dans d'autres ïerbes qui ne dérivent pas de l'harmonie . 
imitative. Ainsi , l'hébraïque gee , être médicamenté , 
guérir , être bien portant , en santé , ne se retrouve-t-il 
pas dans le grec vyiam, sano.curo; vys^t, saïuhriler et 
ses dérivés; dans l'anglais t/'o, aller, marcher; dans l'alle- 
mand et le flamand jrofi^ > allure, démarche; fjfanz, entier? 

L'hébraïque ege, sonner, disputer, querelle, dans le 
grec uxif '';t««j son, bruit; »;ti«, sonner; tix^, écho; 
dans l'espagnol et l'italien eeo; dans le Damand et l'alle- 
mand écho: dans le russe exo? 

L'hébraïque igo , travailler , dans le grec a-ya j dans le 
latin , ago , agir ; dans l'espagnol agio ; dans le Qamand 
et l'allemand acht , attention ? 

L'hébraïque agg, célébrer, dans le grec ayuçt saint; 
dans le flamand et l'allemand gast, et l'anglais guest, 
hôte, convié, ffité? 

L'hébraïque ag , adg , entourer , dans le grec exKct et 
le latin oculw, œil ; dans l'italien ocehio , dans le slavon 
ûko: dans l'espagnol ojo , dans le flamand oge , dans l'al- 
lemand auge, ϔl? 

Il est aussi des substantifs hébraïques qui ont une grande 
analogie avec des substantifs européens. Eiemple : 

Ole, hauteur, se retrouve dans le latin ala, aile; l'es- 
pagnol elalo, élevé. 

Ale, chéoe : dans l'anglais oîm, dans l'allemand hoîz, 
dans le flamand hoU , bois. 

Al, bien, héritage : dans le grec ih.m, plaine; dans 
l'anglais leg, champ, pâture; dans l'allemand voohl, le 
bien. 



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— 18 — 

GiD , Derf qal relie les diverses parties da coqw : daas 
le fiamand keeten, enchaîner; dans l'allemand kette; dans 
le htmcatena, et Tespagnol cadena, chaîne. 

Au, Tortement : dans le grec aM(, assez; dans l'an- 
fi;lais heal, guérir; le flamand heetmeester, médecin ; held , 
héros. 

OiLOâ. , cAte , auprès : dans le vieux mot français lez , 
auprès; dans le grec «xm^, juste-au-corps. 

Olie , chambre : dans l'anglais hall et le Hamand 
halle , salle ; dans le latin , l'espagnol et l'italien , aula , 
palais; etc., etc. 

En faisant ressortir la ressemblance qui existe entre 
les syllabes constitutives des verbes et des substantifs 
sémitiques que nous venons de citer et certains vethes et 
substantifs des langues européennes , nous n'avons certes 
pas la prétention d'inrérer de là que ceux-ci dérivent des 
premiers ; nous voulons seulement constater des analogies 
résultant, selon nous, d'un lien de parenté qui doit avoir uai 
jadis I«s Sémites et les Japhétides; mais d'une parenté 
collatérale qui se perd dans la nuit des temps , d'une pa- 
renté semblable à celle d'un héritier à qui manque la 
preuve d'un on de plusieurs degrés généalogiques pour 
établir sa fihation avec l'auteur commun de la famille, et 
qui, à cause de ce défaut de preuves, est exclu de l'héri- 
tage de ses pères , quoique les présomptions les plus graves 
militent en sa faveur. 

M. Renan , qui vient de prendre une si grande place dans 
les études philologiques , et que l'on a classé parmi les ad- 
versaires de la doctrine de l'unité d'origine des langues , 
M. Reuan reconnaît cependant que « les origines de l'hu- 
« manité se perdent dans une telle nuit, que l'imagination 
« même n'ose se hasarder sur ud terrain où toutes les in- 



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— 19 — 

» dactions semblent mises en défaut... n £t plus loin, il 
ajoute : (T Noos reconaaissonï volontiers que rien , dans ce 
.H qui précède , n'infirme l'hypothèse d'une affinité primor' 
n diale entre les races sémitiques et indo-européennes. On 
e ne peut dire qu'une telle hypothèse soit rigoureusement 
« exigée par tes faits ; mais elle y suffit , et rend compte de 
« plusieurs particularités sans cela difficilement explicables. 
R Quelque distincts , en effet , que soient le système sémi- 
te tique et le système arien , on ne peut nier qu'ils ne re- 
« posent sur une manière semblable d'entendre les caté- 
« gories dn langage humain , sur une même psychologie , 
v si j'ose le dire, et que, comparés au chinois, ces deux 
a systèmes ne révèlent nne organisation intellectuelle ana- 
n logue (1). M 

Nons sommes heureux de pouvoir citer ces paroles de 
l'éminent philologue français ; tont ce qu'il refuse d'ad- 
mettre , c'est la similitude des grammaires des Sémites et 
des Indo-Européens. A ce sujet , nous nous permettrons 
de demander à M. Renan si cette différence grammaticale 
ne provient pas de ce que la race sémitique est une race 
incomplète ; « de ce qu'elle est à la famille indo-euro- 
péenne , » pour nous servir des propres expressions du cé- 
lèbre académicien , « ce que la grisaille est à la peinture, 
ce que le plain-chant est à la musique moderne ; de ce 
t qu'elle manque enfin de cette variété , de cette largeur , 
« de cette surabondance de vie , qui est la condition de la 
o perfectibilité (2) t * 

«C'est en parcourant, dit M. Jehan, la chaîne entière 
des langues , en jetant un coup d'oeil sur ce tableau mobile 



(1) Uiitoitt de la fnrmation dct languei létiiMquM, p. IS> 
(a) BUlairt Jt la formalim rfej laRguei lémitiiiiia, 17, 



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— 20 — 

soamis à une rotation continuelle dans laquelle la parole- 
humaine se reflète sous mille nuances diverses , que l'on 
reconnaît avec admiration l'unité et la variété de la nature : 
unité dans l'essence même- du langage , dans l'expression 
concise des idées simples, dans l'échelle limitée des sons 
fondamentaux , qui ne sont guère qu'au nomhre de cin- 
quante ; variété dans leurs combinaisons infinies , dans 
l'abstraction et l'assimilation des idées mixtes , dans tes 
formes de chaque idiome spécial , qui caractérisent les pro- 
grès de chaque peuple , et qui des cris du sauvage s'élèvent 
jusqu'à l'inspiration du poète et à la dialectique de l'orateur. 
Combien d'idiomes plus ou moins élaborés ont déjà dispara 
de la surface du globe! Combien d'autres se sont confon- 
dus , transformés par des révolutions violentes , ou modi- 
fiés et altérés par la marche progressive des siècles, comme 
ils se modifient encore tous les jours , saus que les efforts 
de la science ni les chefs-d'œuvre de la littérature puissent 
arrêter ce mouvement irrésistible imprimé à toutes les chose» 
terrestres [i] ! » 

(1) DitUonnairi de lingiuXtçwe , Inlroducllon. 



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LANGUES DE L'ORIENT ET DE L'OCCIDENT 



Âa centre de la haute Asie est une immense chaine de 
montagnes entrecoupées de steppes et de terres fertiles. 
Là s'élève l'Hymalaya à 7821 mètres aa-dessus du niveau 
de la mer. C'est dans cette contrée qne l'antique tradition 
et la vraisemblance placent le berceau de l'humanité , de la 
première famille humaine , d'oîi sont sortis plusieurs reje- 
tons qui ont donné naissance à diverses races , partant aux 
diverse^ langues parlées dans l'univers. 

Tout porte à croire qu'après la retraite, des eaux dans 
leur vaste bassin , les plateaux de ces hautes montagnes 
ont été les pretniers habités , et que c'est de là que s'est 
effectuée la première émigration des peuples. 

La population de la terre est aujourd'hui d'environ un 
milliard d'habitants, qui parlent, suivant l'évaluation dn géo- 
graphe Balbi. 5860 langues (1) , et se partagent l'ancien 
et le nouveau monde, c'est-à-dire l'Europe, l'Asie, l'Afri- 
que, l'Amérique et les lies de l'Océanie ou la Polynésie. 

Tous les peuples de ces cinq grandes divisions terri- 
toriales peuvent être ramenés à cinq grandes variétés 



(1) lyapris une slatistiqas pnblii» en ISSSpar U LoiidoK Journal , le nombre 
des langgesqni se parlent dsns le mande coonu est de 3,933, donc BSTeoEurojié, 
39e en Asie, 376 en Afrique ei l,!Gt en Amérique. 



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— 22 — 

de races que dous distiogueroDs [lar la couleur de leur 
pean: 

A.' — La race blanche . an visage ovale et régalier . ao 
front développé , à l'angle Taçial ouvert, aux grands jeux 
posés horizoatalement , au nez aquilin , habite l'Europe , 
l'Asie occidentale et la partie la plus occidentale de 
l'Afrique. 

On a appelé ausM cette race caucasique, parce qu'on la 
croit originaire da Caucase, montagne située entre la mer 
Caspienne et la mer Noire. 

Cette branche se sabdivise , suivant M. Ludovic Lalanne, 
en trois rameaui : 

u 1" Araméen ou sémitique, comprenant les Assyriens, 
Chaldéeos , Arabes , Phéniciens , Juifs , Abyssiniens , etc. 
Ces peuples ont l'ovale de la figure long et no peu étroit , 
les pommettes peu saillantes , le nez grand et assez busqné , 
et de plus ils sont remarquablement enclins au commerce 
et ao mysticisme. Ils ont été les fondateurs des princi- 
pales religions du globe ; 

» 2" Indo-européen , comprenant les Indoas , PéJasges , 
Celtes, Cantabres, Perses, Germains, Scandinaves, en 
un mot tous les peuples qui parlent les langues désignas 
sous le nom de langues indo-européennes. C'est le rameau 
guerrier et perfectible par excellence de la race caucasique ; 

« 3° Scythique ou tartare, comprenant les Scjthes, 
Parthes, Turcs, Finlandais, Finnois, Hongrois, les habi- 
tants actuels du voisinage des Honts-Ourals et de la Sibérie 
jusqu'eux confins de rVénissel. 

B. — La race )aune, « la face aplatie, le front bas , 
oblique et carré , les pommettes saillantes , les yeux étroit» 
et obliques , le menton légèrement saillant, la barbe grêle, 
l£s cheveuK droits et noirs et la peau olivâtre. Cette 



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_ 23 — 

Tariété, dont un caractère moral assez prononcé est de 
rester stationnaire après avoir acquis no certain degré de 
cinlisation , se divise en trois rameaux répandus À l'orient 
des régions occupées par les races caucnsiqnes : 

al" Mandchou, comprenant les Katmoacks , les Kalkas, 
un grand nombre de tribus nomades et presque toutes les 
peuplades de la partie orientale de la Sibérie ; 

<i 2* Sinique, comprenant les Chinois, Japonais, et les 
habitants des lies Philippines, Mariannes , Carolînes , et 
de toutes les terres qui s'étendent au nord de l'équateur . 
depuis le premier de ces archipels jusqu'au 172" degré de 
longitude orientale. C'est le rameau le plus remarquable 
de la variété mongolique ; 

«1 3° Eshimau ou kyperborêen, comprenant les Lapons , ' 
les Esquimaux du Labrador et les habitants des Kouriles et 
des Iles Âleoutiennes. » 

C. — La race rouge, au teint rouge de cuivre, aui 
cheveui longs et noirs , au nez retroussé , à la barbe rare , 
habite l'Amérique. 

D. — La race brune , à la bouche large , aux cheveux 
crépus , habite la presqu'tle de Malacca et les lies de Suma- 
tra, de Java, de Célèhes et de Timor; les îles innombra- 
bles de l'Océanie situées à l'est de la Nouvelle-Zélande, 
jusqu'aux archipels des Iles des Amis et des lies Basses. 

E. — La race noire, a le crSne comprimé, le nez 
écrasé , la mâchoire saillante , l'angle facial aigu , les lèvres 
grosses, les cheveux crépus et la peau plus ou moins noire. 
Elle existe au midi de l'Atlas et se divise en rameaux éthio- 
pien, eaffre ctkottentot. De plus, on rattache encore à la 
race nègre la population primitive de l'Australie et d'une 
partie des archipels de l'Océanie. Ces peuplades , comprises 
sous le nom i'Alfourotis~Endamêne et d'Alfourous-Aus- 



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_ 24 — 

iralien , sont très-peu connues. Elles habitent le plateaa 
central de la. Nouvelle-Guinée , quelques-unes des tles Mol- 
lusques et différentes parties de l'intérieur de l'Australie. 
Elles otit les cheveux rudes et lisses. 

« Le littoral de la Nouvelle- Guinée et les îles de la Nou- 
velle-Bretagne , de la Nouvelle-Irlande , de la Louisiane , 
de Salomon , des Nouvelles-Hébrides et de la Nouvelle- 
Calédonie , renferment encore une autre espèce de nègres, 
nommés Papous , et que l'on croit originaires d'Afrique. Ils 
ont la chevelure épaisse et peu laineuse , le visage assez ré- 
gulier , le nez un peu épaté et le front élevé , et se rappro- 
chent beaucoup des nègres de Madagascar (1). » 

A ces cinq grandes races humaines correspondent cinq 
grandes divisions de langues , qui reçoivent leur nom des 
cinq parties du globe, savoir : 

1. Langues de l'Asie, 

2. Langues de l'Europe , 

3. Langues de l'Afrique , 

4. Langues de l'Amérique, 

5. Langues de l'Océanie. 

Chacune de ces divisions se subdivise en familles ; les fa- 
milles de langues qui ont entre elles de l'analogie ou des 
liens de parenté forment des groupes. 

Les deux groupes tes plus remarquables et les plus dignes 
de notre attention sont celui des langues sémitiques et ce- 
lui des langues indo-européennes. Ce dernier est le plus . 
connu , et pour nous le plus utile & connaître. 

{l)\, MiUim de faili. 



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s t. LiNCVES SÉMITIQUES. 

Les langnes sémitiqnes se divisent en quatre branches : 

A. Hébraïque, 

B. Syriaque , 
G. Arabiqae, 
D. Abyssiniqae. 

A. — La brancbe hébraïqae comprend : 1" la langue 
hébraïque , qui se subdivise en trois dialectes : l'ancien hé- 
breu , te samaritain et le rabbinique ; 2° la langue phéni- 
cienne , et 3" la langue punique ou carthagiboise. 

fi. — La branche syriaque comprend : 1* le syriaque , 
3<* le chaldéen. 

C. — La branche arabique comprend : 1* l'arabe an- 
cien , 2° l'arabe littéraire , 3** l'arabe vulgaire. 

D. — La branche abyssinique comprend : 1" l'axumite , 
qui se divise en gheez ancien et gheez moderne ; 2** l'amha- 
rique. 

D'après H. Renan , le b«-cean des langues sémitiques 
est situé au sud-ouest de l'Asie , dans la région comprise 
entre la Méditerranée , la chaîne du Tanrus , le Tigre et leS 
mers qui entourent la péninsule arabique. Dès les temps 
anté-historiques , ces langues sont restées cantonnées dans 
• les mêmes régions oii nous les voyons parlées encore au- 
jourd'hui , et d'où elles ne sont guère sorties que par les 
colonies phéniciennes et l'invasion musulmane , c'est-à-dire 
dans l'espace péninsulaire fermé au nord par les montagnes 
de l'Arménie , et à l'est |tar les montagnes qui limitent le 
bassin du Tigre. « Aucune famille de langues n'a moins 
voyagé , ni moins rayonné à l'eitériear. . . Mais ce que les 



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— 26 — 

Sémites ne firent point dans l'ordre des choses extérieures , 
ils le firent dans l'ordre moral , et l'on peut , sans eisgéra- 
tion , leur attribaer au moins une moitié de l'œuvre intel- 
Icctaellede l'humanité. A la race sémitique appartiennent 
ces intuitions fertneset sûres qui dégagèrent tout d'abord 
la divinité de ses voiles , et, sans réflexion ni raisonnement , 
atteignirent la Torme religiense la plus épurée que l'anti- 
quité ait connue (1). » 



g It. LiNGUES INDO^intOPËENHES. 

Le groupe.de ces langues a son berceau dans la riante 
vallée de Kaschmir et dabs les gorges du Caucase , entre ta 
mer Caspienne et le nord de la chaîne de l'Hymalaya. 
« Deui conraiits d'émigration se sont produits dans les 
temps qui précèdent l'histoire, dit M. Jehan dans son Dic- 
tionnaire de linguistique : l'un au sud vers l'Iran (Perse) 
et plus à l'est , jusque par-delà le Gange ; l'autre dirigé 
vers l'Europe , soit par le sud de la Caspienne et de l'Asie- 
Slineure , soit par le Nord et par l'Oural. Cette race éner- 
gique et progressive s'est heurtée tour à tour aux races fin- 
noises, tertares, sémitiques, nègres et américaines, en- 
voyant successivement en Europe les Celtes , les Germains 
et les Slaves, tandis qu'en Asie la domination appartenait 
à l'ouest aux Persans et à l'est (jusqu'en Océanie ) au sans- ' 
crit. Aujourd'hui , la famille indo-européenne a subjugué 
et civilisé le monde. C'est elle qui semble avoir désormais 
le privilège de réunir de proche en proche tous les hommes 
dans une providentielle fraternité. > 

(1) Uiiloire géntrale tl $^ltimt tompari dti laitsuci lémiliquei , p, 36 et p. 3. 



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-27- 

Sis familles de langues composent le groupe indo-eurO" 
péen ; 

A,. Les langues indiennes. 

B. Les langues persanes ou iraniennes. 

G. Les langues celtiques. 

D. Les langues slaves. 

£. Les langues germaniques. 

F. Les langues gréco-latines. 
À. — Les langues indiennes sont parlées aujourd'hui 
entre le Gange et l'Indus , sous forme de plusieurs dialec- 
tes , par des peuples vainqueurs de l'ancienne nation In- 
dienne , tels que les Bengalis , les Seikg , les Mabrates , les 
Malabrais , les Tamuls . les Telingas , les Mogols , les Tores 
indiens, lesZinganaisouZingalais, les Eingalais , les Mal- 
dlviens , et les sauvages habitants des montagnes. En tête 
de la famille des langues indiennes se présente : 

Le SANSCBiT , la langue sacrée des Brahmines, la mère 
de tous les idiomes indiens. Le nom de cette langue si- 
gnifie « policée , parfaite , n et indique par quelles phases 
douloureuses elle a dû passer av^nt d'être consacrée par 
l'usage ; et pourtant les documents qui nous l'ont révélée 
avec la forme ou la physionomie sous laquelle nous la con- 
naissons datent depuis plus de 1500 ans avant l'ère chré- 
tienne. Écrits sur des feuilles de palmier bien fragiles , 
conservées par la religion dans le temple ou transmises de 
■ génération eu génération par la Gdélité de l'Indou , ces do- 
cuments sont de vénérables ruines d'une civilisation pres- 
que étreinte , rendues à la lumière pour enseigner aux Eu- 
ropéens , avec les éléments de leurs propres idiomes , l'ori- 
gine de leurs littératures , de leurs arts et de leurs sciences. 
' En possession d'un alphabet de cinquante lettres ou carac- 
tères correspondant à toutes les flexions ou modulations d» 



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la voîi , et eiprimant avec ane merreilleDSe clarté les nom- 
brenses combinaisons des signes phoniques et graphiques, 
la langue sanscrite renrerme en elle le type des langues eu- 
ropéennes et partage avec elle ses trésors. Sa composition 
est simple et logique , et offre à l'art poétique un champ 
sans limites. Aussi la poésie conserve-t-elle le même éclat 
aux quatre âges de l'histoire littéraire des Indes. Après le 
premier âge , l'âge religieux auquel appartiennent les Vé- 
das, vient l'âge héroïque avec les lois de Manon, te législa- 
teur indien ; avec les Pùranas ou annuaires mythologiques 
et les poèmes gigantesques de Bamaya et de Hahabharat, 
dont l'un chante la victoire de Geyian , l'autre la lutte des 
deux dynasties régnantes , et qui ont valu à leurs auteurs 
Vaimykis et Vyasas, contemporains et voisins d'Homère, la 
réputation de poètes et de philosophes d'une taille majes- 
tueuse. Vieot ensuite le bel âge de l'esprit , oîi , peu avant 
Virgile , Jayadevas dans ses élégies pastorales , et Calidasas 
dans sa gracieuse Sïcontala, ont fait entendre les accents les 
plus suaves et les plus purs de la langue indienne. Après ces 
âges commence celui de la décadence , visible dans les mo- 
numents littéraires des derniers siècles; et l'Inde, la vieille 
sœur de l'Europe, touchait déjà â son dérlin , lorsque celle- 
ci commençait à peine ses grands travaux. Mais l'Inde n'ou- 
blia jamais sa langue sonore et sentimentale , et les Brah- 
mines l'étudient encore , comme nous le latin. 

La forme des mots sanscrits est consH'vée dans les nou- 
velles langues de la presqu'île indienne, qui sont : 

1" I^ p-akrit , idiome f nlgaire du peuple et des femmes , 
d'origine mahrate , mais devenu la langue sacrée d'une 
secte boudhiste , nommée Dschaïnos ; 

2° Le P(Ui , langue sacrée du boadhisme du Geyian , 
de la presqu'île au delà du Gange oà il s'est formé , a 



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_ 29 — 
donné naissance & deux dialectes , le fan et le kavi. Ce der- 
nier est an sanscrit très-pnr parlé à Java et à Bail ; 

3° Les dialectes populaires parlés à l'est et à l'onest de 
rindoustan , an pied de l'Hymalaya et des monts Vindhja ; 

i" AJhindotutcmi , langue née de la fusion du sanscrit , 
de l'arabe et du persan , et parlée par 19 millions de Mu- 
sulmans du Mogol de l'Inde ; 

5" Enfin les dialectes des 600,000 Ziguanais , Gypsîes , 
Zingari , Egyptiens on Bohémiens errants en Çarope , et 
des tndous noirs de l'Asie ; dialectes formés du sanscrit pur , 
du persan oq de mots empruntés k des langues encore in- 
connues. 

B. — Les langues persanes , parlées entre l'Indns et 
le Tigre par nn peuple qui formait autrefois le royaume des 
Perses ev des Partbes , et qui continue de vivre parmi les 
Guèbres ou adorateurs du feu , les nouveaux Parsis , les 
Kurdes et les Buchares , dans l'Afghan et le Belutschistan , 
sur les frontières de l'Inde , dans les hautes vallées du Cau- 
case. Les langues persanes comprennent : 

i» Le 'pusehtu , qui parait être an dialecte composé 
d'indon et de persan, une transition entre les langues in- 
diennes et persanes ; il est parlé par les Afgans dans le 
royaume de Caboul et les Belutsches dans le Belutschistan , 
et dans l'Ëtat de Syndi ; 

2° Le aend , l'ancienne langne de Zoroastre et de la 
Bactriane, la souche des langues persanes modernes; 

^''Lspelhvi, langue qu'on retrouve dans les traductions 
des livres de Zoroastre , et qui fut parlée autrefois dans la 
Perse occidentale, dans l'ancienne Médie et sur les rives 
du Tigrb. Sa grammaire est toute persane, quoique son 
vocabulaire soit en grande partie sémitique ; 

4°LejNirn, l'ancien idiome des persans , conservé peut- 



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— 30 — 

être parmi les Gaèbres de Perse , de l'Iode occidentale et 
de rile Moïâmbiqae ; 

5° Le persan moderne , mélange da vieux parsi avec 
l'arabe , la langue littéraire de peaples indiens , persans et 
boukhariens ; 

6'! Le dialecte kurde , parlé dans le Kurdistan et le Lou- 
ristan , et l'osette , an milieu du Caucase , an nord de la 
Géorgie , par les Irons que l'on suppose être des descen- 
dants des Alains du moyen-Age ; ['arménien ei le géorgien , 
qu'il est difGcile de classer ethnographiquement. 

G. — Les langues celtiques furent parlées , dans les 
temps les plus reculés , entre les Alpes et les Pyrénées , le 
Rhin et l'Océan. Les Celtes s'allièrent de bouue heure aux 
^ plus anciens peuples indo-européens , et donnèreot naissance 
aux Gaëls et aux Cimbres. Les premiers fondèrent les Etats 
des Eduens , des Séquanais et des Avernes , et se propagè- 
rent ensuite sous le nom d'Ombriens en Italie , et de Gal- 
lois dans l'Ile de Bretagne ; les derniers , qui se partagèrent 
en Boïens , Boigs et Armoricains , envabirent aussi cette 
même lie et s'y établirent. 

Soumis d'abord aux Romains, ensuite aux Germains, les 
Celtes ortt vu l'uuité de leur langue se fractionner en deux 
petits groupes bien dégénérés , qui se maintiennent aujour- 
d'hui dans l'Iriande , l'Ecosse et la province de Galles en 
Angleterre , et dans la Bretagne en France. Ces deux petits 
groupes sont : 

1° Le gaélique qui comprend Virlandats primitif, dont 
il reste des monuments littéraires du VP au X* siècle, idiome 
encore parlé dans les campagnes de l'Irlande ; et l'erse, 
parlé dans les montagnes de l'Ecosse , où il a été importé 
par des Gaulois fugitifs ; 

2" Le cymrique, auquel se rapportent le gallois, parlé 



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- 31 — 

dans la provJDce de Galles, où il a été importé par les Celtes 
connus SODS le nom de Cimbres ; le comique , parlé dans le 
Cornouailles , et \%has-breton , parlé dans la Bretagne fran- 
çaise, où il a été importé par les Celtes qui s'établirent dans 
l'ancienne Armorique. « Nous ne savons presque rien , dit 
M. Alfred Maury, de la langue que parlaient nos pères les 
Gaulois , mais que le petit uombre de mots qui nous en est 
resté àufiit pour rattacher au même groupe. De toutes les 
branches de la famille indo-européenne , c'est celle en effet 
dont les destinées ont été les moins heureuses et les plus 
bornées. Les langues celtiques sont venues mourir sur les 
rives de l'Océan, qui opposait une barrière infranchissable 
aux émigrations nouvelles de ceui qui les pariaient. Enva- 
hies par les populations latines on germaines , les races cel- 
tiques ont perdu pour la plupart le langage qui les distin^ 
gnait , sans perdre pour cela tout À fait le cachet de leur in- 
dividualité (1). » 

D. — Les langues slaves, parlées entre la mer Noire et la 
Baltique par une population de soixante-deux tnillÉons d'ha- 
bitants , qu'on distinguait autrefois en Sarmates, Boxolans, 
Gzekes , Venétes et Pruzes , nommés aujourd'hui Busses , 
lllyriens, Polonais, Bohémiens , Wendes , Lettes, Lithua- 
niens. Ces langues se divisent en trois rameaux : 

1° Le serbo-russe, parlé par les Slaves de l'est, comprend 
l'esclavon ou vieux alavon, idiome en usage jusqu'à Pierre- 
le-Grand et dont les livres lithurgiques ont conservé des 
traces ; le russe moderne , parlé dans la grande et petite 
Russie ; le serbe , dans la Servie , la Dalmatie et la Croatie 
militaire ; le caroique , dans la Carniole , la Carinthie et la 
Croatie provinciale. 

<1) nttmt if Dmtx-Mimdeê, p. 918 , 13 «vtjI 18S7. 



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— 32 — 

2" hi vendo-polonais , parlé par les Slaves de l'ouest , 
rompreDd le bohémien , nsité dans la Bohême , la Moravie 
et nne partie de la Hongrie ; le polonais, daos la Pologne , 
la Gallicie et ane partie de la Silésie ; le venède , dans la 
Hante et la Basse-Lnsace. 

3' Le letto-pnissien , parlé par les Slaves da centre , 
comprend le prnssiqae ou vienx prussien , langue éteinte 
parlée autrefois dans la Prusse orientale ; le lithuanien , qni 
rappelle le plus son origine sanscrite , parié dans la Li- 
thuanie et la Samogitie ; le letton , dans la Coorlande et la 
Livooie. 

Quant au mélange subséquent des langues slaves avec les 
idiomes germaniques, SI. EicfaofT en donne une assez juste 
idée dans les lignes suivantes : 

« Lorsque le génie de Pierre-le-Grand révéla la Russie 
à l'Europe , et appela de toute pari au milieu d'elle les lu- 
mières de la civilisation , le russe , déjà enrichi d'une foule 
de mots qu'il devait au contact des Mongols , des Polonais , 
des Allemands , adopta encore beaacopp d'expressions hol- 
landaises , anglaises et françaises, consacrées aux découver- 
tes nouvelles et devenues dès lors indispensables, et vit ainsi 
son vocabulaire s'étendre dans une progression immense. 
Par bonheur, telle est la souplesse et l'eitréme régularité 
des langues slaves, que tous cesmotsd'origine étrangère, loin 
de produire une bigarrure fâcheuse, s'incorporèrent tout na- 
turellement dans la masse des racines existantes , en adop- 
tant leurs formes et leurs Deiions et en imitant leur natnre, 
de manière à produire un ensemble parfaitement rationel et 
homogène , qui a fini par devenir nne des langues les plus 
remarquables de l'Europe (1). » 

(1) Bill, dt la Imgut tl de ta lillératurc dtt Stavn. Ttr'a, 1S39. 



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— 33 — 

E. — Les tangues germaniques. Longtemps arant que 
la race latine sortit des gorges da Caucase , la famille ger- 
manique s'était arrêtée dans le nord de TEnrope entre le 
Rhin et les Garpathes , les Alpes et la mer Glaciale; peut- 
être avait-elle été primitivemeot confondue avec les vieux 
Scythes. Une branche de cette famille , partie des rives du 
bant Danube, poussa dans le cœur de l'Allemagne, et 
fonna la nation guerrière des Teutons , des Suèves , des 
Franks et des Allemands; tandis qu'une antre branche 
atteignit l'Elbe et engendra les Saions, les Frisons, les 
Lombards et les Angles , qui allèrent bientôt se. fixer en 
Angleterre. Une troisième branche suivit le cours de l'Oder, 
et s'établit , sous le nom de Scandinaves et de Golhs , sur 
les cdtes de la Baltique. Ces peuples , d'origine germanique , 
se liguèrent un jour pour secouer le joug de Rome , et cons- 
tituèrent l'occident moderne. Dans le midi de l'Europe , 
leur idiome fut absorbé par. ceini des nations vaincues ; mais 
dans le nord il est resté intact. 

Aussi , l'histoire des langues germaniques présente quatre 
phases : 

L La période gothique, c'est-à-dire celle où les Goths 
finirent par se fixer dans l'ancienoe Médie (la Servie et la 
Bulgarie de nos jtwrs). La Bible d'Ulphitas est nn monu- 
ment curieux de la langue mœso-gothique du III* siècle. 

II. La période de l'ancien haut-allemand , parlé autrefeis 
daufl toute l'Allemagne méridionale , la Suisse , la Hf^sse , 
la Thuringe , etc., et qui se subdivise : 

a. En Scandinave , parlé dans la Scandinavie du VIII* au 
IX° siècle, conservé dans l'Edda et la Voluspft , et qui a 
donné naissance aux idiomes modernes : l'islandais , le 
norwégien , le suédois et le danois: 

b. En ancien bas-allemand, parlé au moyen Age dons 



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— 34 — 

ane grande partie de TAtlemagne septentrionale et dans les 
anciens Pays-Bas , et qai a produit : 1° le saxon, parlé au 
moyen Age en Angleterre (d'oii eit né Vanglaiê par suite 
d'un mélange avec le roman) , et sur les côtes de la Flandre : 
2* le néerlandais, qni comprend' aujourd'hui le flamand et 
le hollandais; 3° le frison, parlé anciennement sur le ri- 
vage de la mer depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe , et père de 
trois soos-dialcctes : le frison de Westphalie, le frison 
batave, parlé dans les provinces de la Westfrîse, et le 
frison septentrional, parlé sor la cAte occidentale du duché 
rie Schleswig et dans quelques lies voisines du Danemark. 

III. La période du hant-allemand intermédiaire a pro- 
duit les Nihelungen et la langue des minnessSnger , dn 
XI* an XV" siècle. 

IV. La période du hant-allemand moderne , qoi est de- 
venn depuis Luther la langue littéraire de tonte l'Allema- 
gne , la langue de Goethe et de Schiller. 

Les langnes germaniques se rattachent pins au zend et au 
persan qu'au sanscrit. Leur étroite liaison avec les langues 
iraniennes indique suffisamment le point de départ des peu- 
ples qui chassèrent les Celtes vers l'occident et prirent lenr 
place dans l'Europe centrale. 

F. — Les langnes de la famille gréco-latine , qu'on ap- 
pelle anssi pélasgique ou thrace, ont eu leur herceau entre 
les Alpes et l'Hémus, la mer Méditerranée et la mer Noire. 
Une branche de cette famille s'étendit dans l'Asie-Hînenre, 
la Phrygie , la Lydie et la Troade , traversa le Bosphore et 
se fixa dans les plaines de la Thrace , tandis qu'une autre 
poussa à travers la Tbessalie vers la Grèce et le Pélôponèse, 
s'y arrêta et donna naissance aux idiomes des Pélasges et 
des Hellènes, d'oii sortirent bientôt les dialectes des Ëotiens, 
des Ioniens , des Boriens et des Achéens. Puis elle gagna les 



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— 35 — 

cAtes de la Phénicie et de TËgypte , et s'éternist^ dans une 
.littérature dont on admire encore les chefit-d 'œuvre. 

Longtemps avant la domination des Macédoniens en 
Asie , les colonies grecques avaient semé la civilisation an 
' delà des lies et sur le sol italien, où déjà d'autres rameaui 
de la même famille occupaient les bords de l'Adriatique , 
d'undSté sous le nom de Tosqaes on d'Ëtrasqnes , de l'au- 
tre sous celui d'Osques ou de Latins. 

La langue de ces derniers , devenue l'idiome des Ro- 
mains , dont la petite ville naissante s'accroissait chaque 
jour de tribus italiques et des vaincus de toutes les nations , 
se mêla aux rameaui celtique et ibérien , et donna nais- 
sance aux langues italienne , espagnole , portugaise , fran- 
çaise, et en partie à l'anglaise, autant de véhicules qui 
transportèrent la langue latine dans tontes les parties du 
globe. 

Telles sont les six familles de langues qui constituent le 
groupe indo-européen , pommé aussi japhétique , d'un nom 
emprunté aux traditions hébraïques, — à l'un des trois fils 
de Noë. 

Des linguistes ont hésité à ranger dans ce gronpe l'ancien 
ibérien on la langue basque , qui se parle encore en France 
et en Espagne des deux c6tés des Pyrénées , parce qu'ils 
ont cru que sa structure grammaticale se rapprochait beau- 
coup de celle des langues du Nouveau-Monde. Mais , en 
présence du mémoire de M. Peter du Ponceao sur le carac- 
tère général et les formes grammaticales des langues amé- 
ricaines . l'hésitation doit cesser : « En examinant le bas- 
que , dit-il f j'ai d'abord été porté à croire avec le profes- 
seur Vater , en partie sur son autorité , et par quelque fai- 
ble lumière que je crus voir jaillir de la comparaison que je 
fis d'un livre traduit en cette langue avec l'original , que les 



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- 36 — 

formes de ses verbes étaient A peu près les mêmes qiïe celle:» 
de nos Indiens (d'Amérique). Je n'avais pas encore vnje 
Mithridates , où la structure de cette langue est très-bien 
décrite an commencement du sficxtnd volume , et anssi dans 
le quatrième , où se trouve une savante dissertation par le 
baron de Humboldt. Ce fut alors que , ponr la première 
fois , je fis cônnaïssaoce avec une langne qui , je crois', n'a 
pas sa pareille dans tout le reste du monde. Je la vis avec 
étonnement conservée seulement dans un c<»n de l'Europe, 
par quelques milliers de montagnards , le seul fragment qui 
nous reste de peut-être cent dialectes , tons formés snr le 
même plan et d'après le même système , qui probablement 
existaient à nne époque Irèa-reculée et étaient généralement 
parlés dans une grande partie de l'ancien continent. Comme 
les ossements du mammouth et les coquilles d'animaux tes- 
tacées , dont les races sont depuis longtemps éteintes , la 
langue basque existe comme an monument effrayant de 
l'immense destmction produite par une longue suite de 
siècles. Elle est là debout , entourée de langues dont la 
structure , soit ancienne, soit moderne, ne ressemble en 
rien à la sienne. C'est une langue tout à fait étrange et 
seule de son espèce ; comme celles de nos Indiens , elle est 
artificielle dans ses formes , et composée de manière à ex- 
primer à la fois beaucoup d'idées ; mais , lorsqu'on la com- 
pare k celles des aborigènes de l'Amérique , il est impossi- 
ble de ne pas apercevoir l'immense différence qui existe 
entre elles. Il suffira , je crois , d'en donner un seul 
exemple : 

« C'est un des Iraits les plus frappants de nos langne» 
indiennes , qu'elles sont entièrement dépourvues des verbes 
auxiliaires être et avoir. Je ne conndis dans aocun de ces 
idiomes des mots qui puissent exprimer abstraitement les 



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— 37 — 
idées qui noos sont communiquées par ces deux verbea. 
Ils ont le verbe tto, je sois dans telle situation ou dans 
tel Heu . mais ils n'ont pas le verbe sum: ils ont possideo, 
ieneo, mais ils n'ont pas habeo, dans le sens qne nous 
donnons à ce mot. Datis la conjugaison des ve^KS basques, 
BU contraire, ces dieux auxiliaires sont tout; c'est à eux 
que la grammaire prodigue cette profusion de forme» qui 
leur perinet d'exprimer à la fois toutes les idées accessoires 
du verbe , tandis que l'action ou la passion principale s'ex- 
prime séparément , aa moyen do participe. Par exemple , 
je l'aime , amo eum, est on verbe transitif, et se rend , en 
basque, par maileluba dot, qui, littéralement traduit, si- 
gnifie : amalum illum kttbeo ego. Maitetuba est le mot 
qui exprime la forme du participe amatum; les trois autres 
idées sont comprises dans le monosyllabe dot , dont la pre- 
mière lettre d signifie illum , la seconde o signifie Habeo , 
et t représente le pronom ego (1). On peut dire , à la vérité, 
que ces formes sont compliquées comme celles des verbes 
indiens , et que . comme celles-ci , elles servent à exprimer 
A la fois plusieurs idées : toutefois la différence de leur ar- 
rangement est si grande, qu'il est impossible de dire qu'il 
existe de l'affinité entre elles ou qu'elles sortent de la même 
source. Il y a plusieurs autres formes dans la structure du 
basque , qui diflèrent essentiellement de celles des langues 
américaines ; mais je me dispense de les désigner ici , afin 
de ne pas ajouter à la longueur de ce rapport. » 

Pour M. de Humboldt , le basque est une langue d'ori- 
gine européenne , et l'une des plos anciennes de notre 
continent. « Il ne doute pas, dit M. Jeban , que cette lan- 



(I) Nom dnniieroDs dans le ci 
»uiliair« buqne doi ou dut. 



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— 38 — 
gue n'ait autrefois été répandue dans toute la péninsule 
hispanique ; et il donne , à l'appui de son opinion , une 
liste de noms- de lieux , tant de la Bétjqne et de la Lnsi- 
tanie que de la Tarragoonaise , lesquels ne s'expliquent 
d'une manière satisfaisante que par le basque. Le savant 
allemand regarde donc le basque comme ayant été ta lan- 
gue commune de la race ibérienne , et il eu sait la trace 
là même où cette race s'est trou»ée mêlée h la race celtique. 
Il ta retrOQve hors de la péninsule , d'abord dans toute 
l'Aquitaine, puis le long de la Méditerranée, des Pyrénées 
à l'Ahio ; dans cette lisière dont le nom de Ligurie lui 
parait être basqae : Li-gor, peuple d'en haut, ou peuple 
des cêtes. En6n la même nature de recherches lui parait 
déceler l'ancienne existence de cette langue dans les trois 
grandes lies du bassin de la Méditerranée comprises entre 
l'Espagne, la France et l'Italie. Amédée Thierry, dans 
l'introduction de son Histoire des Gaulois, reconnaît à son 
tour qu'uD grand nombre de noms d'hommes, de dignités, 
d'institutions, relatés dans l'histoire comme appartenant 
soit aux Ibères , soit aux Aquitains , s'interprètent facile- 
ment par le basque (1). » 

D'après ces considérations , nous classerons le basque 
parmi les langues indo-earopéenoes , dans la proximité du 
celtique et du gothique : car, d'an cAté, M. de Humboldt 
a reconnu des traces du celtique dans des noms de villes 
et de populations de presque toute la moitié occidentale de 
la péninsule ibérienne , et, d'un antre côté , M. Ang. Chao 
trouve entre le basque et le sanscrit ce qu'il appelle des 
analogies de vocalisation , notamment dans la partie savante 
et théogonique'de leur vocabulaire ; et nous avons remarqué 

(I) Diclimmaire de tinsuitliqut, p. 710. 



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— 39 - 
des mots basques qui nous ont paru dérivés du gothique ou 
ayant au moins une grande affinité avec cette langue. Nous 
espérons démontrer aussi l'anologie des formes grammati- 
cales du basque avec celles du sanscrit. 



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LANGUES DE LA FRANCE 



En remontant dans les siècles les pins recelés, aussi 
haut qae les données historiques le permettent , on voit 
que te<i Celtes occupaient t'espace compris entre le Rhin, 
l'Océan, la Méditerranée, les Alpes et les Pyrénées (1), 
et que, 600 ans avant l'ère vulgaire, ils s'emparèrent 
d'une grande partie de la Dalmatie et de l'Asie-Mineure , 
de la Germanie , de l'Italie et de l'Espagne , où ils s'éta- 
blirent sous le nom de Geltibériens. Les bardei bretons et 
gallois racontent dans leurs vieux poèmes nationaux que 
des colons celtes, les LIoegrians (de la Gascogne) et les 
Brythons de l'Armorique (là Bretagne française) , vinrent 
se fixer dans l'Ile appelée depuis la Grande-Bretagne. 
Béde-le- Vénérable rappelle de même ce lointain souvenir 
dans son Hisl&ire eeclésiaitique de l'Angleterre, liv. I , 
c. 1 (2). 

Mais cette nation conquérante , qui avait porté si loin 
ses armes victorieuses , eut aussi ses jours de revers. Les 
Celtes furent refoulés par ceux-là mêmes chez qui ils s'é- 
taient installés. Deux siècles avant l'ère chrétienne, les - 



(1) Mon, Gt$thic\lt dtr heidaUlnMuimnardliekt E»rofa, I. 

(2) Sktuk ofU eoriy hiuoiy oflht Cymry or onneiM BrtJoiu frm 
700 btfort Chrùto ta a. D. MO. 



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— 41 — 

Tentons da nord de la Germanie , poussés sans doute par 
des populations d'origine asiatique , tombèrent snr eux , les 
écrasèrent ou les forcèrent à se retirer dans les parties mé- 
ridionales et occidentales des Gaules. 

Cinquante ans plus tard , les Romains s'emparèrent 
d'une province gauloise baignée par la Méditerranée , et 
qui reçnt le nom de Narbonnaise. (In demi-siècle était & 
peine écoulé que la colonie romaine eut des difficultés avec 
se^ voisins, et se vit <jans la nécessité de réclamer du se- 
cours de la métropole. César vint avec ses légions , et dis 
ans après la Gaule lui était soumise. 

C'est À lui qne nous devons les premières notions exactes 
que nous possédions sur cette contrée. Le général romain 
la divise , comme on sait , en trois parties . déduction faite 
de la Narbonnaise : 1** l'Aquitaine, bornée par lés Pyré- 
nées et la Garonne ; 2" la Celtique proprement dite . située 
entre l'Aquitaine et la Belgique , et 3° la Belgique , s'éten- 
dant depuis la Marne jusqu'au Bbin {Cws., I. I). Il re- 
marque que les habitants de ces trois grandes provinces dif- 
fèrent entre eux de mœurs , d'institutions et de langage : 
Ht omnes linguâ , institutis , legibm , inter se differunt. 
En eiïet , tes Aquitains étaient de race ibérienne , et la . 
plupart des Belges de race germanique; les Celtes seuls 
étaient de leur propre sang , ayant une langue èi eux. Donc , 
au rapport de Jules César , quatre langues étaient parlées 
dans la Gaule ô l'époque de son invasion par les années ro- 
maines , savoir : le latin dans la Narbonnaise , l'ibérien 
ou le basque dans l'Aquitaine , le celtique chez les Celtes , 
et le tndesque chez ceux des Belges originaires de la Ger- 
manie. 

Cependant , malgré le teite si positif des Commen- 
taires , « l'opinion qui voit dans les Celtes et les Germains 



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— 42 — 

deux peuples de race différeote, après avoir régoé long- 
temps sans conteste . a trouvé récemment , dit M. Arendt , 
des contradicteurs qui cherchent à faire prévaloir un sys- 
tème diamétralement opposé , d'après lequel Celtes et Ger- 
mains sont deuE branches d'une même sonche dont l'une a 
précédé l'autre dans l'occupation des pays occidentaux de 
l'Europe. Considérée en elle-même , cette opinion n'est pas 
noDvelle. Tons ceax qui ont étudié savent que déjà dans 
l'antiqnité des aateors d'un grand poids, depuis Strabon 
jil»qu'à Suidas et Zonaras , l'ont soatenne ; on peut même 
dire que , depuis la renaissance des lettres jusqu'au siècle 
dernier, elle fut le plus généralement adoptée. Niebuhr, 
tout en la considérant comme erronée, avoue cependant 
qu'il y a 70 ans , elle était répandue et acceptée au point 
qu'ancane voix qui aurait essayé de la combattre n'eût été 
écoutée (1). 

« Le revirement ne date que de la première moitié da 
XVIIÏ" siècle; son point de départ fut la publication des 
Gallicarum et francicarum rerum scriptores. Dans la pré- 
face de ce célèbre recueil , D. Bouquet soutint l'identité de 
la langue gauloise avec l'idiome du pays de Galles , et jeta 
ainsi les fondements du système qoi voit dans les Gaulois 
et les Germains deux races foncièrement distinctes. Une 
occasion s'offrit bientAt d'étodier la question plus complè- 
tement. 

« En 1741 , l'Académie des inscriptions et belles^ettres 
mit au concours la question suivante : « Quelles étaient les 
« nations gauloises qui s'établirent en Asie-Mineare sous 
« le nom de Galates , en quel temps y passèrent-elles ? 
« quelle était l'étendue du pays qu'elles y occupaient? 

(1) V. Nicbnhr, Yorlraagt âitr aile laeader-uad Valkirknnde. 



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_ 43 — 

a quelles étaient leors mœars, lenr laDgne. la Torme de leur 
« gouvernement , en quel temps ces Galates cessèrent-ils 
« d'avoir des chek de leur aatioa et formèrent an Etat in- 
«' dépendant? » Pelloulier, de Berlin, remporta le prix, 
et, généralisant ses recherches, publia, en 1750, sa célèbre 
Histoire des €eltes , qui embrasse presque tous les côtés de 
la question , traitée imparfaitement par un grand nombre 
d'auteurâ antérieurs. Pellontier s'attache à démontrer que 
Celtes et Germains sont deux noms désignant la même race, 
et qu'à l'exception d'an petit nombre de contrées, les Celtes 
ont donné des habitants à l'Europe entière. Les témoigiiages 
contemporains sont unanimes h signaler-la sensation pro- 
duite par l'ouvrage de Pellontier ; mais , comme il arrive 
presque toujours, l'exposition d'un système absolu pro- 
voqua une réaction d'oii sortit un système tout aussi exclusif 
dans le sens opposé. Schœpflin, le célèbre auteur de YAlsatia 
iUustraia , combattit le premier les opinions de Pelloutîer 
dans ses Vindicim Cellicœ, qui pararent en 1754. Scbœ- 
pllin distingue soigneusement les Celtes des Germains, ren- 
ferme les premiers dans les limites de l'ancienne Gaule, et 
repousse particulièrement l'opinion qui considère ces deux 
peuples comme étant de même race. Pellontier ne répondit 
point de son vivant à- l'agression de SchœpQîo ; mais à sa 
mort on trouva parmi ses papiers une réfutation des F»«- 
diciœ, qui fut reproduite, en 1771, par M. de Chiniacdans 
la nouvelle édition de YHisloire des Celtes de Pellontier. 
Schœpilin refusa toute discussion ultérieure , a ayant trouvé 
« bon , disait-il , de m'abandonner à la décision de la répn- 
h bliqne des lettres , et de ne jamais répliquer. » Cette dé- 
cision lui fut favorable ; son système n'a fait que se déve- 
lopper et se fortifier, à tel point que, de nos jours, il est 
arrivé è l'état de doctrine reçue et à peu près génémlement 



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_ 44 — 

adoptée. Cependant, depnis qaelqne temps, de diiïérenfs 
c^tés , des tentatives indépendantes les unes des antres ont 
été faites ponr revenir an prenaier système , celui de l'iden- 
tité. Des recherches approfondies avaient été entreprises en 
Allemagne sur les Celles, leurs migrations, leur laogae, 
les traces de séjour qu'ils ont laissées dans différentes parties 
du pays. Le mouvement général des études historiques 
s'étant porté sur les origines de la nation , heaacoup de faits 
etd'éléments nouveaux furent miï an jour, et il était à pré- 
voir qu'une question aussi fondamentale que celle des rap- 
ports entre les races primitives ne tarderait pas i être reprise. 
C'est ce qui a eu lieu , en eiïet. Après que différents tra- 
vani d'une moindre importance eurent préludé , en quelque 
sorte ,' k une nouvelle manifestation de l'ancienne doctrine 
■de l'identité, parut, en 1855 , le livre du professeur Holts- 
mann, de Heidelherg, intitulé : Kelten und Germanen..., 
dans lequel la thèse de l'identité est plaidée avec un talent 
fort remarquable, avec une très-^ande érudition et surtout 
avec une conviction si entière que l'auteur , tout en recon- 
naissant que sa doctrine peut , an premier abord , paraître 
paradoxale , n'hésite cependant pas & exprimer le ferme es- 
poir qu'elle finira par être généralement adoptée. Le livre . 
de M. Holtimann a produit de la sensation, tout en rencon- 
trant de vives contradictions. On peut reconnaître que plu- 
sieurs des considérations invoquées par le savant professeur 
de Heidelberg sont faites pour ébranler la foi absolue qu'on 
avait jusqu'ici dans le système de la npn-identité, et peut- 
être est-il permis de prévoir que la doctrine régnante devra 
être modifiée dans quelques points (1). » 

Quoi qu'il eu soit , le résultat de la domination romaine 

{1) BMtliitdeVAtadémit rogaU de Belgique , 1. 13, II* partie, 1SB6, p. SI «Is. 



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— 45 — 

daD3 la Gaule fut l'altération de l'idiome primitif des Gau- 
lois, ensuite l'absorption de cet idiome par le latin. C'é- 
tait dans le génie de Kome d'imposer aux Dations conquises 
non seulement ses lois et ses mœurs, mais encore sa lan- 
gue. Opéra data est ut imperiosa àvitas non solum ju- 

gum , venan etiam linguatn suam domilis genliÔus 

Saint Augustin , qui fait cette remarque en termes élo- 
quents, voit en même temps dans ce rayonnement de la 
langue romaine , quelque chose de providentiel et de pré- 
destiné. Par elle l'Eglise rayonnera snr le monde et pro- 
pagera sa foi. « Sans doute , dit M. Villemain , il y avait 
des idiomes locaux , des patois qui se cachaient dans quel- 
que coin de village ; mais la religion parlait latin , la loi 
parlait latin , la guerre parlait latin ; partout le latin était 
la langue que le vainqueur imposait au vaincu. Pour trai- 
ter avec lui , pour lui demander grAce , pour obtenir la 
remise de l'impôt, pour prier dans le temple , toujours il 
fallait la langue latine (1). » 

Les beaux esprits de Lyon , de Poitiers , de Bordeaui , 
de Toulouse, la parlaient avec élégance, lorsque Paris 
n'était qu'une petite bourgade dont le langage ressem- 
blait assez, suivant Julien , ao croassement des corbeaux. 

Mais la langue latine , arrivée au plus haut degré de la 
perfection , portait en elle le germe même de sa dégrada- 
tion, germe qui devait se développer le jour où elle serait 
devenue l'instrument d'un pebple ignorant et barbare. 
Cette langue si littéraire , si bien assouplie à toutes les exi- 
gences de l'éloquence et de la poésie , si harmonieuse dans 
la bouche de Cicéron et de Virgile, avait une grammaire 
trop savante pour ceux dont les besoins et les idées étaient 

(1) Tibletu d« la litlértlure du maym tge ■ (. K 



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— 46 — 
simples et bornées. Aussi , lorsque , vers le IV^ et le V* siè- 
cles , les natioDS germaniques vinreot se heurter contre les 
Bomains et s'établir en Gaule après les avoir vaincus , le 
caractère synthétique de la laugne latine fat le principal 
obstacle k ce qu'elle se maintint dans toute sa pureté au 
milieu de ce pays , où les armes romaines l'avaient fait ré- 
gner durant quatre cents ans. 

A la même époque oit les Visigoths , les Burgondes et 
les Franks . envahissaient la Gaule , les premiers au midi , 
les seconds à l'est , les troisièmes au nord , des Bretons 
Tuf aient de l'tle qui portait leur nom , traversaient la mer 
sur leurs chiules et abordaient dans l'Armorique , qui , 
depuis , fut nommée la Petite Bretagne , on Bretagne fran- 
çaise. Ces fugitifs étaient de race celtique , et venaient cher- 
cher un refuge dans un pays celtique, demander asile à 
d'anciens compatriotes. De là cet antique lien de race et de 
langage qui unit encore de nos jours les Bretons du pays 
de Galles et les Bretons de ta France ; union qui s'est ma- 
nifestée d'une manière bien imposante, lors de la fête na- 
tionale que les Gallois offrirent en 1838 i lenrs frères 
d'Armorique. Voici comment cette cérémonie est rappor- 
tée dans le Journal des Débats , à la date du 22 octobre 
1838 : « M. Th. de la Villemarqué , envoyé i- titre d'é- 
lève de l'Ecole des Chartes , par le Gouvernement français , 
pour étudier les manuscrits gallois , avait eu l'heureuse idée 
de composer un chant armoricain , en se servant , autant 
que possible , de termes encore usités dans le pays de 
Galles . . . Nous ne soupçonnions pas dans le peuple qui 
nous entourait , dit un témoin oculaire , assez de foi dans 
la religion du passé , pour prévoir l'elTet magique produit 
par cette démonstration vivante d'une origine commune. 
Etonné de comprendre la voix fortement accentuée de 



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— 47 - 
l'anteur , il se dressait snr les bancs , les chapeanx s'éle- 
vaient dans l'air, .et les trépignements qui ébranlaient la 
salle n'étaient plus un simple témoignage de satisfac- 
tioD, ils trabissaieut une émotion réelle. Un des hommes 
les plus éminents de l'auditoire a remercié avec efTusion 
M. de la Villemarqué , et une coupe de barde lui a été of- 
ferte. » 

Les côtes occidentales de la Gaule ne furent pas les seu- 
les visitées par les insulaires de la Grande-Bretagne. Des 
Anglo-Saxons et des Saxons voisins de la Chersonèse cim- 
bricjue vinrent en même temps s'établir snr notre littoral do 
nord, qui reçut de cet établissement le nom de Littus Saxo- 
nicum. Ces nouveaux envahisseurs étaient, comme lesBur- 
gondes , de race germanique ; et , comme les Bnrgondes, 
qui avaient introduit la langue tudesque dans la province 
gauloise avoisinant le Rhin , où elle s'est conservée jusqu'à 
nos jours , les Saxons l'introduisirent parmi les populations 
maritimes auxquelles ils avaient disputé leur rivage. Toute- 
fois il y avait entre l'idiome des Burgondes et celui des 
Saxons , la même différence qui existe encore aujourd'hui 
entre le haut et le has-allemaDd. 

La langue des Saxons donna naissance au nederduilsch 
ou néerlandais , devenu, par la puissance des traités poli- 
tiques , le Qamand dans les Flandres française et belge , et 
le hollandais en Hollande. M. l'ahhé de Haerne a très- 
bien fait ressortir la similitude de ces deux langues dans 
son rapport à la chambre des représentants belges, sur la 
convention conclue , le 30 août 1858', entre la Belgique et 
les Pays-Bas , pour la garantie réciproque de la propriété 
des œuvres scientifiques et littéraires de ces deux royaumes. 
« Le nederduilsch, a dit l'honorable représentant, ou le 
bas-allemand , qui ne diffère d'une nation à l'autre que par 



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- 48 — 
(jnetqnes légères modifications orthographiques et par rer- 
taioes touroares de phrases, est reconnu par le traité comme 
étant une seule et même langue sous deux dénominations 
difTérentes , langue qui est également comprise dans le nord 
de l'Allemagne. « Il y a quelques années , le souvenir de 
cette commune origine s'est réveillé aussi parmi les amis 
des lettres néerlandaises. Le 16 septembre 1850 , ils se 
réunirent tous en congrès dans les mors d'Amsterdam , ta 
capitale des Pays-Bas , et l'on vit à cette belle fête bttératre 
des Flamands de la France , de la Belgique et de l'Allema- 
gne ; tous parlaient la même langue. 
- Revenons à la langue latine ; nous la voyons se décom- 
poser , se déformer , bd choc des populations nouvelles de la 
Gaule. Celte langue admirable finit par s'allier & l'idiome 
des étrangers , et de cette alliance bizarre sortirent des mots 
hybrides inconnus aux Romains. Même des mots d'un tu- 
desque pur furent latinisés pour devenir romans. 

Une autre cause contribua aussi à altérer singulière- 
ment le latin , c'est la descente des Normands sur les cAtes 
do la Neustrie. Ces farouches hommes de mer impoitèreot 
dans cette contrée leur idiome national , le Scandinave, qui 
a donné des noms à quelques bourgs et villages de la Nor- 
mandie actuelle. 

Ainsi , à la fin du VIII" siècle ou tout au commence- 
ment du IX", nous voyons établis en France sii idiomes 
difTénnts , savoir : 

1» Le celtique , 

2o L'ibérien ou le basque , 

B" Le latin , 

A" L'allemanique on l'idiome des Bnrgondes , 

5° Le saion , 

6** Le Scandinave. 



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_ 49 — 

Ces trois dcroiers idiomes ne soat que des rameant 
d'nne même braoche. 

Eq présence d'éléments si divers, que devint le latin t 
que devint la Isngne de la philosophie , du droit, de l'Eglise 
et de la poésie , langue Oexible, variée, exprimant avec fa- 
cilité les idées les plus abstraites de l'intelligence ? -^ La 
langue latine , noDS l'avoas déjÀ dit , demandait pour être 
perlée, d'une part, des esprits cultivés, habitués à réfléchir, 
sachant distinguer les nuances les plus fines d'une expres- 
sion ; d'antre part, des oreilles aptes h saisir toutes les dé- 
licatesses de la parole et de la phrase latine. Or, les Ibériens, 
les Celtes, les Burgondes , les Saxons , les Normands n'a- 
vaient point de telles aptitudes. Le latin dut fatalement se 
, transformer; il se transforma, et, dès le Vil* et le VIII' 
siècles , des chartes de Dagobert et de Pépin portent avec 
elles des signes de sa récente corruption : 

Dagoberlu$, rex Francorum, vir inlasler, ele. - De 
omnes negotianles in regno exîstentes , vèl de vitra mare 
eenientes m illd stradà quie vadtt ad Parisiis , ele. — 
Cœteri fagencet de alias civitales persolvunl de iltos na~ 
vigios de unaquaque puarrada , etc. — De omnis necu- 
tientes tàm Saxotus quatn Fristmes vel ahas nacîones pro- 
miscuas de quâcumque page* vel provindas ad feslivitate 
Saneti Dionisii martyris, etc. 

Voilà l'état où le latin était tombé aux VII" et VIII" siè- 
cles ; des mot! juxtaposés , point de règles grammaticales , 
tout y est fortuit, a Cependant , dit M. Villemain, une al- 
tération progressive ne tarda pas à s'introduire. Les restes 
des anciens idiomes celtiques , que la conquête romaine 
avait & demi-effacés , reparaissaient ; quelques mots , ap- 
portés par les Francs , s'introduisaient avec des désinences 
latines. L'ignorance grammaticale , fort grande dans les 



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_ 50 — 

mogiiitrats et les ofGciers publics, l'était plas encore dans le 
peuple. Ces désinences , qoe l'on ne savait plus varier, de- 
vinrent un embarras qae l'on supprima. On ne peut douter 
qu'au VII' et au VIII* siècles cette révolution , peut- 
être insensible d'un jour à l'autre , ne Tût uniferselle. 
L'idiome moderne commença et fut d'abord le roman rus- 
tique. » 

Hais les canses diverses qui avaient produit sur le latin an 
eiïet de décomposition rapide, et en même temps de lente 
reconstruction , n'avaient pas agi partout avec uniformité. 
Le roman parlé dans les provinces sitnées au midi de la 
Loire , où tout rappelait encore la civilisation romaine , 
avait conservé plus d'analogie et d'alSnité avec la langue 
latine , que le roman des provinces septentrionales , où les 
Douveam conquérants étaient plus nombreux et n'avaient 
pas renoncé à la langue de leur ancienne patrie. 

De là cette division de ta langue romane en langue d'oc 
et en langue d'oïl. La ligne de démarcation qui sépare le 
premier de ces idiomes du second commence au sud-ouest , 
au bord de la Gironde , près Blaye , se dirige , à travers les 
départements de la Charente-Inrérienre et de la Charente , 
vers l'est de celui de la Vienne et le nord de la Haute- 
Vienne et de la Creuse; puis, pénètre dans l'Allier et passe 
è l'est du Puj-de-DAme , et au nord des départements de 
la Haute-Loire , de l'Ardècheet de l'Isère. Cette distinc- 
tion des deut langues fut telle qu'elle réagit sur la politi- 
que et le droit ; que les Etats de ces deux portions de la 
France s'assemblèrent quelquefois séparément pour voter 
des subsides , et que les provinces du midi furent nom- 
mées pays de droit écrit, et celles'du nord pays de droit 
coutumier. 

« Toutefois, éait'H. le professeur Moke dans son tfù- 



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— 51 — 

toire de ta littérature française , le dialecte roman qui se 
forma en Provence, et que l'asage désigna sons le nom de 
langue d'oc , ne semble guère dîiïérer de celai da nord qnë 
par le caractère plus éclatant des sons qn'il affectionne. Il 
n'adopte point l'e maet qai , dans les provinces septentrio- 
nales , était venu remplacer , par une sorte de marmare 
gonrd , ane partie des voyelles latines. Il conserve ces 
voyelles dans tonte leur force , chaque fois qu'elles jooent 
un rAle essentiel dans le mot ; mais, quand elles sont acces- 
soires, il les sopprirae totalement. Ainsi , la langue devient 
à la fols plas sonore et plus nervense. En étndiant sa for- 
mation , il est facile d'y reconnaître les effets d'nne pronon- 
ciation vivement accentuée qui développait, pour ainsi dire, 
les syllabes dominantes , en même temps qu'elle affaiblis- 
sait tontes les autres. Cette variété d'intonations, qui ren- 
dait le langage brillant et cadencé , n'a pas entièrement 
disparu de la pronondation ordinaire dans le midi de la 
France, et elle était encore plus géaérale au moyen-âge, car 
on assignait alors pour caractère dfstioctif aux habitants de 
l'Aquitaine l'éclat de leur parole. 

a Or , la sonorité de la langue et son accentuation amè- 
nent l'importance du rhythme dans la poésie. Un idiome 
sourd , comme le roman du Nord , n'a guère que des formes 
poétiques imparfaites et confuses , puisque les sous n'y res- 
sortent pas , et que ta mesure même arrive à peine nettement 
à l'OTeille ; mais un idiome cadencé conduit k une versifica- 
tion régulière , rhytfamée , musicale , parce que chaque 
syllabe oflire une valeur précise , que toutes résonnent dif- 
féremment , et que les effets qui naissent de leurs rapports 
et de leurs contrastes sont parfaitement sensibles. La 
langue d'oc devait donc prêter à la poésie romane, dès 
ses premiers essais , des formes harmonieuses et des com- 



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— 52 — 

fainaisODS délicates à l'opposé de ce qa'on pouvait attendre 
do dialecte septeatrional. n 

ÂDJonrd'hui la langoe d'oc subsiste encore dans plusieurs 
dialectes vulgaires de certains départements de la France , 
savoir : 

Le laaguedoeim , proin^ment dit , est parlé daos le Gard, 
l'Hérault , les Pyrénées-Orieutak» , l'Aude , l'Arriére , la 
Haute-GaroDoe , le Lot-et-Garonoe , le Tarn , l'AveyroD , 
le Lot et le TarD-et-Garoaue ; 

E^ proveaqal , dans la Drame , le Vauclose , les Bouches- 
du-Rh6ne , les Hantes et les Basses-Alpes , et le Var; 

Le davfhinoiê , daos l'Isère ; 

Le lyonnais, dans le BhAne, l'Ain et la SaAne-et- 
Loire; 

L'auvergnat , dans l'Allier , la Loire , la Haute-Loire , 
l'Ardèche, la Lozère, le Pay-de-DAme et le Cantal; 

Le limotain , dans la Corrèze , la Haate-Vienne , la 
Creuse , l'Indre , le Gfaer , la Vienne « la Dc^dogne , la Cha- 
rente t la Charente-Inférieure et l'Indre-et-Loire ; 

Le gascon, dans la Gironde, les Landes, les Hautes et 
Basses-Pyrénées et le Gers. 

Il est démontré aujotird'hai <10b tons ces dialectes méri- 
dionaux , qu'on a flétris depuis des aècles du nom depalms, 
sont la continuation , un peu déteinte , il est vrai , de l'an- 
cienne langue des Romains. M. Mary-Lafont, dans un 
ouvrage couronné par l'Institut j a tracé le tableau histori- 
que et littéraire de la langue parlée dans le midi de la 
France, par quatorze millionsd'habitaots. Il l'a qualifiée de 
langue romaoo-provençale , et en a fait connaître la gram- 
maire et la littérature qu'elle a produite de nos jours, a En 
remontant à ses premiers rudiments, dit M. Laibnt, on 
retrouve les premières pages de notre histoire ; en obser- 



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— 53 — 

vant sa marche et ses progrès , on assiste pas à pas à ce cu- 
rieux et ioDg travail qui précède l'enfantement des empires; 
et pais , quand elle est Tormée , et qae ces empires dentelle 
était la voix s'écroulent , c'est avec une ardeur plus vive 
encore, et une attention pins solennelle qu'on étudie sa 
renaissance dans les temfts modernes et sa nouvelle iiiation 
dans les temps contemporains. » 

Plusieurs autenrs ont considéré le catalan , qai est parlé 
dans le Ronssillon , comme un dialecte de la langue d'oc ou 
romano-provençale; mais nous (royoos plutôt qu'il est une 
véritable langue ayant une existence individuelle, parce qu'il 
a engendré une littérature et une grammaire qui lui sont 
propres, et qu'il est devenu l'idiome d'une partie de 
l'Espagne. 

Les dialectes principaux de la langue d'oïl sont : 

Le normand qui comprend les soos-dialectes parlés dans 
la Bretagne, le Poche, le Maine, l'Anjou, le Poitou et 
la Satntonge ; 

Le picard qui comprend les sons-dialectes parlés dans 
la Picardie, l'Artois, la Flandre, le Hainaut, le Bas- 
Maine , la Thiérache et lé Rbételoîs. 

Le bourguignon qui comprend les îous-dialectes parlés 
dans le Nivernais, le Berry, l'Orléanais, ta Touraine, le 
Bas-Bonrbonnais, l'Ile-de-France, ta Champagne, la 
Lorraine et la Franche-Comté. 

Le dialecte picard était le plus important, parce qu'il 
était l'idiome de l'Ile-de-France , de la cour et de la ca- 
pitale. C'est de lui qu'est sortie la langue française actuelle, . 
la langue de Paris, des classes élevées, de, la liltératnre, 
de la science , de la politique et de l'enseignement puhlic 
de la France, mais non de tout le peuple français; car, 
en la présente année 1860 : 



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— 54 — 
200,000 Français parlent le Qamaod . 
1,160,000 — l'allemaDd, 
1,070,000 ~ le breton. 
160,000 — lebasqne. 
200,000 — l'italien , 
100,000 — le catalan on l'espagnol, 
14,000,000 — le romano-provençal , 
18,S91,628 — lefrançaispropr^nentdit 
et ses différents dialectes. 



Total35,781,628, chinire égal àcelni de la population de 
la France , d'après le tableau dressé en vertu da décret dn 
1<" janvier 1851 , et inséré aa Bulletin des lois de 1852, 
n9 533 (1). 

La France résumerait donc en elle , pour ainsi (lire , 
tontes les langues de l'Europe. En effet, par le, flamand 
et l'allemand , elle touche aux langues des Iles britanniques, 
de l'Islande , de la Norwège , de la Suède , dn Danemark , 
de la Russie (2), des Pays-Bas, de ta Belgique, de )*AI- 

(1) ToDl ce qne noas disons das langues parlées en France pent a'tppliqncr aux 
lanRacs parlées en Belgique; car l,8îT,lil Belges y parlent français, 3,i71,3fS 
flamand, et 3i,060 allemand, h Ainsi , snivant la Stalitligut dt In Belgiqut, m 
u IBiS, IefraD;4iselleSamand, avec leurs dialecles,san( ï peu près les sealcs 
u langues parlées dans la Belgique. Le Ssmand prédomine snr le français dans le 
H rapport de STO à iil, ou de i i 3 eniicon. Les praiinces des deux Flandres , 
H d'Aniers, de Limbourg et de Brabunt, sont celles oii U flamand est partEcnlièn- 
u ment parlé. Dans celle dernière province, eepeadunl, une assez grande parti* 
u des habitants. parlent français ou plnttt vallon; leur nombre est k celai des 
u flamands comnle 1 est à 3 environ, n 
< u Les autres langues ne sont parlées en Belgique que par les onnien qae l'in- 
H dnslrieelle commerce y ont appelés, et parles étrangers qui sYtrouTenl mo- 
u menlanémeot de passage; il faut en excepter cependant rallemand qui est la 
u langue d'une partie du Luiemboarg. n 

(S) RjIsi, wtderiageÊle om dtl gamli itlaniUks iprog. H J'ai constaté par des 
u recbercbes faciles à faire l'Identité élroite de l'islandais avec le danois et le 
u saédoi>;sa parenté avec l'alleinand, le hollandais, l'anglo^iion et l'anglais. 
H D'antres ont établi, par des recbercbes vraiment saiantes, ses rapports avec le 
i> grec el les langues slaves. « X. Huuan, leilrn iw l'hlandr, ISU, p. 317. 



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— 55 — 

lemagne et cle la Suisse ; par le breton , à qaelques idiomes 
particuliers de l'Irlande , du pays de Galles et de l'Ecosse ; 
par le basque , l'italien et le catalan , aox langues de l'Es- 
pagne, du Portugal, de l'Italie et de la Grèce; par le 
français , elle vulgarise les notions des arts , de la science 
et de la civilisation dans le monde. 

N'est-ce pas un phénomène curieux et digne d'observa- 
tion , que la persistance de ces divers idiomes sons un gou- 
vernement centralisateur, aussi puissant qne celui de la 
France? On n'a poortant pas manqué ni d'édits , ni de 
lois qui les ont proscrits. Louis XIII , par son édit de 1621 , 
portant création du parlement de Pan , défend de faire 
usagé du béarnais dans les actes officiels. Louis XTV, par 
un édit du mois de décembre 1684, veut « que doréna- 
vant il ne puisse plus être plaidé dans la ville d'Ypres, et 
dans toutes les autres villes et cbàtellenies de la Flandre 
occidentale qu'en langue française ; défendons pour cette 
fin , ajoute-t-il , è tons avocats et procureurs , de se plus 
servir de la langue flamande, soit pour les plaidoyers, soit 
pour les écritures ou autres procédures , et aux magistrats 
desdites villes et châtellenies de le souffrir, ni de pro- 
noncer leurs jugements qu'en langue française , à peine de 
nullité et de désobéissance. » 

Un arrêt du Conseil du 30 janvier 1685 ordonne que 
A toutes les procédures faites devant les juges de la province 
d'Alsace , soit supérieurs ou subalternes , tes actes , con- 
trats et autres expéditions , de quelque nature qu'elles 
puissent être , soit qu'elles soient faites par des notaires on 
greffiers de ladite province , en fait de judicature ou autre- ' 
ment ; seront écrites en langue fraiiçaise ; fait très-eipresses 
défenses à tous juges , magistrats , baillis, notaires, gref- 
fiers , et à tous autres qu'il appartiendra , d'en recevoir au- 



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— 56 — 
cnne eo Isogae allemaade , à peine de Dollité desdits actes , 
coDtrats et procédares , et de 500 livres d'amende. » 

Ud édit du mois de février 1700 porte « que toutes les 
procédures qui se feront dans les sièges et juridictions des 
pays de Roussilloo, ConQans et Cerdagne (oit \'<m parle 
catalan ) , les délibérations des magistrats , des Tilles et com- 
munautés , les actes des notaires , et généralemeat tous ac- 
tes publics qui se passeroot ès-dils pays , seront mis et cou- 
chés en langue française , & peine de nullité. » 

Nonobstant cet édit . les curés du Boossillon s'étaient 
maintenus dans l'usage de rédiger en langue catalane les 
testaments nnucopatifs qu'ils recevaient. Mais la loi du 
24 mars 1754 , prononça de nouveau la nullité de tout 
testament nnucopatirqui serait rédigé autrement qu'en lau- 
gue française. 

Ces lois n'étaient probablement plus observées i l'épo- 
que de la Révolution française , car la Convention nationale 
s'est cme obligée , le 2 thermidor an II de la République , 
de renouveler la défense d'écrire tout acte public en aucune 
autre langue qu'en français , à peine de sis mois d'empri- 
sonnement. Les députés de l'Alsace réclamèrent contre cette 
loi qui fut suspendue jusqu'à nouvel ordre. 

Le 24 prairial an XI , les prohibitions furent remises en 
vigueur , et le 19 veutâse an XIII , il y fut sursis pour l'tle 
de Corse seulement. 

Enfin , de nos jours un ministre de l'Iostraction publique 
s'est enquis de l'origine des idiomes et patois locaux , et des 
moyens de propager la langue française dans les campagnes. 
J'eus l'honneur d'être consolté snr cette importante question. 
Voici quelle fut ma réponse relativement an flamand : 

« L'idiome populaire des arrondissements de Dnnker- 
que et d'Hazebrouck et d'nne partie de celui de Saint-Omer 



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— 57 — 

est la langue flamande ; je dis langue avec intention , afin 
qu'on sache bien que ce n'est pas an patois , à moius d'in- 
terpréter ce dernier mot dans le sens que lui a donné Char- 
les Nodier : langue du père , langue du pays , conservée dans 
les races simples. Le flamand est une Pangue qui est parlée 
de Gravelines à Kœuiaberg par seize millions d'habitants ; 
une langue qui a sa grammaire et sa littérature. — Lorsque 
Louis XIV eut conquis la Flandre maritime , il a voulu en ' 
extirper le flamand et le remplacer par le français. La vo- 
lonté du grand Roi n'est pas encore accomplie. Au surplus, 
ce résultat n'est pas à désirer ; sersit-il utile , profitable à la 
population flamande de la France ? Je ne le crois pos , car 
ce serait la priver d'un moyen facile de communiquer avec 
les peuples du nord. Je considère même les entraves qui ont 
été portées k l'enseignement du flamand dans les écoles de 
notre Flandre , comme ayant été funestes au développement 
intellectuel de la classe ouvrière de nos villes et de nos cam- 
pagnes. Qu'est-il en efTet advenu de ce système de prohibi- 
tion? C'est que l'enfant de l'ouvrier flamand, dont la lan- 
gue maternelle est le Bamand et qui ne sait que le flamand, 
étant forcé d'apprendre à lire et à écrire en français dans les 
écoles, sans pouvoir consacrer à cette étude le temps néces- 
saire pour bien posséder le français, cet enfant quitte les 
bancs de son école sans savoir ni le français ni le flamand. 
Que conclure de ce fait? C'est que dans les écoles de la Flan- 
dre il faut enseigner simultanément le français et le flamand. 
Mais , dira-t-on , le français est le plus puissant levier de 
civilisation. — Oui , pour celui qui comprend le français , — 
non , pour celui qui l'ignore. L'eipérience a démontré en 
Belgique que « l'élève qui a apfvis dans son idiome mater- 
nel les parties du discours , et s'est pénétré de leur but et de 
leur usage , qui s'est formé une idée du style , qui s'est rendu 



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— 58 — 
compte des îdiotismes de sa langue, apprend beaucoap mieux 
et plus facilement une langne étrangère , qne ceini qui s'et>t 
livré d'emblée à l'étude de celle-ci , sans avoir régulièrement 
appris celle-là. Le premier, ayant an point de comparaison 
certain , sent anssit6t les difTérences de tournure et de cons- 
trnctioQ que présente la langne étrangère ; le second con- 
naissant , mal^é ses maîtres , sbn dialecte local , et ne 
pouvant le désapprendre , confond les idiotismes de ce dia- 
lecte avec cem de la première langue qu'il apprend gramma- 
ticalement. ÂjoatoDS que Is construction du flamand aide à 
comprendre pins tard celle du latin et du grec , avec laquelle 
elle a beaucoup d'analogie (l)..-. » 

L'allemand est aussi persistant en Alsace que le flamand 
en Flandre : « Tous les Alsaciens , m'écrivit un jour le sa- 
vant M. dç Ring , de Strasbourg , parlent l'aliemaDd à l'ex- 
ception , dans les villes , de quelques jeunes filles ou de quel- 
ques jeunes gens , auxquels leurs parents n'ont point donné 
de bomtes qui leur ont appris cette langue machinalement 
dans leur enfance . et qui , plus tard , n'ont pas senti le be- 
soin de l'apprendre. Tout Alsacien est donc essentiellement 
né Allemand et doit parler l'allemand. — Tous les gens de 
ta campagne parlent cette langue , et, dans un rayon éloi- 
gné àss grandes villes , ignorent le français. Tout bourgeois, 
dans les villes , parle l'allemand et jargonne seulement le 
français. Tons les prédicateurs , dans les campagnes , de- 
puis la frontière du Palatinat jusqu'à celles de Suisse , prê- 
chent en allemand ; les écoles sont allemandes , et , malgré 
le zèle que les instituteurs mettent à enseigner le français, 
ils ne sauraient empêcher les enfants de parler cette langue. 
— On ne l'enseigne pas dans les lycées du gouvernement ; 

(I) Mémoire aux Chafhrci lêgùtativti de Belgique. 



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— 59 — 

OD l'enseigne aa contraire dans les gymnases protestants , 
et il n'est pas une famille protestante , ménie à Strasbourg, 
où cette langue , dans l'intérieur de la maison , ne soit la 
langue usitée; le français n'est usité que pour la réception 
d'un étranger. On ignorait le français en Alsace , il y a deux 
siècles , il esl devenu la langue de la hante société ; il est 
encore ignoré dn peuple , oà , sur cent individus , il y en a 
k peine dix qui le jai^onneot an peu , et encore ces dii sont- 
ils proches des villes uu peu considérables. 

« Ainsi , comme vous le voyez , l'allemand se maintient 
dans toute la province. II n'y a point été introiduit , mais 
c'est au contrairelc français qui y a été introduit avec la con- 
quête 

Loin donc de poser la question : Quelles sont les 
causes qui ont introduit la langne allemande en Alsace ; il 
aurait fallu demander : Quel moyen pourrait-on prendre 
pour la faire disparaître 1 Le gonvernement français cherche 
depuis cinquante ans à le faire autant que possible ; mais les 
difficultés sont bien grandes ; et , cotbme je le disais en com- 
mençant , à l'exception de quelques Alsaciens et de quel- 
ques Alsaciennes de la haute société , qui par ton ne par- 
lent pas allemand , tout le monde connaît cette langue, et 
reste fier de l'origine allemande de la province. Il n'y a que 
les employés du gouvernement, venus de l'intérieur de la 
France , et , par conséquent Français d'origine et non Al- 
saciens , qui ignorent totalement la langue allemande. » 

Ce que j'ai dît pour le flamand , MM. Mary-Lafont , Ar- 
chu et Jaubert de Passa l'ont dit ponr le provençal , le bas- 
que et le catalan. 

« Trop strictement renfermés dans le cercle de l'inves- 
tigation théorique, écrit le premier de ces philologaes, les 
érudits ne songeront pas à se tourner vers l'Université , et à 



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- 60 — 
l'avertir qu'il existe quatorze millions d'individas connais- 
sant à priori ces patois romans , et qae , dès lors , au lieu 
de chercher A les effacer de leur esprit , «a lien de les pros- 
crire, il faut en faire la base de l'enseignement linguistique ; 
car, en les prenant pour échelle , et les comparant «mnlta- 
nément au français et au latin , on démontrerait, clair comme 
le jour, que les trois langues sont identiques , et , dès lors, 
l'enseignement , triplant sa portée , se simplifierait et abré- 
gerait sa durée des deux tiers au moins (1). » 

M. Archu , inspecteur des écoles primaires dans la Gi- 
ronde : « Nés dans la grande famille française, les habitants 
delà partie occidentale des Pyrénées n'entendent point le ' 
langage de leurs frères , de leurs magistrats. — D'où vient 
cette ignorance de la langue nationale? — De l'absence de 
livres écrits dans les idiomes français et basque. 

» On m'objectera , sans doute , que la loi du 28 juin 
1833 ayant ouvert une ère nouvelle à l'instruction .primaire, 
les instituteurs du pays euskaiien ont mission d'enseigner le 
français à leurs élèves. — C'est possible. — Mais quel 
moyen a-t-on fourni à ces instituteurs pour les mettre en po- 
sition d'apprendre la langue française à leurs écoliers? — 
Aucun. — Il n'eiiste pas degrammaire basque-française : 
il n'existe point de vocabulaire à l'usage des deux idio- 
mes (2). » 

M. Jaubert de Passa , correspondant de l'Institut : 
« Lorsque des écrivains recommandables entreprennent la 
pénible rédaction d'un dictionnaire ou d'une grammaire, 
et qu'ils se décident à les publier ; lorsque le public ac- 
cueille ces ouvrages , on doit en conclure que la langue, 

(I) TaiUam hiilorigiu et Htldraire de la laagut parlée dam It midi de la 
Fme; p. 8. 
(3) Choix de fiMei de Lafimtaine (nubiid* en crri batqtui. 



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— 61 — 
qne ces mêmes ouvrages nous font coocaltre , doit avoir en- 
core Dne longue eiisteoce , el que l'arrêt dicté contre elle 
par la politique , soit en Catalogne , soit ea RoussilloD , ne 
saurait être exécuté , tant qu'il sera eu opposition avec les 
mœurs , avec le caractère national et avec l'esprit d'isole- 
ment de ces deux contrées. Le catalan restera langue na- 
tionale en Catalogne , tant que tes habitants de cette pro- 
vince se persuaderont que ies rois de Castille ne sont que 
comtes de Barcelone , et tant que les intérêts , comme les 
mœurs du peuple catalan , seront en opposition avec les in- 
térêts et les mœurs des autres peuples de l'Espagne. Le 
même résultat aura lieu en Roussillon , tant que l'instruc- 
tion publique sera concentrée sur un seul point et en faveur 
d'un trop petit nombre; tant que le commerce, l'industrie 
agricole et un système d'administration plus favorable aux 
intérêts locaux , n'auront pas changé les mœurs et modifié 
le caractère national. Jusqu'à ce que ces diverses causes 
aient agi sur la niasse, la langue catalane , ou, si l'on veut, 
l'idiome roussillonnais dominera , «et il sera le moyen de 
communication le plus habituel et le plus populaire dans le 
département des Pyrénées-Orientales (1). » 

Aussi , M. de Salvandy pensa-t-il qn'il fallait tenir 
compte des idiomes locaux pour l'enseignement du peu- 
ple : « Nous n'aurons jamais assez de coopérateurs dans 
la noble et pénible entreprise de l'amélioration de l'instroc- 
tioQ populaire , écrivit-il étant ministre ; tout ce qui servira 
cette belle cause doit trouver en nous une protection recon- 
naissante. Les travaux en langue rustique, tout modestes 
qu'ils peuvent paraître , ont donc quelques droits à l'estime 



iir la langui fatalaat, 
n,l. Vl,p.t03, 403. 



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— 62 — 

àei esprits préoccupés des besoins moraux et intellectaeli 
du peuple (1). » 

D'ailleurs, comme Ta très-bien fait observer le savant 
Bask , les lois , les mœurs , les religions changent ; la langue 
reste , et , pour apprendre à connaître l'origine d'un peuple, 
pour pénétrer dans un passé obscur où la tradition certaine 
nous manque, où l'histoire est souvent interrompue, il n'est 
pas de guide plus sûr que les langues (2). 

Respectons donc les' vieilles langues parlées par nos 
pères , débris des nationalités dont est sortie la France mo- 
derne. Que Flamands , Alsaciens, Lorrains, Bourguignons, 
Bretons , Normands , Picards , Basques , Provençaux , Cor- 
ses , honorent et chantent la commune patrie dans l'idiome 
de leurs montagnes et de leurs plaines , mais qu'ils n'aient 
qu'une âme et un cœur pour l'aimer et la servir ! 



(I) Dietiimnairt fnmfoit-brttim de Legoniitt. IntrodadioD àt H. de 11 Villt- 
mirqnf. 

(3) Cnderntgelii OÉidct garnit Mrdùkt iprog. Litlrei iilanJaiiti dt Mansier. 



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GRAMMAIRE COMPARÉE 



PREIHIÊBË PARTIE 



SYSTÈME PHONIQUE 



R Qaand on compare , • dit M. Egger dans ses No- 
tions élémentaires de grammaire comparée , « les mots et 
« les formes grammaticales, en usage dans plusieurs tan- 
« gués, pour en montrer les ressemblances et les dilTé- 
rences , on fait ce qui s'appelle de la philologie compa- 
« rative on comparée. » 

Par la comparaison des mots et des formes grammati- 
cales de plusieurs langues , on est parvenu à découvrir les 
règles et les procédés de leur formation. 

Dans ces derniers temps , l'étude de la dérivation et de 
la composition des mots a été nommée linguistique , d'un 
mot mal fait, suivant M. Ad. Renier, mot auquel il pré- 
férerait , si on voulait bien lui laisser tout son sens , le 



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— 6* — 
vieux , etqaoi qu'on en dise, très-respectable nom de gram- 
maire (1). 

Peut-être a-t-OD renoncé en France à ce nom , parce 
qu'on s'était habitué à cette définition de Lhomond : n La 
grammaire est l'art de parler et d'écrire correctement, a 

Réduite i ces termes , la grammaire , en eiïet , n'est 
qu'an art ; mais elle devient une science de premier ordre , 
si on admet avec Denys te Thrace qu'elle embrasse la con- 
naissance approfondie du mécanisme des langues et de leur 
histoire, des étjmologies et des analogies, c'est-à-dire, des 
formes et de l'arrangement des mots ou de la syntase. 
rXucff-Sc re k«Î î«-rep(M» ïrpe;i;npe( a.-TtoS'oo-ii' Eti>/*ûXû- 
yteti luptrtt* àtttK^yicii txXe^iïjuo;. C'est en nous plaçant 
au point de vue du célèbre grammairien grec , que nous 
nous proposons d'étudier les principes et les rapports des 
langues usitées en France , c'est-à-dire : 

Du flamand, 

De l'allemand, 

Du celto-breton , 

Du basque , 

De l'italien , 

Du catalan ou espagnol , 

Du provençal , 

Et du français proprement dit. 
Or, les rapports qui existent entre les langues d'une 
même famille procèdent de deux sources différentes , des 
mots et des formes grammaticales ; c'est-i-dire , des mots 
pris isolément , étudiés en dehors de la place qu'ils occn> 
pent dans le' discoara , et des mots jouant on rdle dans 
le discours. 

(1) Traitédt la formalian detinati iaiti la langui gmque. i 



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— 65 — 

« Les rapports des mois, dit M. Ampère, sont cent 
dont on a le plus abusé , et qai pronveot le moins. Les eom^ 
iHnaisons de sons que peut former la bouche de l'homme 
lont limitées , et parmi les combinaisons possibles , il en 
est on grand nombre que l'oreille rejette. Dans ce qui reste , 
i[ n'est pas étonnant qu'il se rencontre des ressemblances. 
surtout si l'on compirt'e une grande quantité d'idiomes ; car 
de ce qu'un mot existe dans une langue , il ne s'ensuit pas 
nécessairement qu'on mot analogue ne puisse exister dans 
aucune autre (1). » En effet , à quoi servirait-il de savoir , 
par exemple, que le mot père s'écrit en sanscrit pitr, eo 
zend pata , en persan pader , en latin pater , en italien et 
espagnol padre , en provençal pâtre , en grec era-rirp , en 
gothique fadar et aila , en vieil allemand fatar , en alle- 
mand moderne vaier , en «nglo-saxon fader , en anglais 
fatker , en vieux saxon fadar , en néeriaodais (hollandais 
et flamand) vader , en vieux nordique fadir , en suédois 
fader , en vieil irlandais alkair , en celto-breton et gal- 
liqne lad , en lithuanien iéwas , en letton theas , en prussi- 
qae Mu», en vieux slavonol's", en russe otelz", en polonais 
ojciee , en bohémien otee , en finnois iia , en estonien tssa , 
en lapon attje, en lapon moderne lUsAje, en hongrois a^a, 
en basque itita ? A quoi servirait-il de savoir tout cela , si 
j'ignore que le motpére est aussi, par le son etparlesens, de 
la famille des mots pairie , paitre, vilaïilé, maître, ma- 
giitrat, etc.; que le thème de tous ces mots est, pour les 
uns , le sanscrit pat qui signifie élever, tenir, avoir tous la 
main , gouverna- , dont la racine est fa qui signifie nour- 
rir , et dont le germe est le son ir - ^ qui procède du mou- 
vement labial n-; pour les antres , ad , qui signifie en sans- 



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— 66 — 

crit numger , nourrir , et procède du moavement dental t ? 
Réunir eo groupes ou ranger snr la même ligne des mots 
composés à peu près des mêmes lettres , n'est pas indiquer 
ai l'origine ni la filiation de ces mots. Ce procédé ne peut 
être d'une grande ntitité en philologie. Ce qui importe , ce 
n'est pas tant de montrer les différentes manières dont s'é- 
crit un seul et même mot dans plusieurs langues , mais de 
réanir les différents mots d'une même famille , ayant une 
même racine. Ce dernier procédé, qui seul fait connaître 
l'origine et la véritable signification de chaqae mot d'une 
langue , est , il est vrai , un travail long et fastidieux ; 
mais ce labeur est , suivant l'expression d'un poète 
allemand , digne de la sueur des plus nobles et des plus 
braves. 

Aussi , M. Fallot a-t-il dit avec raison que « l'étude des 
langues comparées entre elles doit se porter d'abord non 
point sur les mots , mais snr les sons dont se composent les 
laogaes. Il y a un nombre indéterminé de sons généraux 
communs à toutes les langues, mais il y a aussi dans cha- 
cune un petit nombre de sons qui lui sont propres et qui 
n'appartiennent point aux autres. Non-sealement chaque 
langue a des sons qui lui sont propres , mais elle a aussi 
des alliances de sons qu'elle recherche et qu'elle affectionne , 
des combinaisons qui lai sont particulières et qu'elle repro- 
duit, sinon exclusivement, du moins plus fréquemment 
que tout autre. Il faut donc se livrer d'abord , dans l'exa- 
men de chaqae langue , k l'analyse radicale des sons , qui 
la composent , et il fant comparer eotr'eox les sons et les 
combinaisons des sons des différentes langues [1 \ » 

Qu'est-ce donc qu'on son vocal? 

(I) Rttiurchet tur la furmtt grammaUealii de la langui fraxfaiu , p. Ht. 



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, C'est le brait que l'air fslt entendre en traversant la 
cavité da laryni. 

Ce bruit Goncoort à former la parole et prodait ce qa'on 
appelle les voyelles et les consonnes : 

Les voyelles , lorsque l'air chassé des 'ponmons n'éprouve 
en passant par la bouche aucun obstacle , ne reçoit aucune 
empreinte , aucune marque particulière , ni de la part de la 
langue , ni de la part des parois , ni des lèvres , ni de l'ar- 
cade dentaire inférieure; 

Les consonnes , lorsque ces diverses parties de la bou- 
che apportent certains obstacles i l'émission de la voix sim- 
ple. 

I. — DES VOYELLES. 

II y a plusieurs sortes de voyelles; leur variété dépend de 
la forme qae prend la bouche an moment de leur livrer pas- 
sage. 

En effet , « la bouche , en qnalité de simple passage , dit 
H. Kersten , en qualité de simple canal , ouvert dans toute 
sa longueur depuis le pharynx jusqu'à l'extrémité des lè- 
vres extérieures , est capable d'augmenter ou de diminuer 
considérablement sa cavité, soit en s'allongeant et en se 
raccourcissant, soit en s'élargissent et en se resserrant (1). » 

D'un autre cAté , la physiologie enseigne que si l'oavei^ 
ture qui résulte du plus ou moins de rapprochement des 
cordes vocales est très-étroite , le son est aigu ; que si elle 
est large, le son est grave. Entre ces deux points extrêmes, 
l'harmonie place des sons moyens on doux. 

De là trois classes de voyelles : 

(l)S(nu'tHr Vaetiviti d*priinipt ptmiuil ,^. ICO. 



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1* Les gravet , produites par la bouche alloogée et élnr- 
gie intérieurement : A, 6, 6, o, an, on; 

â° Les aigiies , par la bouche racconrrie et retrecie inté- 
rieorenient : a, è, è, é, î ; 

30 Les mayenne$ ou les douce» , par la bonche allongée , 
mais retrecie en même temps à l'intériear : eft , en , ô , œ , 
e, D. 

Dans cette nomenclature , nous n'avons pas tenu compte 
des voyelles nasales , dont le son s'obtient en faisant passer 
par le nez une partie de l'air nécessaire à leur prononciation. 
Ces Toix simples ne sont autres qne des voyelles orales , 
accompagnées d'nn attribut particulier m , n, ng. 

On doit bien se garder de confondre les voyelles au, eu, 
ou, ui, qui ne forment qu'an son , avec les voyelles dou- 
bles , qui produisent un double son , comme m dans ^ut , 
puits, nuit, cuire, luire ; ie dans ciel, miel, pied; u dans 
diable, etc. 

Ces voyelles doubles s'appellent diphthongues, parce qu'é- 
tant réunies sans l'intermédiaire d'aucune articnlation, elles 
se prononcent rapidement, mais disllnctement , au moyen 
d'une seule émission ÏDsIantanée de l'airsonore. Dans cette 
émission unique , on entend pourtant deux sons différents 
bien réels , et pour lesquels il a fallu une double modifica- 
tion du corps de tuyau de l'organe vocal. Par exemple , 
pour prononcer le mot /titre , la bouche s'allonge , puis se 
rétrécit. C'est cette double opération qui constitue la diph- 
tbongue ; autrement, il n'y aurait qu'un son grave , nne 
voyelle longue. 

La langue sansi^rite a dix voyelles simples et quatre diph- 
thongues ou voyelles composées. On les distingue en brèves 
et en longues ; chaque voyelle brève a une correspondante 
longue. 



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VOYELLES SIMPLES. 

^ , qui se prononce comme l'a fraaçais aa commence- 
meot des mots , comme o aa milieu et comme e & la fin ; 
devant denx consonnes , il prend le son de i'â long. 

â , a long. 

t , t bref. 

i , i long. 

o, owbref. 

â , oâ long. 

ri , r liquide ; la voyelle i doit à peine s'entendre dans 
la prononciation , qai est da reste a^ez vague. 

ri , r long. Il parait que ces deux dernières voyelles ri 
et rt sont une abré?iation d'une voyelle primitive ar, dont 
l'aa été supprimé. 

In, /liquide ) Abréviations des voyelles primitives a/n 
> et âlri , dont l't doit aussi être à peine en- 

tn,t long. Jtendu dans la prononciation. 

DIPHTHOItGlIBS OU VOVELUS COMPOSÉES. 

Ai, a -4-t , |H-ononcez i long. 

dt , â -+- t , prononcez éi. 

au , 6 long. 

au , -)- u , ou. 

a Les voyelles autres qne a et â sont susceptibles , dans 
beaucoup de cas , dit H. Baudry , de se changer en dipb- 
thoDgues OD en syllabes composées , par suite de l'adjonc- 
tion à leur gauche d'an a (changement qui s'appelle guna) 
on d'un à {vriddhi). En voici le tableau : 



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— 70 — 

Voyelles, i,t: u,û: ri, ri; 
Gons , é; 6; ar; 

Vriddhi, &i: au; dr. 

« Le guna jone on grand rAIe dans ta grammaire uns- 
crite. Certains dérivés fort oombrenz ne se forment qu'en 
donnant le guna à la voyelle radicale , lorsqu'elle en est sus- 
ceptible. Ainsi , la racine budk, savoir, fait le verbe iifd- 
hâmi, je sab. Au reste, le sanscrit note Béatement de plus 
près un fait qni se passe dans beaOcoup d'antres langues, et 
qui est la transformation des voyelles radicales simples en 
diphtbongues pour former les dérivés. En français , par 
exemple, la voyelle radicale du primitif digne subit, pour 
former le verbe daigner, un véritable j^una sanscrit. Seu- 
lement, tandis qu'en sanscrit les changements ont presque 
toujours lieu sur des voyelles radicales i, u ou ri qui se 
trouvent, au moyen de l'adjonction d'un a, remplacées 
par les diphtliongues correspondantes , en français et en la- 
tin il arrive le contraire, et c'est la voyelle a du radical qui 
subit le plus souvent l'adjonction d'un i , comme amour, 
aimer; damnare, eondemnare {e= a -+•(), etc. On pour- 
rait multiplier les exemples à l'infini (1). » 

Voici maintenant tes voyelles et tes diptitbongues qui 
entrent dans les différentes langues de la France : 

Le flamand possède dix voyelles : a, e, t , o, u, ae, it, 
00, ue ety. Il a anssi les voyelles nasales aen, ein. 

Les voyelles a, e,i, o, u sont brèves et se prononcent 
comme en français. 

Les voyelles ae, ee, ie, oo, ue et y sont longues et se 
prononcent comme â,ée,î, û, û, et î en français. Cepen- 
dant U arrive quelquefois que les voyelles simples a et u son- 



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— 71 — 
nent comme â et â longs ; par eiemple : tk~ken ; tâches ; 
mU-r«n , mars. 

La voyelle et on ^.loAg a trois sortes de sons : long-doux, 
long-aigu et fort; l'écriture n'a pas de caractère parti- 
colier pour les désigner; l'oreille senle doit en saisir les 
nuances. 

Oo ou 6 long a denx sortes de sons : long-àoux et long- 
aigu; récriture n'a pas non pIUS de signe particulier pour 
désigner les nuances de ces deux sons , qui diffèrent du reste 
très-peu l'un de l'autre. 

Dans certaines parties de la Flandre, Vy se prononce 
cooime « et a presque la valeur d'une diphtbongue ; dans 
la Flandre occidentale , il se prononce comme t. 

'L'allemand a six voyelles simples: a, e, i, o.uety, qui 
se prononcent comme en français , â l'exception de Vu qui 
sonne comme ou, et de Ve qui a tantôt la valeur de i'^ 
fermé , tantôt celle de 1'^ ouvert , tantôt celle de Ve muet. 

Trois voyelles , surmontées da signe de Vumlaut : à. S, u 
se pDMioncent comme œ, a, ue; c'est la propriété de Vum~ 
laut de changer un son simple en un son composé. 

Sept diphthongaes : ai, ay, au, au, ei, «y ne se pro- 
noncent pas , comme l'ont avancé quelques grammairiens , 
en donnant à chaque voyelle le son qui lui est propre, ce 
qni nécessiterait une dooble émission de vois , mais par one 
senle qa'il est plus facile de faire mieux comprendre orale- 
ment que par l'écriture. 

Sept voyelles doubles i aa, ee, oo, ah, eh, oh ei \e, 
sont prononcées comme de simples voyelles longues , sauf 
quelques exceptions qu'enseigne la grammaire allemande. 

Le cello-breton possède quatorze voyelles : a,â, e, é, 
è , i, î, 0, â, u, û, eu, ou, qui se prononcent comme en 
français , et w qui est toujours suivi d'une voyelle et se pro- 



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— 72 — , 
□oDce à pea près comme oa . mais en De formant qu'une 
senle émission de voii avec la voyelle qni suit. 

Si dtpbthoi^ueB : m, ao, aou.ea, ei, eo,ia,ie, tu, 
oa,<te,ui, wa , tpe , toi, otut , oue , oui , eue. 

Le rofflano^ovenço/ possède les voyelles a, â, e, é, i, 
0, u, y, au, ou, et les diphthongues : ai, lou , yoii, eou, 
éou, ie , oyo , aou , lu , u« , ut , ey, eu , uo , oui , ay, au , 
ia, ua, ieys , ieu. 

Le basque a six voyelles a, e, i, o , « et t/ qui soatieot 
comme en français, à l'exception de e qui se pronooce 
comme é fermé, et tt comme ou; et les diphthongues ai, 
ei, oi, au, eu, ia, oa, ua,u«, ut, aou, taou, ata, y<^o. 

L'espagnol a six voyelles a, e, t, o, « et y, dont Ve sonne 
comme Vé fermé freOEais, l'u comme ou, et Vy phis longue- 
ment que l't. Il a en outre lesdipbthMigaesua, ue, ui. 

L'tfeUt>n a six voyelles a, e (é) , t, o,u, (ou),/, et 
les diphthongues ua(twa), ue (oue), ut (out), ia,tu. {iou), 

10. 

Le fronçait possède les voyelles a,à,t,é,è, è,i,i,y, 
o , 6,u,ù, au, eu. ou, on, in, un, on, et les dîphthongiies : 
ai, ia, ié, iè, iai, oi, eoi, oust, ain, oin, ouin, ia, ien, ion, 
ieu, ion, iou, oè'. ouan, ua, oue, oui, ue, m, vin. 

Tootes ces voyelles sont sonores ou som-des , suivant le 
plus ou moins d'ouverture de la boucbe qui les fait es- 
tendre; 

Les voyelles sonores et sourdes sont longues on brèves; 

Les voyelles longues ou brèves sont orales ou nasales; 

Les voyelles orales ou nasales sont graves , aiguës ou 
douces. 

Des auteurs ont prétendu que les voyelles sont le fond 
d'une langue , qu'elles en sont la partie essentielle et né- 
cessaire , qu'elles sauraient même à elles seules en consti- 



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_ 73 — 

tuer une (i) , et que (et consonnes ne servent ^ae de lien, 
de point d'a(>pai , de passage naturel d'une voj'elle n l'antre. 
D'antres, au contraire, soutiennent que les voyelles n'ont 
pas de signification dans la racine des mots , et que leur 
unique objet est d'établir une distinction entre les mots 
d'une même famille, atmme pâture et, pasteur, proférer et 
préférer, etc. (2). Ces contradictions peuvent très-bien, ce 
' nous semble, se concilier par les considérations qne fait valoir 
H. Kersten : « Chez les peuples qui ont constamment la 
bouche ouverte , c'est-à-dire; chez ceux qui vivent sous une 
température élevée , les voyelles se prononcent aisément de 
suite , et le besoin de l'articulation se fait moins sentir. Je 
veux dire que , chez enx , le rapprochement des parties mo- 
biles de la bouche est moins fréquent ; le canal demeure 
constamment ouvert et libre, et les voyelles l'emportent 
de beaucoup sur les consonnes. Chez ces mêmes peuples, 
les voyelles éclatantes, qui exigent une grande ouverture 
de la bouche, dominent dans le discours, et les voyelles 
aigiies et les sourdes sont plus rares. Au contraire , chez 
les peuples qui habitent des climats froids et qui , par une 
suite nécessaire, donnent peu d'ouverture aux conduits 
, aérifëres , les parties mobiles de la bouche doivent se tou- 
cher constamment et produire ainsi d'innombrables articu- 
lations. De même , chez eux , les voyelles aigiies , faibles , 
sourdes, l'emportent en nombre sur les voyelles éclatantes 
et fortes. » 

Encore si les voyelles et les consonnes restaient immuables 



(1) Li vocabataire océanien de l'aibè Bmifaet Saiblech renrBim« nombr* de 
fnnu uniquement composés doTOfclles. 

(3) Der laul od«r local ul ia der Wun«l bcd«uat|uigsl(n; ersl îd dcn sus ihr 
erwachaenea stammcn oderWorteren dienen die nntiûeéwta lut* lar iul«rKk«i- 
doog ïhnlieherwdrter. — Hdidiub KiLFscmmT. 



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— 7* — 
dans la formation des mots , pent-étre poa^'ai^OD dire que 
les unes ou les autres en sont l'Ame et leur donnent la vie . 
mais les voyelles , aussi bien que les consonnes , et les con- 
sonnes aussi bien que les voyelles , sont sujettes à des causes 
de pennatatioD qui inQuent souvent sur le sens intime des 
mçts. 

PERMUTATION DES VOYELLES. 

Bans l'état actuel de nos langues, la voyelle est la base de 
tons les sons simples; elle sonne d'elle-même, mais il lui 
faut l'alliance de la consonne pour donner naissance au mot; 
car, suivant la belle eipression de Jacob Grimm, la consonne 
forme le mot , et la voyelle le fiie et l'enlumine ( 1], 

La consonne, de son cAté, a aussi besoin de s'allier avec ta 
voyelle , pour être entendue distinctement , pour produire le 
son qui lui est propre avec plus de clarté et de netteté. Lors- 
que la voyelle se montre , la consonne tournoie anlonr d'elle 
et la saisit , suivant une autre expression pittoresque du cé- 
lèbre pbilologue allemand (2). 

Toutes les voyelles peuvent se réduire à trois , dont pro- 
cèdent toutes les autres. Primitivement, il n'y avait que 
les voyelles A , I , U ; élira sont primordiales et communes 
à toutes les langues. C'est an point que Grimm et Bopp 
ont démontré dans leurs grammaires (3). C'est du jeu et des 
rapports de ces trois voyelles que dépendent noD-seniement 
leur Siité ou leur mobilité , leur brièveté ou leur allonge- 



(l)DiecoiiMiDinzgeslitt«t, dccToetlbMtiinciit nnd beleaehtel dag worl. Dni(. 

(SJDer Tocalrnht, d«r consonant schwabt und ergreifl jeuen. Gtichieblt dtr 
Deulteheiprathe.l, 191. 

(3) Dcul. granmalik «on 1. Grimm. — VcTgUiehttule granaalik tod Fddz 
B«pp. 



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_ 75 — 
ment , mais encore la flexion et la sonorité harmonieuse des 
mots. 

La voyelle A est la génératrice des sons intermédiaires 
entre 1 et U ; elle fonne , dit Grimm , avec les dens autres 
voyelles , nne trilogie qu'on retrouve dans les trois genres , 
les trois nombres, les trois personnes, les trois voix des 
verbes , les trois temps , les trois déclinaisons en a , i , u. 

La prononciation de la voyelle A est la plus naturelle; 
la bouche est ouverte sans efTort , et laisse à la voix le 
cours le plus libre. Pour les autres voyelles , elle se rétré- 
cit de plus en plus; elle est à moitié ouverte pour dire I , 
presque fermée pour U. On comprend qu'entre ces trois 
modiBcations de la bouche /il y ait place pour des sons in- 
termédiaires , et que si , après avoir laissé passage au son 
A f le canal se raccourcit avec les lèvres , on entende le son 
A.I, ê, é, é; et qu'après le son I, on paisse faire sonner 
AU ,0, 6, ou, par un élai^ssemcnt intécieur du canal au 
moyen de la langue. 

Puisqu'un son dépend de la pins légère modification de 
la bouche , modification souvent irréfléchie , involontaire , 
faut-il s'étonner qu'un même mot sonne différemment , 
non-seulement suivant les différentes contrées qu'il traverse, 
mais encore suivant les cantons, les villes, les bourgs, les 
villages d'un même pays? 

Cette dissemblance de sons provient de la permutation 
des voyelles , qui se fait de trois manières ; 1** Les voyelles 
en permutant restent simples et conservent leur son , bref 
ou long ; 2" les brèves deviennent longues ; 3" les voyelles 
se combinent et deviennent diphthongues avec un son bref 
on long. 

La cause de la permutation est tantôt l'influence exer- 
cée sur elle , soit par une voyelle voisine , soit par une con- 



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- 76 - 
sonne; tantAt la parasse des organes, tantât la diveretté des 
climats, quelquefois aussi le besoin d'harmonie. L'eiïet 
de la permatatioD «e fait sentir dans les rapports de pln- 
siears tangues de même famille , dans ceux des dialectes 
d'nne même langue , dans ceux de certains mots d'une 
même langue ou d'un même dialecte. 

Tootefeis , une loi , que les grammairiens n'ont pas en- 
core nettement déSnie , semble présider i la permntation 
des vojelles. « C'est un fait , dit H. Ampère, que ptos on 
s'élève haut dans l'histoire d'nne langue on d'une famille 
de langues , plus on trouve les mots harmonieux , pleins de 
voyelles retentissantes ; pins on redetcend , plus on les 
trouve écourtés , appauvris , ponr ainsi dire ; les voyelles 
sonores cèdent la place anx voyelles sourdes ; de sourdes , 
elles deviennent tout à fait élonfTées, muettes enfÎD , et 
finissent par disparaître. » 

Un exemple démontrera ce fait : 

Sanscrit akam (je ou moi] , 

Zend - azem, 

Celto-breton am. ' 

Uthnanien aiz , 

Slavcm az. 

Grec ' iytt. 

Latin. ,- ego, 

Binnan nâ. 

Basque m, me, 

Bomano-provenfal. . . iou. 

Espagnol yo. 

Italien io. 

Français je. 

Gothique tk. 

Flamand ik. 



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— 77 — 

Allemand ancien .... ih. 

Allemand moderne. . . ich , 

Islandais eg, 

Saédois Jug. 

Danois feg. 

Anglais i. 

Dialecte booi^aignoo. t. 

Sanscrit tnd, mâfar (mère). 

Basque ama, 

Celto-breton mamm. 

Grec ftnrnf , 

Latin mater. 

Gothique muothar , 

Allemand ancien. .. . muoter. 

Allemand moderne.. timUer, 

Islandais moàir, motlur, 

Danois et saédois.... moder. 

Flamand moeder. 

Espagnol et italien., madré. 
* ' Romano-provençat... maire. 

Français mère. 

On voit par ces mots comment l'a sonore de l'Orient 
s'assourdît en passant & l'Occident et au Nord ; ici , il de- 
vient é: là, t; ici, il se change en o; là, en u. Enfin, l'a 
final dn sanscrit mâlar s'assourdit tellemeat dans les lan- 
gues modernes , qu'il disparait complètement dans la pro- 
nonciation. Cependant, dans un antre exemple cité plus 
haut , nous avons va que l't du sanscrit fitr , père , s'est 
changé en a, dans les dérivés européens vater, vader , 
pater, padre , paire , etc. 

a Ce fait parait être une anomalie , dit M. Pictet , parce 
que , d'après toutes les observations, l'efTet du temps sor 



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_ 78 — 
les voyelles est de les changer de Fortes en foibles , et non 
pas le contraire. Le sanscrit se tronve-t-il placé ici i an de- 
gré inférieur à plasiearg des autres langues de la famille , 
tandis que pour presque tout le reste , il leur est supérienrt 
En d'autres termes , anraît-il remplacé par t un a primitif î 
L'exemple de pitr « père , qne Bopp croit dérivé par cor- 
ruption d'une forme plus ancienne pâtr (de la racine pâ , 
Donrrir, proléger), appuierait cette ojanion, toutes les 
autres langues indo-européennes ayant une Toydie forte à la 
place de l't (1). » 

A l'a bref et long dn sanscrit , correspond en général l'a 
bref et long de nos langues de France , surtout lorsque cette 
voyelle se trouve placée au commencement ou dans la pre- 
mière syllabe des noms. J'ai dit en général , car , comme 
oo le pense bien , cette concordance n'a pas toujours lien. 
L'influence des climats , du temps, des organes, des dia- 
lectes , des usages , des variations de l'orthographe , a fait 
pendre à l'a bref les formes^diverses de o, i,e,y,ai, 
ae,ea, â, aoi , etc. , et quelquefois , ainsi qu'on l'a déjà 
remarqué , de u ; rarement de tu. 

Exemples : L'a du sanscrit ^oJ» (railler, jouer) devient» 
dans le flamand yoeiben, au dans l'allemand yaucAsen, oa 
dans le celto-bretonc'Aoorî, ou dans le provençal youj^ar, yo 
dans le basque yokkateeâ, u dans l'espagnol jugea- (pro- 
noncez jougar) , iuo dans l'italien giuocare, ou dans le fran- 
çais youer. 

L'a dnsanscritjHtlA (parler, demander, prier) devient* 
dans le flamand hîddai, ie dans rallem.and bielen, è dans le 
celto-breton ^den . i dans le provençal tn-vilar, i dans 



(l)Dt l'afflnili if ia»giuie€itijutiatvt II lautiril, p. 19. — Vtrgltitkmli 
grmm uil ik tod Bopp., p. 6S. 



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— 79 — 

le basque hidatcea ; i dans l'espagDol con-wdar , i dans 
^italien in\itare, i dans le français in-viter. 

L'a da sanscrit ad devient e dans le (lemand eten , e dans 
rallemandeswn, «danslelatin«jf, (3°per3. dasing. d'edo), 
e dans le grec iJ^t» ; mais il est devena ta dans le basqne 
yatéa , h cause de sa concordance avec la finale ea ; y dans 
le gotbique ytan , et i dans le celto-galliqne itam ; il rede- 
vient e dans le celto-cambrien esu et dans l'anglais to eoI. 

L'a du sanscrit at (aller, marcher) devient ai dans le b&s- 
([oe yo Ait*a, et dans le celto-breton Ait!, il ira. 

L'a du sanscrit yâ et gd (aller , marcher] devient ae dans 
le flamand gaen, et e dans l'allemand gehen. 

L'a du sanscrit fal (froid , glacial) devient ou dans le 
flamand koul , et le cdtQ-breton skouma , o dans le basqne 
Ao(z, et dans le danois et l'anglais kold et cold , oei dans le 
norvégien koeil. 

Le changement de i,i ea e. i,é,ea,ai, e%,oi, etc., 
est très-fréquent , et cela surprendra peu . dit U. Pictet , si 
l'on réfléchit à la modification de i en é par guna en sans- 
crit. Ainsi : 

L't do sanscrit iç (posséder , avoir en propre) devient et 
et 01 dans le vieil allemand eigtm et oigan ; ai dans le go- 
thique aigin , ae dans l'anglo-saxon aegen , ei dans le (la- 
mand et l'allemand eigen. Ve du latin en passant dans 
l'espagnol se change en ie , eiemple : lat. lempus , esp. 
tiempo. 

L't da sanscrit ik$ (voir) devient au dans le gothique 
aujj'o (œil) ; ea dans l'anglo-saxon eag ; ey dans l'anglais ege, 
oo dans le flamand oog ; au dans l'altemand auge; oedans 
le suédois oega ; ou dans le norvégien ouge ; o dans le la- 
tin ocuJus ; u dans le provençal kuei; œ dans le français 
œt7 ; dans l'italien ojo et dans l'espagnol occAio. 



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Vu du sanscrit nie (distingaer) devient ai dans le go- 
thiqae saikvsan; t'a dans l'islandais m'a et le norwégien liaa: 
tf dans l'anglo-saxon sean, teon et ««tcon, et dans l'alle- 
mand <eA«n ; i dans le flamand xim. 

L'u du sanscrit lut (parler au loin) devient par le guna : 
o dans l'italien lodare , dans l'espagnol elogiar , et dans le 
français éloge ; ou dans louer ; au dans le latin laudare, 
dans le provençaUoujar, danslebasqne/auda/eea.etntdans 
le celto-breton meu-leûdi. L'a du latin devient ue en pas- 
sant dans l'espagnol ; exemple : bonug, esp. bumo. 

Il j a en sanscrit denx sortes de diphthongueit ; d'une 
part , l'a bref se fond avec i et forme ai (é) ; de l'antre , il 
se fond avec u , et forme a (au) ; de manière qn'ancane des 
denx voyelles élémentaires ne se fait plus entendre , mais 
toutes les deux sont fondues dans un troisième son. En troi- 
sième lien , â long suivi de t forme ai , et suiri de u forme 
&u, de manière que dans la prononciation les denx élé- 
ments puissent être entendus, comme dans ces deux mots 
allemands uxuse et haum , tandis que ai bref sonne comme 
dans le mot français ma», et au bref, comme dansceini de 
Laure. Cette dernière sorte de diphthongues prend nais- 
sance , lorsque , pour éviter l'biatas , deux voyelles se con7 
tractent en une seule , comme dans mamâitat , contraction 
de marna élai. Fonr bien comprendre cette contraction, il 
faut ne pas oublier que \'è de èiat est la forme guna ré- 
sultante de l'absorption de a et de i. Far sa position, l'a bref 
final de monta attire à lui et absorbe l'a bref initial de ailat; 
ce qui fait qae les deux a brefs , s'étant fondus , forment par 
enddAt l'd long de tnamâilaf , et en font reparaître l't pri- 
mitif de ai (a ->- ï). It snit de là que les diphthongues sans- 
crites sont au nombre de quatre : i (a -Ht), (t (a -H u), du 
.{iia H- m) et Ai [aa -f- 1). 



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— 8i - 

Pour {|iiî a lu quelques pages écrites en flamand , alle- 
mand , celto-bretoD , provençal , basqne , espagnol , îtalieD 
ou français , il sera éfideot que les diphtbongues du sans- 
crit se retrouvent dans nos langues de France ; mais avec 
les modifications produites par les mêmes causes qui ont 
provoqué les modifications des voyelles. Il nons parait donc 
inutile de confirmer ce fait par des exemples particuliers. 

Mais ce n'est pas seulement de langue à langue qu'a lien 
la permutation des voyelles ; elle se manifeste aussi dans les 
divers dialectes d'an même idiome. Le français , enseigné 
d'une manière si uniforme par tonte la France , n'y est ce- 
pendant pas encore parlé d'une manière uniforme. L'ouvrier 
des villes et l'habitant des campagnes , — le peuple illettré, 
— ne respectent guère la véritable prononciaticHi des mots. 

On verra dans le tableau suivant, que j'emprunte à M. 
Tarbé , comment les voyelles permutent entre elles dans une 
seule province française , la Champagne (1) : 

(1) RtthtTthti lur t'hùtairt du latigagt cl dti paloâ de Ckampagnt, Rtiini, 



b, Google 



it rénnles qnelqueM-nnes des varlatioBB anbiea d«Bft les 

prononciation de la langne françaltte. 



pfttol» de Champagne par U 



Im^L 


Un. 


lin 


SlBBO- 


&iiil^ 


Pmaw. 


imuuitu 


Ctirliuli. 


libe. 


EiiliJuit. 


litaHa. 


j 


0, on, ai 


aD,é,ti, 


i,o,ï 


m, y 


é, ai, an. 


o,an,i,aj 


i,i 


ai,é 


o,*,.i,ej 


i.é,au,j 


■ 'si' ' 




B^'oUl 


















é,<i,0Qa 


g 









é,a 


■«.ni 






















oin 






























oaat 


01, 00.1 


inl, oaa 


01, aol 




. o,ie 


0,01, a 


'olUit 


m 


<in,o 
au, or 


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a, «a 


'oi a'u' 


. ."" . 


ai,'**', a, 
aeh, alcb 

ïe, bc 




OD, m 

a, an. Mal 


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btt,bt 


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i*, é, in 






















i,ie,a 


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i, a, é 


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I,in 














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1, m, ijo 


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len,ne,eol 


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oi,ois,oU 


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ou*, *, ai. 


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É, on, ouê 


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M,OD*.0U, 






oué, ouir 












on 


Ml, 0, an 




ou, oan 


ou, an 


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1, n, en, 
un, oun 
0, oa 


or 


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0, onr 


o,onr 





o,our 


0, au 





ocb,oMb,o 






0, ta, u 








ou, u, on 




eo,eou,lou 


e.u, eu 


o,os, eu 


0, non 






•n 


ou 


ou 


ou 


ou 






OD 


pla 


pin, plau 


iBç,pe,pi 


pu, pue 


pu 


pu 


pu 


pu 






P». po 


pre 




peur 






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peur 










ur, OUI 


enr, ez 


enz ni 




, 






8,j',cl. 








g,ch,J 






^-&j 




g,j,.h 


In 


M 


le 


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ou, 1, 


eu, un, 


on 


on, an 


«0,000 




1, ej 


n, eu 


e:,eu 


U,é.Ml, 


ni 


i, y, oi 


^p 


u, ue, is 




eu, euii. 


enjs,on,a 








* un ' 




















DU, ion 


ein, jun 


ein,in,iun 






eiD 


ein 




" 































— 83 — 
Les mêmes changements de voyelles se rencontrent d&ns 
les dialectes français des antres parties de la France , dans 
ceux de la Flandre , da Hainant , de la Picardie , de la 
Bourgogne , de la Vendée , de la Normandie , de la Gas- 
cogne , da Béarn , de l'Isère , dn Berry , dn Bernois , etc. 
On peut suivre ces variatioDS dans les Recherche» sur le 
patois picard de l'abbé Corblet, dans le Dictionnaire 
Rouehi d'Hécart , dans le Dictionnaire patois de Lille 
de Pierre Legrand, dans l'Histoire de l'idiome bourgui- 
gnon de Mignard , dans les Recherches sur la fusion du 
franco-normand et de l'anglo-saxon de Thommerel , dans 
le Glossaire du patois normand de Julien Travers , dans le 
Dictionnaire du patois du pays de Bray de l'abbé de 
Corde , dans le VoctAulaire du bas langage rémois de Sao- 
binet , dans le Vocabulaire du Berry , dans le Glossaire du 
centre de la France du comte Jaubert , dans le Morvan de 
Dnpin , dans les Poésies béarnaises , dans le Langage po- 
pulaire de la Vendée de Léon Aude , dans les Recherches 
sur les palais ou idiomes vulgaires de la France de Cham- 
pollion-Figeac , dans le Guide des Gascons de S. M. et J. 
D. , dans le Dictionnaire du patois normand d'Edelestand 
du Méril , dans les Omnibus du langage , dans le Diction- 
notre critique et raisonné du langage vicieux , etc. . 

Ainn , à Lille , a est très-onvert k la fin des syllabes 
et des mots , comme dans la , papa , et prend le son de i 
dans lerd , lierd , pater , crine, pour lard , liard , patar, 
crâne. B cessed'être long dans^fe que l'on prononce po«e , 
et s'étide dans les articles et pronoms féminios : t' femme, 
s'mère , m'sœar , pour a ta femme , sa mère , ma sœur. » 

La diphthongue ai dans portail , éventait, médaille se 
contracte en a : portai , éventai, médale. 

Dans le Hainaut et le Cambrésis , a devient i dans di- 



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— 84 — 
mineke pour dimanche; ar dans areajou pour acajou; in 
dans invanie poar avanie ; o dans fofe poor jiaurre , et 
dans omére poar armoire ; é dans ^lau pODr anneau; e 
maet àaas coniometian pourconiommation. 

En Picardie a devient e dans sercler pour sarcler , ;(er^«r 
pour parler : o dans tf^j'd poar d^/à, f't'rtu pour tu iras, 
dans inotfon pour maison ; ai devient oè' dans foire pour 
/aire , iU mingeoèXtent pour t/i maruj'eatetil ; iei dans i7s vo- 
lieint poar ih coulaient ; ouai dans/amouais pour jamais : 
au devient t dans gmi pour gruau ; eu dans keme pour 
caïue; teu dans vteu pour ceau , momeu pour morceau. 

En Bourgogne a devient ai dans at&n pour abrt . ainge 
pour an^e; o oa au dans ^u^at pour avaler; e dans eme- 
nat pour amener; ar dans oirocar pour avocat; o dans 
Aoûter pour fraùter; ^potz^ pour apaisé: eau devient eà 
dans fflonfrà pour manteau, dans peà an lien de peau, 
noveà pour nouceau. 

Dans [le Berry a devient âo dans j)âo pour pas , /à Ado 
pour là-bas , lu vâo pour tu vas. 

En Vendée , a devient o dans ehon , gron , poar champ , 
grand; t dans dedins pour dedans; ea ou ^ dans cAapea on 
cAapé pour eAapeau. 

Dans le pays basqae , l'a du dialecte de la Biscaye de- 
vient ai dans celui de Gaipuzcoa ; t dans celui de Soûle et 
de Laboort. £i : Bise, naz, Guip. naiz , Lab. niz , Soûl. 
niz. 

Au contraire, ai da dialecte de Guipuzcoa devient i dans 
celui de Biscaye , de Labourt et de Soale : Guip. natnzen , 
Bise, ntnztn. 

A Lille , E se prononce comme eye dans les mots termi- 
nés en é : bonleye , cafeye , pour bonté , tafé ; au commen- 
cement et au milieu des mots , è ouvert sonne comme eu : 



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— 85 — 
pevre, meure, poar père, mère; e muet se change en » 
dans bateau , château , chapeau , dont on fait batiau , eo- 
tiau , eapiau ; il s'élide dans feu qa'on prononce fu et se 
change en a dans peu qui devient pau daos la prononcia- 
tion. 

Eu devient o dans jeune : an joAe homme. 

É long se change en ié dans fêle , tête , bête qur se pro- 
noncent : fiète, tièle , etc. 

E muet s'élide dans ' les articles et pronoms les , mes , 
tes , tes ; L's'infànts , Vs'amis , et devient i dans embar- 
ras , enfants qu'on prononce : tmbarras, infants. 

En Hainaut, £se change en a : galetas, galatas: ef- 
fronté, affronté; en é fermé ; décret, décret. 

£n i : encre , tttie ; chapean , eapiau ; beau , biau ; 

En o; gosier, gasio; éperon, ^oron, ou bien en du: 
éperon , épouron. 

Eu se change en o : jeune , jone ; jeunesse , jonesse ; eur 
ep ou i en eux : rieur , rtou oa rieux. 

E fermé devient dé dans ébrener, débemer; in dans 
écarlate , incarlate. 

En Picardie , E mnet ne se prononce pas : le , V ; refus , 
r'fus; peloton , ploton:é terme devient é dans bonté ,. bonté; 
fermé, /èrm^. £ se change en rf dans mère,m^8; frère, frère; 
e en a dans retenir , ratenir ; repousser , rapousser ; e en iê 
dans traiter , traitier ; jugé , jugié ; manger , mangier : e 
■ en t dans beau , biau, etc. ; e en et dans prendre , preinde; 
vendre, veine; rendre, mne; argent, argeint; compli- 
ment , complimeint ; «r en t dans changer , cangt ; cher- 
cher, ekerehi ; erenredans fermer, fremer ; eu en «dans 
jeunesse , jonesse ; eu en u dans malheur, malhur ; mieui , 
miux; eur en eux dans docteur , doeteux; voleur, vo- 
leux. 



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Ed Bourgogne ,■ E se cfaaoge tantôt eo a , tantAt en o. 
Oq dit viobitte pour fiolette , tant pour terre, hivar ponr 
hivs*. gowoMÙ poar gonverner, valu ponr ?efta* borgei 
pour berger, ekansenote ponr chaDsonnette. E devient 
quelquefois i; on dit ligei pour léger, eil devient ou, 
mouïou yoat meilleur, morvouillou pour merveilleux ; e se 
se diange en o dans peine, pone, et dans feindre, (oindre, 

Dana tons les dialectes que nous venons de citer, / se- 
change en « , ^ , at on ei : desliller pour digtill^, diligence 
pour diligence , éluminer pour illuminer, divaigne pour di- 
vine, moine ponr mine, famatne pour famine , évalite pour 
invalide, lei pour lit ; t en oi : diloier ponr délier, profère 
ponr prière ; ter en ei : métei pour métier, banneire ponr 
bannière ; ir en ère : offère pour offrir ; if eu iw ; fwmiu 
pour poussif ; t en a : lapan pour lapin, ma/on ponr malin ; 
% en ion : laudion pour taudis , fremion pour founni ; t eu 
u : tidupe pour tulipe. 

est souvent supprimé. Exemples : luer pour louw, 
juer pour jcrner, ^ftititr ponr éblouir, recmuicer pour re- 
commencer, mi pour moi , ti pour toi. 

L'o se change en ou : rosée, routée ; opinion, ou^gnon ; 
' en oi : brosse, broitse ; oi en tf ; froid, frô ; trois, trô ; avoir, 
avorou anoor; oen a ; gosier, gmio: omelette, ameletU; 
oivna : roide , rade ; oi en o» : roi , ratU': en oa : vwr, 
voar; oi eu eu ; effroi , effreu ; en i : voisin , visin ; poi- 
gnée, jit^n^e; s'asseoir, f'atnr; mon, mt»; ton, (ùt; ou 
en eu .- roue, reue; boue, hetu; oen eo: allons, ol/eons; 
bâton , baieon. 

L'u se supprime souvent. Exemples : Ini, 2t';oâ, o;mon- 
rir, morir ; nourrir, non'r ; oublier, oblier: soaffrir, lofrir; 
tu aimes, ('aimes; coup, co, U se change en é : commune, 
coméne; en eu : lune , teune: une, eune: chute , ckeute; 



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— 87 — 
fortaoe , foteugne; jusque , jeuque; ea o : pnine , prone ; 
tnitille, trotelle; en > : hamear, htmeux , en ou : eunioa. 
soumoM, ete-. 

Sans doute , ces permntattoDs de voyelles n'ont lieu que 
dans le langage des classes illettrées des pronnces ; mais i 
Paris et dans ses environs , te peuple, qui est le plus spiri- 
tuel du monde , dit aussi : érière pour arrière , eamoméle 
poar camomille , dtviner pour deviner , mistère pour mes- 
sire, ptptmVreponr pépinière, ormoire pour armoire, rte. 

Déji au XVI° siècle, le grammairien Jacques Dubois (Ja- 
cobusSf tvins), originaire d'Amiens en Picardie, avaitsignalé 
le fait de la permutation des voyelles. Dans son Itagoge ou 
IntrodaclioD à la langue française , il s'occupe longuement 
des changements que subissent les consouoes et les voyell«s 
en passant du latin en français. Il les énumèretouset leS 
démontre par de nombreux exemples. 

Nous rapportons ici , d'après M. Ch.-L. Livet , un choix 
de ces exemples relatifs aux voyelles (1) : 

« 1. Â. — L'a du latin se change, en français : 

l** En E : ala, elè .(aile) ; talis, tel ; par, per (pair) ; ho- 
nestat, honesté ; amabam, aimée (j'aimais); audtebam, oaéè 
(j'oyais, j'entendais), etc. (2); 

2° En I : vacuare, u-ider ; devacwo'e , deu-idcr ; 

3° En o et en V : tangere , toucer (toucher) ; ama- 
fMUf [nous] aimons; amabamas , [aoas] aimeons (ai- 
mions) ; 

4" Eu EÂ : aqua , éauè ou iaué par syncope de q (eau) ; 



Wlagr a mm ai rtfrançaitttlhigrammiinnutiiiXVl'iiieli. 
(3) UinsU flBminddumojen-lgc, on Iront! (pour a: gtittthifomgitlaehi, 
gtttrit pour gtbatrdi. ' 



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5* En AI : pas, pais ; granum, grain ; stramm, estreim , 
trames, traim : d'oàilvat grand frattn (velociter) ; ilvat a 
grand frat'm (magnaro alit familiam}; cependant, de tra- 
nare, tratoer, c'est train qu'il Tant dire; romanus, romain ; 
mais on dit fwnan pour ane histoire écrite en français {hii- 
toria galHeosermone eomcripta) ; 

6* En AÏ : trado, g-e traï (je trahis] ; 

7° En in : faims, fanls (fanx); legalis, légales, leal, 
leaols (loyal) ; 

8° En 00 : aperiw, oua-ert; 

9° Enfin , si I'a est combiné avec o, AO se change en o , 
en ou et en EC : aurum, or ; ihesaunu , thesor (trésor) ; 
audire, oïr, et aair, et ouïr (oaïr) ; cauda, coè, et plus son- 
i^ent cou^ (qDfflie) ; avcha , aaè , oaè , mè ; — en picard , 
eue (oie). 

2. E. — L'e du latin se change : 

1* En A ; per, par; mereator, marchant , qui veut et qui 
marche ; car marcer vient de mercari, parce qae : 

Implger extrenos carrit mercitor ad Indos. 

â» En I : légère, tire ) tegula, tinlè , et , par métathèse , 
tuile i 

3° En o : ergo, or; herres, hor on hoir (héritier) ; 

40 En u : lectus, eltctm, luct. elnct, et, selon quelques- 
uns, lu, ela; thema, thnmè (thème), apostema, opostème, 
que les raffinés prennent tkemè , apostemè ; fasmella , 
fiimeltè ; prœpoitus, pruvost (prévôt) ; 

5" En lE : pelra , pierre ; heri , hier ; 

6° En El -.^plenus, plein ; ingentum , engein ; 

7* En 01 : tela, toile ; dormiebam . [je] donnoiè ; »id«- 
r«m,[je] voiroièou verroiè; kt^ere, haa-oir. 



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Bbmaroue. — Cette diphlhongue ot , à la place de la 
voyelle e , est tellement dn goût des Parisiens , qu'ils nom- 
ment leurs lettres boi, coi, doi, g-oi ,poi, toi, aa lieu de. 
be, ce, de, g-e, pe , te. Il n'est donc pas étonnant ijoe les 
Français tradnisent le latin me, te , par mot , tôt , sot. Les 
Picards sont pins près de l'étymologie ; ils disent mt, ti, ti, 
et plut&t me, te, se ; cependant mot , loi, toi ne paraissent 
pas moins acceptables , comme purs mots grecs. Les Nor- 
mands prononcent tons ces mots et les semblables avec nn 
et non en ot; exemple : télé, estelli , aéè, teet,telé, ré, lé, 
améè, etc. ; ponr toile, estoille , soie , soir, toict, voile , roi, 
[j'jamoie (j'aîmots) , etc. Âojourd'bni même cette pronon- 
ciation semble être en faveur à Paris ; on dît bien encore 
estoillè (étoile) ; mais si l'on entendait estoille (étoile) et 
non estellé , endoibté et non endetté , on monrrait de rire 
et Ton crierait an barbare. 

8' En ED : d^iium, dea, ou dent, on debtè (dette) ; de^ 
(nie, denement. 

3. I. — L'i da latin secbange : 

i» En A : lingua, langnè ; lineum, linge , et, en picard, 
lange ; 

â* En E : littera, lettré ; t» , en ; 

3° En : primarîut, pmmier (premier) ; fimarivm , fn- 
mier; 

V En i-(j) : sintia . simi-è (singe) ; pipio, pii-on (pigeon), 
et réciproquement , i-(oa J consonne) en i voyelle : rai'-a , 
raie ; 7Vot-a , Troie ; 

5° En 01 : via , voie ; vtcintM , vofin ; vitrum , voinè 
(verre) ; ^des, foi. 

Rehabqde. — Mieux vaudrait-il , ponr tous ces mots , 
dire avec les Normands : véè , vécin , verre , fé ; cet « , an- 



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— 90 — 

ployé d'abord , les Français l'ont changé en oi. Dîna la 
banliene de Paria , on entend à chaque instant dire : Par ma 
fi verè ; l'affinité des deai sons e et oi a cansé la confusion. 

6" En ED : vtcui , veu (vu) ; 

7° En m : vigilia, veilè (veiUe) , d'où evigilare , ereiler 
(éveiller). 

4. 0. — L'o du latin se change : 

1° En A : Babylon (ville), babflard (babillard) ; doimna. 
domitella, damé, damoisellè ; 

2" En E : ego, i-è et mieux g<è (je) ; homo, home ; 

3" En o : fioner, bus^e (bftche) ; ossostu, ossa , os- 
seux) ; réciproquement, u se change en o ; mundus, monde ; 
amamuê, [nons] amons; 

4* En on : omor, amonr ; moles , monlè (mesure de gros 
bois) ; 

5° En EU : hora, heure; eoguut, coquitiarius , éeu 
(quenx), cniclnîer;pro&us, a.um, prend, prendè; odiosus, 
horosus, tinosus . odieas , heureas, vineus, qu'il faut écrire 
avec « et non, comme le vulgaire, avec x final, à cause du 
féminin , lequel ne diiïëre du mascalin que par l'addition 
d'an 9 ; mivmi, euf (œuf) ; t^tr, ^nr (cœur) , qu'il ne fant 
pas écrire œu/'et cœur, parce qu'il ne peut y avoir trois voyel- 
les dans une même syllabe ; ïahor fait labeur et labour : et 
en effet o de cerlains mots latins se change en «u et en ou , 
tantAt dans le mâme sens , tantât dans des sens différents. 

6oEuoi : ^ortoifhaa {pie, bos; Dam. bosc). — En 
01 encore se change la lettre double oe : pcma, poinè (peine); 
faman, foin. 

7" En Di : eoxa, cuiscè (cuisse), d'ojl le diminutif euUeot 
(cuissot) ; octo, aict (huit). — Réciproquement, m se change 
en o : fluilare, floter. 



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— 91 — 

5. U voyelle. — L'o du lati'n se change : 

1° Ed E : àreulus, cercle ; mundus , monde ; 

2° En I : ^ur , ia-irè et ia-oire (ivoire) ; pungere, pincer ; 

Eo o : summa , somme ; 

En d-(t) : februarita , fera-ier, ou freu-ier, on fen-rier 
(février). — Réciproquement , ii-(t) se change en o : vo- 
vere,voQerî avieella, aucel onocel (pic). — £□ Trauçais, 
lafeao, eceau oa oa<!eaD (oiseau) ; 

5" En on: pulta, poulie; cuna, cour; subilui, soa- 
bit ; tuitilis, soobtil ; 

6'' Ed ot : nux, nois ; ungere , oindre ; 

7" Ea BD : flutius , lleavè ; réciproquement , ed se 
change en v : ftufta,, tamè, d'oii earumë, et plus souvent, 
enroué ; 

8° En Di : puteus, puis (puits) ; iMere, lairè ; aum, g-è 
soi (je suis) ; 

9° L'u (hypsilon) grec se change en c et en on Tv/^Gef , 
tombé, d'oii tumber; uç, hou; houhou, injure aus fem- 
mes de mauvaise vie ; sou, pieds de porc conservés. 

Rehabqve. — C'est ooe faute d'écrire eu français avec 
ou T des mots qui os sont pas d'origine grecque , comme 
ff^l/f roy, loy: il faut écrire ami , roi, loi. 

5 (bis). U (V). — Le D se change : 

1° En B : curvm, coarbè. — Les Gascons confondent 
les deax lettres et disent Un pour vin , veau pour beau ; 

2" En F : orum , euf ; vicem , fois ; 

3° En M : jiavo , pava, pan, panessè (paon); rubus, 
ronce et ensuite ronoè ; la réciproque est plus fréquente : 
cmitare , couster (coûter) ;. donarium , douaire ; tàmare , 
tonser (tondre). 



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— M - 

Eofin D consonne est sonveot intercalé entre denx voyel- 
les : défaite, dea-aot; ainsi de a ^rec) privatif et de eul 
(ocdIob), euelè,eugîi, oTons-oons faitau-eti^^^. , 

REHABQrE. — Pour empêcher l'hiatus , ODtre le d-(t), 
nous avons le t : mea amila , ma antè est devenu ma tante ; 
mea avia , ma aie , a formé ma taîè (mon aïeale] ; et l's : 
dearmare , désarmer. » 

Le flamand, qui n'est parlé en France que dans deux 
arrondisgemenlfl , voit aussi ses voyelles permuter d'une 
ville à une antre. On peat dire que , de Dunkerqae à Bail- 
leul et de Gravdines à Steenvoorde , elles parcourent toute 
l'échelle de la vocalisation.^ se change en œ et en au, oeu 
a, ra en e, t en u et en y; «0, y en «, e en flj eo en u, 
en « et en eu. Ces variations orthographiques sont com- 
munes à l'ancien anglo-saioo , avec .lequel notre flamand a 
la pins grande afGnité. 

Tontes ces voyelles paraissent avoir eu an son double on 
acceotné , analogue à la prononciation danoise on suédoise, 
ji et â long, qui s'écrit oe, ne se distinguent pas seule- 
ment par la longueur; à vent, anx environs du Cals- 
berg (1) , quelque chose de plus profond dans le son , comme 
l'a allemand de wAt ( vrai ) ; et ce qui le confirme , c'est 
que souvent il correspond à l'o anglais , À l'a danois et sué- 
dois. Par exemple , vader ( père) se prononce vauder dans 
quelques communes du canton de Steenvoorde. Hais dans 
d'autres communes , l'a de vader est très-bref et se pro- 
nonce comme a dans Croate. A Dunkerque, le son de a est 
très-ouvert; il devient œ ou ^ dans da«- (là ) , qni se pro- 
nonce der ; ailleurs , il est plus profond et l'on dit dor. 

£ et ^ se distinguent l'un de l'autre par la longueur et 

(I] Canunane de Godewssrwalde, irrondiistmeiil d'Hiicbroud (Hord). 



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par le son ; e est plus ouvert et plus sonore , comme 1'^ ou- 
vert français dans après . ou IV anglais dans Mère. Les 
Dankerqnois disent tnynA^e ( monsieur). "Vé, qui s'écrit ee, 
est plus profond et plus prolongé, comme Xe allemand de 
imh.T on 1'^ français èî armée. A Hazebrouck , on dit 
mytiAéer, Ivaie (deux) , à ûunkerque tvm. Aujourd'hui, 
les deux e dans iejftnnen [commencer) ^ont muets, tandis 
qu'en anglo-saion ils étaient sonores et accentués , hi^n~ 
nan. C'est le résultat de ta contraction que le temps fait 
subir aux mots. 

/ et y diffèrent l'un de l'autre, comme en Islandais et 
en danois. Le premier est plus près de t. le second de tt 
ou de tj; exemple : fnil(avec), (in (étain); fyd (saison), 
wyn (vin). 

et <f OQ 00. est bref et ouvert dans lomp, dom, 
t)«rdom( (maudit) , mais il devient long dans hogt (arc), 
ffcfioren (né) , comme il l'est dans naor (devant), jJostoOf 
(curé) , qu'on prononce jicufer.'Dans notre Flandre, dlong 
n'est pas aussi étendu que l'a islandais, que les Anglo- 
Saions représentaient par oie; exemple : iUm (place), en 
islandais sfo. 

{/^ et û long; le premier se prononce comme u dans le 
français tu, àai kuys, prononcez ftusj (maison); le se- 
cond (â long) devient eu dans rmteren, ickueren (murs, 
déchirer), qu'on prononce mràren , sckeûren, tandis qu'en 
anglais, l'u bref devient ou dans full (plein), pu/I( tirer), 
et que l'ù long prend le son deoo dans house. 

Voici un spécimen du dialecte populaire des Flamands 
de ta France; c'est une chanson enfantine que les mères 
chantent en tenant leurs petits enfants snr les genoux , aux- 
quels elles impriment en même temps le mouvement du 
trot du cheval. Dans ce chant , on verra cités les noms des 



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— 9* - 

villes de Heoin , d'Ypres et de Cassel , et des villages de 
Lyoke , Looq d'Ekeltibeqae et de Soi, tontes commoDes 
des arrondissements deDunkerqaeetd'Hazebrouck, à l'ex* 
ception des villes d'Vpres et de Heaio qat appartiennent 
aujoard'hoi à la Belgique. 



In le kolleperdelebje, 

Te Cissel om è slerelchje , 

£d l'VperomasijI : 

Is l'ïpere geene , 

Rid vandàenïeHeene; 

Isser loi Heenen goedlkoop , 

Brinklerer lien oft'walfstDOp. 

Perdetchji , will gy wel leere loopen, 

'K zal è maije mel aver koopen. 

Perdelchje llep den drlF den draf , 

En als hy die kwaem , en kreeg oiel , 

Nocfaaver, nochkaf ; 
T goundl van dae Dae Ljnke , 
T kreeg è leûehe drinke ; 
T gfng van dae nae Loon , 
'T kreeg t matje booo' ; 
'T king van dae naer Ekelsbeke , 
"T kreeg dae een malje mel aver l'eelen ; 
T king van dae nae Son , 
T kreeg daer al de dike viue broks. 



Allons ! pelll cheval , à Cassel ponr un pellt gtlean (en foriDe d*étoile) et 
à Ypres peur du vinaigre ; s'il n'y en a pas â Ypres , uoura de là i Menin ; 
y ena-Hl à Uenin à^on marché, apporle-en dix on douze pois. PeliL che- 
val , vcuvlu courir vite , je l'aehËlerai nue petite mesure d'avoine. Pelll 
cheval courut au irol , au galop , el quand il y arriva , il n'oblinl rien , ni 
avoine , ni paille. Il alla de là à Lynke , il obtint un peu à boire ; il alla de 
U i Loon , il obtinl une petite mesure de fèves -, il alla de.li i Ekelsbeke , 
il eut une petite mesure d'avoine à manger; il alla de là à Socx, Il reçut là 
tous les bons morceaux. 



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— 95 — 

Dans le tableau suivant on verra d'une manière succincte 
les diverses Uansformations subies par les voyelles des lan- 
gues germaniques , depuis le gothique jusqu'au flamand : 



httif... 


%Mvu 


lidN 


luin 


tifi- 


iKM 


SiédalL 


Diitii. 


ç. 


llliuid. 


Riaiil. 


A 


V 

(i 

in 


a, ï 


S, 01 

0, uo 
n, 
ei, ai 


'T 


B, ea 

U, 

a, 10,00 
ea, aa 

i 


î 

io, ie 


s 


ta 

'i 

y 


ee, 00 

ou, 

i,'ie 


■t'a 
c, ai 


i, e, ei 

ni 

ei, ee, e 



En résumé , les permutations des voyelles semblent sou- 
mises à une loi euphonique , qui consiste en ce que ^eux 
voyelles de nature diiïérente ne peuvent se sucréder immé- 
diatement dans deux syllabes consécutives d'un même mot. 
« Les voyelles , dit M. de Chevallet , n'étant autre chose 
que les diverses modifications apportées à la voix simple 
parles diiïérentes dispositions des organes qui doivent lui 
livrer passage , il est évident que dans la prononciation on 
sera pins ou moins porté i émelb'e un son voyelle à la 
place d'un autre son voyelle , selon qu'il y aura plus ou 
moins de cooformîté entre la disposition des organes qni 
sert à produire l'un de ces sons et la disposition qni sert 
à en produire un autre. » Quant aux langues du Nord , 
nous l'avons déjà fait remarquer , elles sont encore sous 
l'empire d'une autre loi , qui tend constamment à l'assour- 
dissement dé leurs voyelles sonores , c'est-à-dire à la subs- 
titu^on de sons sourds aux sons clairs. Cette tendance est 
due sans doute à l'BotioD du froid sur l'organe vocal , qui 
perd alors quelque chose de son élasticité mnscnlaire. 



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— 96 — 

Dans l'ancienDe poésie germanique , la voyelle est'encore 
iaBoencée par la positioQ qu'elle occupe dans le mot. 

Ainsi , 1° une voyelle qui a une quantité déterminée 
reste invariable dsnsunmot, soit qu'étant décliné il reçoive 
une flexion , soit qu'il la perde , tandis qu'elle varie par ce 
que Jacob Grimm appelle utnlaul ou t^laul , deux tenues 
allemands qui seront expliqués dans k suite. 

2° Une diphthongne est longue de sa nature. 

3° Une voyelle brève , suivie de deux consonnes , reste 
invariable : haltn « cbaume , » halmen ; tant , « dent, » 
tanden; kint, enfant , kinden, etc. 

4° Une voyelle à la fin ou au milieu d'nit mot, mais 
suivie d'une donble {onsonne, suit la même règle : V(U, 
« cbute, avallen; lam, « agneau, » lammen, etc. 

5° Une voyelle conserve sa quantité primitive , tant 
qu'une flexion ne vienne se ^indre au thème du mot ; 
exemple : tal, « je dois, » dar, « j'ose, » ne sonnent pas 
dans la prononciation comme stael , étable ; kaer , « che- 
veu , » raet, a conseil , » etc.; et ces mots ne sauraient ri- 
mer les uns avec les autres. Sont-ils déclinés, il arrive alors 
cçci-: 

a) Ou la déclinaison a lien par l'adjonction d'nne voyelle, 
et dans ce cas le monosyllabe devient dissyllabique et b 
voyelle brève reste ini ariable ; exemple : dach , dagke: rat , 
rade; glas, glose, etc. ; la voyelle longue devient brève; 
exemple ; kaer , hure; raet, rade; wtj n , un'nej loon, 
lone. 

6] Ou la déclinaison a lieu par l'adjonction d'une con- 
sonne ; alors le mot conserve le même nombre de syllabes 
et la voyelle reste ou redevient longne; exemple : kerm, 
keerde; pinen , pij'nâe. Si la voyelle est brève, elle de- 
vient longne : halen , haelt ; breken , breecl ; maken, 



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^ 97 — 
nnuete. Le même phénomène se reproduit dans tout mot 
<]ui résulte de la contraction de deux autres mots. Exemple : 
saell de s<^ dal , etc. 

Qo pourrait croire que, dans l'un et l'autre cas, ily a eu 
pennutstion d'une voyelle brève en longue, ou d'une Toyelle 
loDgae en brève. Cette conclusion ne serait pas exacte. 
Grimm enseigne dans sd Grammaire allemande , I, 265- 
267, qne, dans ces circonstances, la voyelle n'est ni longue 
ni brève, mais douteuse, incertaine. 

Dans la troisième partie de cet ouvrage , lorsque nous, 
traiterons des Formes grammaticales , nous parlerons avec 
plus de détail des causes parttcnlières de la permutation 
des voyelles , et de l'influence de cette permutation sur la 
valeur et le sens intime des mots. 



II. — CONSONNES. 



Le lecteur sait déjà que la voyelle consiste dans le son 
de la voix librement émis , n'ayant rencontré aucun obs- 
tacle pendant sa sortie du pharynx et de ta bouche. La 
consonne an contraire est le produit du son momentané- 
ment intercepté , ayant rencontré un obstacle pendant son 
émission. 

Dans l'état actuel de nos langues , une consonne ne 
peut être prononcée ni entendue sans être accompagnée 
d'une voyelle ; il faut donc , pour faire entendre une con- 
sonne, une double' modi&cation du corps de tuyau de l'or- 
gane vocal : 1* modification nécessaire au son de la voyelle , ' 
2° modification nécessaire à celni de la consonne. 

Le gosier pins ou moins contracté , ta langue , le nez , 



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— 98 — 

les deots et les lèvres , sont les parties de la bouche qui 
modifient le son de la voyelle et prodoisent par conséquent 
les , coDsoones. 

De là , cinq catégories de consonnes : 

1° Les gutturales : h , g , ck, teh, j , x, ng , gh , e , 
h, q; elles se forment soit au fond de la booche , soit à la 
porte même du pharynx. Le voile palatin et le dos de la 
langue sont les principaux ot^anes qui agissent. 

â** Les linguales : r,l. Il mouillée ; elles se forment 
avec l'extrémité de la langue portée vers le palais. 

3° Les nasales : m , n , gn ; elles se forment en faisant 
refluer par le nez une partie de l'air sonore , au moment de 
l'interception produite par un des appareils de la bouche. 

k" Les dentales': z, i, ss, tt, d, t, dt, th; elles se 
forment lorsqn'on appuie la pointe de la langue contre la 
racine des dents Bupérieares. 

5° Les Idbiales :h,p, pf, p»,ip, f,ph,v,w: elles 
naissent du mouvement des lèvres. 

Toutes ces consonnes se font entendre avec la bouche 
ouverte ou presqne fermée ; elles sont donc , comme les 
voyelles , sonores on sourdes. 

Les consonnes sonores sont : k, g, j , ch, sch, tp , f, 
ph, n, r, t, $, z. 

Les consonnes sourdes : k,gh,ng , m , t, d ,p,ps,b, 
V ,. w. 

Les consonnes sonores et sourdes sont gutturales , lin- 
guales, nasales, dentales ou labiales, selon l'appareil qui 
les fait mouvoir dans une bouche ouverte ou presque fer- 
mée. 

Le tableau suivant rendra cette clas»fication plus intel- 
ligible : 



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Gnttorale! 


h,g,j,eh,seh: 


c, k, g, j*. 


Lingnalej : 


r,l. 


H mouillé. 


Nasales : 


n. 


m.jn. 


Dentales : 


X, s, u. 


1, d, dl, M, >(. 


Labiales : 


f, fh.ip. 


p, h, V, w, ps. 



Des grammairieDs oot doDné à ces consonnes le nom de 
fortes et de faibles ou douces , d'après le plus ou moins de 
force dépensée pour les produire. Ils ont distingué aussi les 
roulantes , les liquides , les coulantes , les chuintantes , les 
sifflantes , tes aspirées , etc. , suivant le soin propre h cha- 
cune d'elle^. 

Le sanscrit a Ireate-qnatre consonues, et les grammai- 
riens indiens les ont classées de cette manière : 





S0DRDE3. 


S050RES. 




FiiUu. Jatirk*. 


FtillM. AipiréM. 


!• GaUDMles ; 


K KB 


G(gn^ GH 


3* PaUUles : 


CH (fcA) CHH 


J (*T JH 


3« CèrtbrtHlenlales 


ST TH 


D DH 


40 Denlale» ; 


T TH 


D DH 


Su Ubiales : 


P PH 


B BH 


6» Semi-vayelles : 


Y, r, 1, y 




70 SilBanles : 


S,sh(c/i),ç,h 





La distinction faite en sanscrit entre les cér^ro-dentales 
et les dentales , parce qu'on prononçait tes premières du 
nez avec une intonation particulière , n'a plus d'importance 
anjonrd'hni ; on n'en retrouve de traces dans aucune langue 
européenne. Les quatre nasales n ne diffèrent entre elles 



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_ 100 — 

qne par des nuances de prononciation, difGciles k saisir dans 
DOS langues modernes. 

Il existe encore en sanscrit deux signes secondaires qni 
exercent ane influeDce sur la prononciafion de certains 
mots. Ce sont les signes • anusoâra(son après] et l vt'i- 
arga (séparation). Le premier se met aa-dessus de la let- 
tre après laquelle elle doit être prononcée , et sert h in- 
diquer nn son nasal très-prononcé ; le second se pose en rang 
de la ligne et indique nne nasale afTaiblie , une aspiration 
semblable à celle de ah ! On lui donne cependant très- 
souvent le son de s. 

Voici maintenant les consonnes en usage dans les diver- 
ses langues de la France : 

Dans le flamand : h,d, f, g , ch, h,j, k, l, m, n , 
ng,p,r,i,t,v,w,z. 

Dans l'allemand : b, c, ck, ck, d, f, ff, g, h, j, 
k, t, m, n, p , ff, ph, q , r , s , $eh , ss , sz, t, tek, 
tz , V , *c , X. 

Dans le celto-breton tb, k, d, f, g, h, eh, c'h, j , 

I, m, n, p , r, s, t, V, z. 

Dans le romano-provençal '■ b, c , d, f, g , h, j , l , 
Ih, m, n, p, r, SB, s, t, tg ,v, z. 

Dans le basque x b , k, ch, kh , d, f, g, j, h, 
leh, l , H, Ih , m, n, 5, nh, p, pk , r, rr, g , z, l, 
th,tt,tz, te. 

Dans l'espagnol : b , e , e, ch,d,f,g,h,j,k, i, 

II, m, n,n, p ,q, r , s, t , v,x, z. 

Dans l'italien : b, c, d, f, g , h, l, m, n, p, q, 
r , s, t, V, z.- 

Dans le français : b, e, d, f, g, h, ;', k, l, m, n, 
p.q,r,s,t,v,x,z. 



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PematetlMi tlu 

Les consoDDes qui sont , pour ainsi dire , la charpente 
des mots , permutent entr'etles comme les voyelles. « Telle 
est la nature de l'iostrament vocal , dit Fabre d'Olivet , 
qu'il est susceptible d'eiïorts dans ses deux extrémités et 
dans son centre , en sorte que le même mot peut se pro- 
noncer difTéremment chez chaque penpie , selon la partie 
de l'instrument vocal sur laquelle ils appuient de préférence ; 
de là les variétés dans le langage qui font croire que chaque 
nation parle une langae diiTéreote , tandis qu'elles parlent 
la même langue , mais subdivisée par cette raison en divers 
dialectes. 

« Les consonnes des mêmes touches prennent facilement 
la place les unes des autres dans les langues dérivées ; elles 
se prêtent même des secours mutuels en passant d'une tou- 
che à l'autre , et c'est alors qu'elles rendent l'étjmologie 
des mots de plus en plus incertaine. On ne peat vaincre 
dans les idiomes modernes les obstacles que présente la 
substitution des consonnes que par la possession des langues 
primitives, dont les mots radicaos présents i la mémoire 
donnent la facilité de remonter jusqu'à ta source primitive ; 
ces racines primitives , plus on moins modifiées par l'articu- 
lation propre à chaque contrée , ont encore conservé une 
physionomie qui permet de les reconnaître ^ quoique quel- 
ques consonnes aient été substituées en même temps que les 
voyelles. » 

H. Ampère confirme cette opinion en s'eiprimant en ces 
termes : « Ou l'on possède les degrés intermédiaires qu'un 
mot a parcourus en passant d'une langue à l'autre, ou on 



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_ 102 - 
coQDatt les lois générales et purticnlières qui président A la 
pennutation àm lettres entre ces deux langues. 

> De ces lois , celles que j'appelle générales étaient con- 
Does de tout temps et je me bornerai à les rappeler ; elles 
.se fondent sar l'analogie organique des lettres. Certaines let- 
tres sont voisines dans la série des sons , elles sont produi- 
tes par une disposition semblable des organes. Le passage 
de l'une i l'autre est plus naturel , plus fréquent , par con- 
séquent plos probable qne s'il s'agissait de deax lettres plus 
différentes eotr'elleR. D'après cela , on conçoit que les per- 
mutations doivent s'opérer facilement entra les lettres de 
même organe , dentales , labiales , gutturales , qui ne sont 
qne la même lettre , douce , forte ou aspirée (1). » 

Une antre observation à faire , c'est que dans la généra- 
tion des langues les consonnes fortes, retentissantes i l'ori- 
gioe , vont s'affaiblissant , comme les voyelles sonores vont 
s'étoufEant, comme les diphthonges vont se contractant. Et' 
comme les voyelles terminale , deveDoes muettes , finissent 
par disparaître , les consonnes finales se détachent aussi et se 
perdent. Daqs les pays septeutrionaai et dans les monta- 
gnes, les consonnes sont généralement fortes ; dans les plai- 
nes et tes pays méridionaux , elles sent «dondes. Enfin , le 
voisinage de certaines consonnes et de certaines voyelles 
exerce aussi , comme pour les voyelles , une influence sur 
la consonne qai suit ou précède la coasonne ou la voyelle , 
cause de la permutation. Ce dernier pro<:édé se fait parti- 
calièrement remarquer dans les mots dérivés. 

C'est aux Grimm , aux Bopp , aai Rask , aux Bumouf , 
que nous sommes redevables de la découverte des lois qui 
président aux changements des voyelles et des consonnes et 

(1) QHtlfWM priiuipn pour l'kûtoïri emipairét dxt langittt. , i 



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- 103 — 

déterminent les limites dans lesquelles ils sont respective- 
ment renfermés pour chaque langue. Ainsi, on a remar- 
qué que chaque consonne du sanscrit est représentée par 
son équivalent dans les langnes dérivées , et il a été possible 
de tracer le tableau de ces transformations. 





SuwiL 


GglU- 
knUi. 


bUi. 


<IM. 








"' 


"^ 






k 






X, n 


bi 


k 


b, E 




k(.b) 


eh 


m 


1, «, «, * 


A 


ts 


i,<l% 


I.Gaimnlti: 


kh 


.1 


B."» 


ï,^ 


k 


kh 


eh 




a 


n 


y nïsi.1 




n 






Ith 


dj,d 


t{p) 


n.T 


k,( 


iub 


T 




kh,h 




w,c 


•X 


sk 




Sk 


1. PtliUles : 


go 


leh 


S 


ï 


k 


ij 


cb 




" 


OgBtl. 










3. Liii|iul« 


tli 


Ih 




„ 


it 


Ul 


M 


00 


d 


d 


d 










cMbnln: 


dli 


dh 


n 


, 










i 
tb 


l 


t 




Ib 


iu 


î'î 


LDenUlu: 


d 


d 


d,l 


sis 


t(d) 


d 


d 




dh 


d 


f,d 


J, » 


d 












D,l 


«.* 










k 


,., 


p,.JqT) 


n,ï 


I 


%v 


' 


».I.tl>UlN: 


b 


b 


Pi" 


h 


i) 


b 




bb 


b 


I,b 


PW 










m 


mM 


m 


/"(P) 


m 




m 


i.t«Hqdhi: 


ï 
1 


1,11 


1 




t 


i 
1 


'i' 






hh,aib 




F,u..,i9,p«Tril 




b 


* 


( 


A 


a ■ 


«(P),» 


jT.ïEspril 


h, s 


s 


h,$ 




cb 




i tfpnt 




ii,€S 




7. SiUlmtei : 




i,Kr 




...prit 


s, z 




1.» 




h 


n^ 


ST.sa 
h,g,c 


F csprii rude 


"g 


À 


k 



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' Tableau indiguanl tei permalalioiu que tes cantonne* du latin ont <u6tM 
en-pattant dam lei dialeclet héi de la dA:otnponliim de cet idùmt ! 
niaHen , Feipagnol, le provençal el le français. ■ 





Utin. 


Italien. 


E,p.B,.l. 


Pro»*nt»l. 


Frin;iiï. 


LibialH : 

Gnllunlu: 
DMUIm:- 


1 

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r 


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4- 

«.g. «h 

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d,Y. 


in,n 

t,g,cl. 
ca,x 

T 

V 



Tai^u tndi^uanf /ci ;>frmufii{i'on# gua let consonaet gallâque* ont n 
en passant dasts les autres langues gemuatiquet: 



' 


' 


tUcmd 


•UN 


•uu 


frilM 






"* 








D 


dAh 


V 


d,',b 


A 


afi 


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§ 


n 


-.5* 


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H 


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f 


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h';';h 


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th 










d,th 






K 




k.h.ch 






k 


k 




=.h.«h 


k,ch 


k,ch 


k,cb 


T 






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hy 


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— 105 — 
Dans toutes les tangues germaniques , les consonnes s, 
L , Il , N , p, R , s restent invariables , à l'eiception de b , 
qui devient quelquefois p en allemand, et de s, qui se change 
en z dans le hollaDdais et le Qamand. 

A l'appui de ces tableaui, nous allons montrer le jeu de 
la permutation des consonnes dans quelques mots de nos 
langues. 

On a va plus haut que le groupe sanscrit sv est repré- 
senté en latin par s ou su; en grec, par F (esprit rude) ; en 
gothique, parstc; en basque, parzp, etc. Exemples : Sans- 
crit, sv(u(f)n', cas forts sva-sâr ; latin, so-r-or pour so- 
$-or, dont l't s'est changée en r à cause de sa position en- 
tre deni voyelles ; provençal, soc-er, so-re ; italien, so-oro; 
français, aoEV-r; basque, oAi-zpa; Cetto-breton , c'uo-ar; 
(arabe, okkrt); gothique, svw(ï)or; nordique, SYs{l)ir: an- 
cien-allemand et ancien-saxon , si]s(l)ar; anglo-saxon , 
sv«e(ï)cr; ancien frison, scs(()cr; polonais, sios(t)ar: an- 
glais, su(()er; suédois, SYs{t)er: danms, s6s{t)er: allemand, 
sCHW«j(()«-; (lamand, xv${t)er. 

Sansc. TAN ; grec , rtiy» , taw» , ra» ; lat. TENdo, ex~ 
Tmdo, TEseo; franc.. TENdre, éTEsdre; celto-breton sténo, 
asTEnna; flam. stEsm: aliem. dehncti; espag. TESder, 
esrmder; ital. sTEvdert, Tmdere; provençal TKsdre , es- 
Tvudre ; basque heoxtcea, uzTErra. 

Sansc. ÇARNis, çarSgan ; hébreu Qoom et keren; arabe 
QUEBN et KARN ; grec xcfa(> lat. cornu; gothique haubk; 
flam. hooiIn ; allem. horn; celt.-bret. gobn et korn; 
roman. -prov. coBNa; basque apAWa, mo-KHoa: espag. 
ccERNo; ital. corno; français coRNe. 

Sansc. NABH ; grec /£(«-?riXir; lat. MEspilutn; llani. uis- 
pel; allem. uespet et sespel; celt.-bret. nesper ; roman.- . 
prov. wespow; basque xizpira: espag. siespoia;ha\. Mei- 
pola et ^espola; franco néfie. 



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— 106 — 

Sansc. PARAHj (para-arj); lat. veregrinuê; flam. tel- 
grim; allem. pitgeretpilgritn: celt.-bret. ptrc'AïWn; ro- 
raan.-prov. Telerin; hastpe aeilaria; espag. peregrino ; 
ital. reliegrino, veregrino; franc, vélerîn. 

Sansc. vi-KOp; grec vtrie-ttovea lat. cpùcopui; flam. 
midwp: allem. tàschof: ce)t.-bret. esKop; romaD.-prov. 
«vs(Qti«; basque apemctia; esp. obùpo; ital. T«fCoro; 
franc. ^v^qu«. 

Sansc. vid; grec u/tir, lat. vutere; gotbi<|ae wiTon; 
Uam. wEETAi; allem. wisten; celt.-bret. GVEzet; roman.- 
prOT. laber, veir: basqne yaQuitta : esp. iobek, veb ; itaL 
VEwre ; franc. «avoiR, voir. 

Dans tous ces mots , la penontatlon s'opère entre con- 
sonnes d'un même oi^ane , conformément au principe dé- 
couvert par Jacob Grimni , et en vertu duquel ces lettres se 
remplacent dans un ordre presque invariable et pour ainsi 
dire dans un sens déterminé. Uais il est des cas od , pour 
bien suivre et constater les r^es de la permutation des con- 
sonnes, on est obligé de scinder un groupe de langues en fa- 
milles , parce que , dans le groupe général , ces lettres pas- 
sent d'an organe ft un autre. Ainsi , le sanscrit sva-pita 
donne naissance au latin scHiiniu et à tons les dérivés néo- 
latins, l'espag. tue-no, l'ital. io-«no , le prov. so-HÏ, le 
français so-mneil, par le changement du p primitif en n et 
en H. Dans les langues germaniques , le t sanscrit se change 
en L : sansc. svo-pno ; ancien allemand, suif, suiff; golh. 
sLep: ancien frison sLap : anglo-saton step , suiep: anglais 
sLBep; hollandais sLoop ; flamand., siaep ; allemand mo- 
derne scRuaf: mais dans l'islandais sve/à, le v sanscrit est 
maintenu . 

Dans les dérivés du latin , la permutation des consonnes 
est aussi sujette A certaines règles. Nous signalerons les 



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— 107 - 
traosforoiatioDS des groupes PL et FL. Dans l'espagnol, pl et 
FL deviennent sonvent LL. Exemple : lat. plaga , plueia , 
pluma , flamma font en espagnol lAoga, ixuvia , Ltama. 
Dans le basque, le p de pluma est supprimé : luma, plume. 

On aura remarqué sans doute le ch qui précède le -w 
dans le mot allemand schwester et celui qui précède 17 dans 
œt autre mot germanique schlaf. Cette aspiration très-rude 
est propre anx Allemands. « Ces peuples, dit- H. de Che- 
vallet, obligés de se servir de caractères romains poar figurer 
les sons de leurs idiomes , ne trouvèrent pas dans l'alphabet 
latin de lettre dont le son fût équivalent à celui de cette as- . 
pirée; aussi ne purent-ils la uoterque fort imparfaitement. 
Devant le v ils la représentèrent tantôt eu doublant la let- 
tre (w). tantôt en adjoignaot au double w la cousonoe h, 
qui servait de signe à l'aspiration gattnrale des Latios ; mais 
comme cette as)Hration était beaucoup trop faible compa- 
rativement à la leur , il s'ensuivit que le agne se trouva 
tout à fait ineiact. Ânssî eurent-ils souveat recours à des 
consonnes dont la prondnciation était plus forte, et ils se 
servirent du g etdae, ou bien ils employèrent la notation 
comptée eh , que les Allemands ont conservée (1). » 

Nous venons de constater les perroutadons entre con- 
sonnes de même organe et d'organe diflérent ; il s'opère 
«ncore entre les lettres un changement d'an autre ordre , 
c'est celui qui a lieu entre consonnes et voyelles. Exemple : 
Dans le français veuve , dans le provençal veousa , dans le 
flamand weeuwe , la voyelle u tient la place de la consonne 
D du sanscrit vioava , du latin vioua , de l'italien venava , 
de l'espagnol vinna; du tt allemand wtTTwe, du t celtor 
breton imavez, 

{{)OrigiMtl(ermalia%deUlii»SMfrQ»(aâe,l.\\,f. 89,30. 



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L7 do gronpe latin PL et FL se vocalise en italien ; 
Exemple : lat. plaga , ital. piaga: lat. pluvia , ital. piom 
oapioggia: lat. pluma, ilal. fiuma: lat. pomma, ital. 
fiamma: c'est-à-dire que 17 latin est devenu i en italien. 
D'an autre càté, l'i du latin dies, diumus, se change en 7 
dans l'italien djomo , à'oh est venu le français jour. 

Les groupes latins cl, pi et fisc changent dans la langue 
espagnole en II, et H en j et en g. Ei. : lat. eîamare, esp. 
llamar; lit. plmus, esp. lleno; lat. ftamma, esp. llama: 
lat. filius, esp. hijo: lat. muher, esp. muger. 

t L'aspiration gutturale, dit M. Jehan, si fréquente en 
espagnol , et qui se trouve transcrite par j , dans Hijo et par 
g dans muger , a été regardée par quelques grammairiens 
comme devant être d'importation arabe. Ils s'appuient sur 
ce que le son de cette lettre, soit qu'on l'assimile au ftJla 
on an ghaïn , est d'an usage fréquent dans les langues sé- 
mitiques. D'autres, retrouvant dans le ch des Allemands 
une valeur analogue , ont depuis considéré cette lettre , que 
les Espagnols nomment ^ofa, comme ayant été introduite 
par les tribus germaniqnes. D'antres sont fort disposés à 
croire, contrairement à l'une et à l'autre de ces opinions, que 
l'emploi de cette gutturale est antérieur et à la conquête des 
Arabes et à l'invasion des Barbares , et qu'elle est indigène 
sur le sol espagnol , où , par la nature tonjours si persistante 
des habitndesde prononciation , elle résista à l'influence des 
Latins. 

Uue autre particularité de ta prononciation des Espa- 
gnols , c'est te son qu'ils donnent au z , son qui est celui du 
th des Anglais. l£s grammairiens font de la double l {U) 
et de l'n accentuée (âj deux lettres particulières, quoique 
les valeurs qu'elles représentent soient communes aux Es- 
pagnols avec beaucoup d'autres peuples. La première, en 



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— 109 — 
eflet , répond à notre t dite mouillée , et la seconde k la 
naso-gntturale que noas écrivons par gn dans bagne , 

digne, etc Dans l'idiome catalan, le / ne se prononce 

pas comme la jota espagnole ; il n'a que la valeur dn / alle- 
mand , ou de ce qu'on appelait autrefois chez nous t't con- 
sonne. L'f double qui , au commencement des mots , rem- 
place presque toujours 1'/ simple du latin , a le son mouillé 
du gl italien ; le eh n'a pas d'autre valeur que celle de notre i 
propre c dur (1). n 

Jacques Dubois , te grammairien du seizième siècle que 
nous avons déjà nommé , nous a laissé aussi ses remarques 
sur les consonnes et les changements qu'elles snbissept en 
passant du latin au français. Il en a cité de nombreux exem- 
ples ; ceai qui vont suivre lui sont empruntés (traduits par 
M.Iivet}: 

n Le B a sa place entre le p et le ph ou f , comme le 
G entre le c et le eu , comme le d entre le i et le th ; les 
lettres de chaque ordre sont toutes entre elles dans le rap- 
port le pins étroit. 

1. B. — P. — PH, F. — Ces consonnes se chan- 
gent , savoir : 

1° B en c {v consonne) : faba, feu-e (fève); faber, 
feu-rè, (fèvre, ouvrier) (2) ; 

2° B en c (voyelle) : debtlus , deu ; 



(l)Dict delJDgniïliqnc, i. Eâfi^nott. 
(3) Le flimind dn mofcn-ige se scrriii > 



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— 110 — 

3° p eo D (v consonne) : eupa, cna-e (cuve) ; evpella, 
cQii^ on cnn-iel (cavier) ; ripa , riu-è {riîe} ; 

4" B en p : turba, troupe ; 'iom&ere , laper. — Réd- 
proquemeot : duplvs , doublé ; 

5° B en r : tibilare , sifQer ; 

S'ecn c : eubare , concer (coucher) , i-oncer (jucher), 
couD-er , trois mota avec trois sens différents ; 

7" B «I G : ruber, rong-èt rabies, rng-è, jubilare, 
i-ou^ler (jongler). 

2. C. — G. — CH. — Ces consonnes se changent, 
savoir : 

l"cen g: acèr, aigre; judex, i-ugè ; loeare, log-tr. 
— Réciproquement , e se change en c : mungere, raoncer 
■ ( moucher) ; langere , toucer (toucher) ; 

2* c en Qu : naaei , nasqair , naistrè ; vesci , vesquit (vé- 
cDt). — Réciproquement, qo en c : coquina, cniciDe; 
qttinque , cinc , et non cinq , parce que q ne va pas sans o ; 

3° C en t: : caballus , ievai ; vaeca, va^e (cheval, vache) ; 

4° eu en g, qu, c : concka, coque, coquille; schola, 
escolè ; canthm , g-antè (jaate d'une rone) ; 

5° c en T : pascere , paistrè ( paitre ) ; benedicere , bt- 
nitrè, pour benicrè (bénir). — Réciproquement , /uifi^ta , 
justice ; plalea , placé (1 ) . 

3. D. — T. —TH. — Ces consonnes se changent, 

1* D en T ; plaudere , ploter. — Réciproquement , t en 
D : tune , donc ; fatuus , fade ; panala, panade (2) ; 

(1) En Otuntod , 1« c ■ pris qnclqiufois U plac« de ■- Dans isa Haerlant, Vtr- 
kttrdt Martijn, TS. It , on lil mois Su lieu de rame. 

(S) En flamand, les se met parfois pour Tel pour B. f.\.:it beginfoat'lbegà; 
iTgraccii poar'i groven. Vie de Sainte Calberioe, par boBHUia, p. 3 «1371. Par- 
fois D se glisse au milieu du mol: mendse pua mmte. 



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— ill — 

â" D en c : tadere , blecer ; petutere, penèer ; itnpedire , 
empeser : on donne quelquefois impeccare pour racine à ce 
mot, par une étfmologie plus subtile qae juste ; c'est comme 
si l'on disait : envelopper dans l'erreur ou le péché ; 

3" D en G : rodere, rong-er; tardare, targ-er; quel- 
ques-uns disent tarder. — Réciproquement, plangere , 
plaindre; pingere, tingere, cingere , peindre, tindrè, ein- 
drè ; spargere, espardre ; 

4" D en'L : egidtus , gilè; 

5° D en H : eonsuetudo , coutume ; incuS , intttdis , en- 
gumè et englumè (euclume) ; 

6° D en N : verecundia , vergonnô ; 

7° D en D- (v consonne) : gladius , glau-è , glain-è. 

4 G. — Le G se 

1" En c: voy. c; — 2*; En d : voy. D; 

3° En c- (v consonne) : girus, vis, et de là virerai). 

5. H. 

I<* H s'ajoute , comme aspiration , su-devant des mots 
latins : altus, ardeo, ulula, pour former les mots : hault, 
hardi , hulotè ; 

2<* H se supprime dans hordeum, org-è (2). 

6. L. — L'l se change : 

1° Eu B : lucinià, rosciniol ou roscinol (rossignol); 
epislola , epistre , pour epistlè (3) ; 

2" En Ti pallium, palliolum, palleto : Jiour paillot. 

(I) Dtns ]« Danignd do moycn-ige, ghe se chmgsen zi ; deidgtpoar deei*e. 

(!) Dans urtaiDs mots Uamandj du mo;ea-âge , s se supprimait aosai : cl pour 
htt.ete. 

(3) Ed flamand , n deienaît souTenI i. On disait Kattineit ponr Jïalrinm (Cathe- 
rine). 



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7. H. — N. — Ces lettres se changent , savoir : 

1° H en N : taappa , nappé ; matta , msttè. — Béci- 
proqaement : conimtiare , comencer; 

2°N en o. — (Voy. u); 

3° Eufîn, s se supprime dans : concha, coqoè; conehula, 
coqailè ; ce dernier mot dénigne à la fois l'étai d'un limaçon 
et une colITure de demoiselle; — insula, isle. 

8. P. — Le p se change : 

1° En c : spuma, escumè; sputnare , escomer : de là 
le nom d'eseumeurs de mer, donné aux pirates , et à'tseu- 
mettrs de latin, aui pédants; — rupes , roie; 

2* En D- {v consonne). — Voy. B... 

3' En F : caput, ief (chef). 

9. QU. — Le Qii se change : 

1° En G-: aqualis, égal; 
2° En c. — Voy. c. 

10. R. — S. 

Le changement de s en s et de s en Két:ait fréquent chez 
les Grecs et les Latins. Nos femmelettes de Paris, et, à leur 
exemple , quelques hommes , affectent de mettre des r poar 
des I , et des s poar des r. Ils diront par exemple : Jesu- 
Moiia, ma meié , mon pesé, mon fresè, et mille autres 
mots semblables , ponr Jesu-Maria, merè , perè, freré, etc. 

{"Bse change en s: xevpjret, cousin, cousine, qne nos 
Parisiens prononcent eourin , courine , etc. (1) ; 

2° B en L : Cftrwhtjjftorus, Christoflè. 

s. Od dit iadislincUurtnt : ik vtrlavr, A 



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11. T. — Le T se change : 

I'Ed c. — Voy.c; 

2" En L : salur , sattirare , sanl , sauler (sont , sonler] ; 

3° En G : natare, oag-er; 

i" En s : — Le T et le D se changent soQTent en k 
devant nne autre b : Petrm , Pierre ; quadrare , carrer ; 
«■(non , voirrè (verre) » d'où verrine» et verrières , c'est-à- 
dire , fenestrè de verre. 

' 12. X. 

Comme l'x a la double' valeur de es et de gs, et qne 
le c comme le g ont un grand rapport avecl's, on troDre 
souvent \'x des Latins remplacé par deax ss en français : 
«astre, issir (d'où issue}. — Si après l'i vient une consonne, 
cet X se conserve ou se remplace par un s : exprimere , et- 
primer; «^rproftrare, espronu-er. » 

Reste la question de l'inllnence des consonnes les unes 
SOT les autres. En sanscrit, cette inflaeoce joue un trè»- 
grand r6le , dit H. Pictet , et elle est réglée par des lois en- 
phoniques invariables (1). Mais que sont devenues ces lois 
dans les idiomes celtique et basque? Y ont-elles jamais 
existé ? et la séparation de ces langues avec la sonche com- 
mune ne se serait-elle point opérée à nne époque antérieure 
i la formation de ces lois par le sanscrit ? C'est là nne ques- 
tion d'nn haut intérêt, pour l'histoire de la famille indo- 
européenne ; car , si elle peut être résolue pour les races 
celtique et basque, qai , très-probablement se sont séparées 
les premières du centre commuo , elle le sera à plus forte 
raison pour les antres idiomes de la ftimille. 

(I) Ue raffiniti deê /m^un eDWjiiri met le niueril. 



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— lU — 

Les lois euphoniques qai régissent le jea des cobsonnes 
en sanscrit, sont résumées par F. Bandry, de la manière 
suivante : a S'il y a deux consonnes à la fin d'un mot, on 
supprime la dernière. L'eiistence régulière de la consonne 
supprimée est attestée par sa réapparition dans les mots 
où «Ile n'est plus finale. Tontes les consonnes aspirées 
perdent leur aspiration à la fin des mots. La finale nor- 
male des mots terminés par une consonne est la faible sourde. 
Cette règle ne cède que devant le principe supérieur de l'at- 
traction des consonnes semblables. Par conséquent , la fiuale 
est une faible sourde devant les panses et quand le mot sui- 
vant commence par une sourde ou par une sifflante. Hais 
s'il commence par une consonne sonore, ou par une sémi- 
voyelle , ou par une voyelle , la finale se cbange alors ea 
faible sonore ; s'il commence par une nasale , la finale reste 
sonore ou devient nasale ad libitum. Ex. : de yudk, combat, 
oa îa\t asti yut , « es,tpaga&>t,yutkaroti, « pugna bcit », 
yud aHi , yud ibavati, u pugna eit ■ , j/ud on ywn mahati, 
« pugna magna (1). » 

Dans quelles circonstances ces lois de l'euphonie ont- 
elles été appliqsées à nos langues parlées en France? C'est 
ce qui sera démontré dans les pages <]ui vont suivre. 



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DELXIËNE PARTIE 



SYSTÈME DE U FORMATION DES MOTS 



De la combinaisoD des voyelles et des consonnes se for- 
ment les mots; en d'autres termes, les sons engendrent les 
mots. 

Tout porte à croire qu'à l'origiae du langage, les pre- 
miers mots sortis de la bouche de t'homme étaient mono- 
syllabiqueB. Pour les langues indo-européennes, le fait n'est 
plus doateai ; il est constaté par les grammairiens indons , 
■I a été vérifié pac la {biologie moderne. Pour les langues 
sémitiques, la grammaire de Genesius renferme des preuves 
d'un semblable monosytlabi»oe. Les trilitères sémitiques , 
dit Goldsmith , proviennent d'une racine monosyllabique, 
formée de deux germes et d'un son auxiliaire qui s'y ajoute. 

Des linguistes allemands distinguent en efiet dans les 
mots : le germe , la racine et le radical ou thème. 

Le germe est la consonne qni se fait entendre soit avant , 
soit après la voyelle ; c'est la partie essentielle du son , son 
élément principal , ce qni caractérise le mot et lui donne 
un sens qu'il ne perd pins. 

La racine est le germe développé , snivi ou précédé 



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— 116 — 

d'one consonne aaiiliaire; elle est la partie invariable on 
presque invariable d'un mot primitif; elle est toujours mo- 
nosyllabique. Elle résulte, suivant Fabre d'Olivet, de la 
réDDioB de deux signes on lettres. Un seul signe ne saurait 
constituer ane racine, parce que l'idée roudamentale qu'il 
renferme n'étant pour ainsi dire qu'an genne, attend pour 
se développer l'influence d'un autre signe, «i La racine se 
montre , dit M. Egger , simple et brève , quand elle res- 
semble à l'élément primitif dont on peut croire que le mot 
s'est formé. » Par exemple : pour le grec p«<p««, lat. ieri~ 
bere, llam. tckryvm, aWeva. tchretben , celto-breton «cnva, 
romano-proveoçal esaioure, basque escribatcea, espagnol 
eseribir, italien Kfivere , français écrire, il est évident que 
la racine de tous ces mots est l'originel sanscrit riph , qnî 
s'est plié au génie de chaque langue. Le germe dont pro- 
cède cette racine est le son r — ph {p aspiré). 

Le radical ou thème est la partie invariable de tout mot 
qui se décline et se conjugue : ai'm-e, atm-ons, oim-ez, 
oim-ent ; rm-a , roi-sB , ro*-am , nw-is , roi-arum ; mon , 
man-s , mon-ne , man-nen , etc. 

Suivant U. Âd. Régnier : « La racine est la partie du 
mot qui reste après la suppression de tout ce qui sert soit 
à ta dérivation , soit à ta flexion ( c'est-à-dire , principale- 
ment , des sufBses et des désinences) , et après qu'on a ef- 
facé toutes tes altérations qu'une racine peut sabir ponr 
passer h l'état de mot. . . 

« Le radical est ta partie du mot qui reste après la 
suppression de tout ce qui sert à la flexion du mot , c'est- 
à-dire, des désinences de déclinaison ou de conjugaison, 
desangments, des redoublements (1). -j 

(1) Traiié dt la formaliim Jet mou daiu la langue grtcqut. 



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— 117 - 

Vaè aotre âilTéreDce entre la racine et le radical , c'est 
que la racioe subit des modifications que le radical ne 
coddbU pas, et qui résultent de la transposition , de l'ad- 
jonction OD da retrancbement de certaines lettres , modifi- 
cations qai ont reçu en grammaire les noms d'Anastrophe , 
de Métathèse , d 'Apharèse , d'Apocope , de Syncope , d'£- 
penthèse , de Prothèse , de Paragogue , etc. 

VAnastr^ke est l'inversicHi de la racine entière; par 
eample: ■ya>i*t \a.t. lac, lait; allem. top/*, franc, pot, 
Ûam.pot; ^iXec(ami), allem. lieb , flam. lief; ^vXXer 
(feuille), allem. taub,Ham. lof: 6u/ai>{ (courage), allem. 
mutk , flam, moed; franc, lime, allem. feil; lat. nos 
(nous) , flam. on» , allem. uns, etc. 

Lfi Mitathéie est la transposition d'une partie de la 
racine. Par cette figure , une on plusieurs lettres des mots 
dérivés sont placées dans un ordre différent de celui qu'elles 
avaient dans le primitif. Exemple : *fo(, lat. caro, franc, 
chair; allem. sckwefel, lat. svifur , franc, souffre: grec 
liorfvit allem. traube, franc, grappe: allem. kober, flam. 
Arw/", franc. cor6«7/«, ital. corfta; xpaHja, ital. comiola, 
franc, eomouilte, allem. komeUe;\at. corpus (corps), 
ital. corpo, allem. korper ; danois et suédois h-ôp. 

VÀphariie est l'abandon ou le retranchement d'une 
lettre ou d'une syllabe au commencement d'un mot. 
Exemple : «.Troitum , lai. apotfùea, franc, boutique: ital. 
bottega, espagn. bolica: allem. bude: Qam. botihel: 4<^- 
/ASï, lat. psa/tnui ; flam. et allem. salm. (psaume); lat. 
avunadus , franc, oncle ; franc, emplâtre , allem. pflaster ; 
flam. plaester ; franc, histoire, angl. story, etc. 

V Apocope retranche une lettre ou une syllabe i la fin 
des mots : Dom pour Dominus ou Domnus ; lat. cornu, 
fr. contf ( celto-brel. Jtor»; lat. pavo, allem. y/i.:., Zi;v.. 
pat». 



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_ 118 _ 

La Syncope lupprime des lettres aa milieu des mots. 
Eiemi^e : lat, bmedicert, fr. bénir, allem. bettedein: iat. ~ 
maledieere, fr. maudire; flam. wereJd (monde) , angl. 
world; lat. ridere, fr. rire; Iat. ituula, ilam. yul; ital. 
isola, ir.isle,ite; lat. obedicere, fr. o6A'r; lat. vita, 
fr. t>t>; lat. mmM (table), espagn. meta: allem, widder 
(temps) , Dam. weer; lat. trifolium , fr. (r^^«; lat. ovum, 
fr. œuf: lat. ocuIk* , fr. eàl, flam. oo^ ; lat. fa^Ia, 
fr. table, flam. fa/ï?/. 

VEpenthéte fait eatrer one on plusieurs lettres au mi- 
lien du mot dérivé. Ësemple : lat. tiuo (deui) , lat. duplus; 
celto-bretooiîaou, flam. dobbel, fr. double;a\]em. deppel; 
ital. doppio; lat. papa (pape), allem. pfaff: lat. porta 
(porte), atlem. p/cn-te, flam.poorf«;aDgl. plotc (chaTxae). 
flam. ploeg , allem. pfiiig ; lat. plvma; aflem. pfiaum; 
lat. pundtM (poids), Ilam. pond, allem. p/und. 

La Prothèse ajoute une ou plusieurs lettres au commen- 
cement d'un mot dérivé sans modifier le sens du mot pri- 
mitif. Exemple : raïaita, fr. gremuiUe ; aflem. et flam. 
winden (tordre) , espag. guindar ; allem. warten, fr. (/ar- 
der,\{a\.guardare', lat. «tudtum , vieux fr. ettinfe (étude); 
sanscrit mal, mlài , (étendre , fondre) , gr. [*%>,îiii, fl. tmel- 
ten, allem. $chmelzen; lat. sponsus, espoux (époux). 

La Paragogue ajoute une oa plusieurs lettres à la fin 
d'uo mot , qui reçoit de cette adjonction une forme dialec- 
tique , ou celle cnractéristiqne d'une langue congénère. 
Exemple : coucher dans le dialecte picard cot^er ; celt.- 
bret. ici, fr. chien; fl. hund, allem. hund ; lat. eor, fr. 
camr, fl. hert, allem. Aerz, etc. 

Nous ne nous arrêterons pas davantage à la nomenclature 
de formes leiicographiqnes ; ce serait rappeler des distinc- 
tions grammaticales poussées jusqu'à la subtilité. Ce que 



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— 119 — - 

la scotastiqae da moyenne considérait comme importaat 
dans son enseignement , serait aujourd'hui un embarras dam 
la pratique. 

Le radne est l'eipression d'une idée principale. Si au- 
tour de cette idée viennent se grouper des idées accessoires, 
le mot-racine se modifie ; il eiprime par les lUodiGcations 
qu'il subit ces idées accessoires , et devient le radical d'un 
mot nouveau. L'idée principale reste adhérente au radical, 
l'idée accessoire est rendue par la forme nouvelle de ce mot. 
Exemple : preiser , pression , impression , impressionner ; 
presser est la racine de pression et d'impr.euion , et tm- 
pression est le radical d'impressionner. 

En sanscrit, tout mot procède d'nne racine monosyllabi- 
que qui n'existe qu'à l'état abstrait et dont le sens est ver- 
bal ; en d'antres termes, le verbe est le générateur des mots 
sanscrits. L'école brahmanique les a décomposés , et le 
nombre des racines qu'elle a recueillies s'élève à environ 
deux mille. 

C'est de ces monosyllabes que descendent les langues 
indo-européennes. Sans doute , on ne les y trouve pas dans 
leur état organique; ils sont usés, vieillis, déformés. Aussi, 
pour connaître l'histoire de nos langues , il importe de re- 
chercher la forme primordiale, originelle, des mots dont elles 
se composent, de rétablir ces mots dans leur pureté et dans 
leur intégralité primitive. Et pour atteindre ce but, il faut 
aller du connu à l'inconnu , dresser le tableau généalogique 
de chaque mot et remonter degré à degré jusqu'à une ra- 
cine commune, ou au moins jusqu'au point oii les documents 
historiques commencent à faire défaut. De savants philolo- 
gues ont tenté ce travail : Grimm , Goldsmlth et Bopp en 
Alleroagoe . Wilson en Angleterre , Chavé en Belgique, 
EichofT, Pictet, de Lattre, Jehan et Benloew en France, ont 



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— 120 — 

démontré que les langnes de l'Europe sont filles du sans- 
crit, l'idiome sacré ijui se parlait sur les bords du Gange, 
quinze siècles avant l'ère chrétienne. 

Avec ces auteurs, on assiste , pour ainsi dire, à la nais- 
sance des mots qui constituent notre langage. On suit les 
phases de lenr développement , on les voit se former : 

1° Par dérivation , 

2° Par composition , 

3° Par agglutination. 



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DÉRIVATION 



La dirimtion a pour objet soit de changer , soit de mo- 
difier sealemeot la «gnification d'an mot racioe. ' 

Le premier mode s'accomplit ^a moyen de certaines syl- 
labes générales aniqnelles s'attache une idée de négation , 
de séparation , d'opposition , d'amoindrissement , etc. . 
syllabes qui se placent indistinctement devant le thème du 
mot qnel qn'il soit « et que l'on nomnae préfixes , à canse de 
la place qu'elles occupent dans la partie dn discours ; par 
eiemple : heweux, nAJÀtureux; gtluk ovgeluk, etc. 
Dans ce cas , l'idée principale est représentée par le radi- 
cal heureux , geluk , etc. , et l'idée accessoire par mat , 
on , etc. 

Le second mode s'accomplit par un changement de 
flexion et de rôle dans le discours , et demande ponr cha- 
que mot modifié une désinence ou terminaison particnlière 
adaptée & ses inflexions et à ses autres propriétés. Les dé«- 
nences on termÏDaiiionsdont il s'agit se nomment «u^/ffCM, 
parce qu'elles ont leur place après le thème ; elles servent 
à Taire distinguer le substantif du verbe , l'adjectif du subs- 
tantif; et dans le sofostantif on l'adjectif : le genre^ le 
nombre et le cas ; dans le verbe : la personne , le temps , 
le mode et la voix. Exemple : de la racine sanscrite ad 
(manger) , sont dérivés : le grec i^-iir (manger) , tJ'-uJ'n 
(aliment), iS'-e^ifi.ot (mangeable) ; le lat. eti-ESE (manger), 
ed-xi. (mangeur) , ed-CLis (mangeable) ; le gothique it-k ; 
l'angl. eat: le flam. eel-vn ; l'allem. ««5-en , atz-zn (man- 
ger) , ejj-£R (mangeur) , e«-BAR , (mangeable) ; le titboa- 



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_ (22 — 

nien ed-m ; le galliqae i^haii ; le rymriqae es-o ; le celto- 
breton (k) asl-isk et (bo) et-A; le basqne az (Doamr) , az- 
LK (nourricier) , a>ui (noDirisson) ; az-coR , (oonrris- 
saot] , az-fîUREi (noarriture) , {y) at-nh. (manger] , (che) 
at-CEA (m&cher) ; le provençal (m) ost-ESAR , (tn) a-CHAR , 
(m) osc-avl et (m) att-icAR ; l'ital. (m) oiI-icare ; le 
Tranç. (m) â-CHoisEs, (m) (uMcatioh, etc. 

De la même raciae sanscrite ad dérÎTent le lat. {p) m- 
COB , (p) ast-vs, (p) ait-OR, {p) mt-VBA; le fl. (m) est, 
(m) tsf-EN (engrais) , (m) t(t-fioop (ramier) ; l'ancien al- 
lem: (tu) est-i; l'allem. moderne (m) tuf; le celto bret. 
(bo) ed, (p) a«-KADDB; le basqne {b) a>CATCBA , ar»- 
AiNA ; l'it. etie h. [p] (U(-orale, etc. 



Le sanscrit possède les préfixes snivants , que nous re- 
trouvons dans les langues de la France, savoir : 

1' ÂTI et ADHI. Quoique nous réunissions ici ces 
deux préfiies , le premier diiïère cependant du second , en 
ce qu'il marque l'excès , la prééminence , la situation au 
delA d'Dn terme , le passage d'un endroit dans un autre, 
d'une époque à une antre , d'une situation Jt une autre , 
la transformation , la mutation , tandis qa'adhi indique ta 
supériorité d'un objet relativement à no autre, une action 
faite sur quelque chose , au-dessus, par-dessus , en haut , 
et représente la priorité d'ordre relativement aux personnes , 
aux choses et au temps , etc. Nous avons réuni ces deux 
préfixes qui ont presque le même sens . parce qu'il est sou- 
vent difficile , impossible même, de les distinguer dans les 
langues européennes. Leur racine sanscrite est at , qui 
signifie se mouvoir en haut , en avant. 



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— 123 — 

Les préfixes ali (sur, devant) ou adki (vers) sont con- 
servéit dans le ftamaDd &T>vys (avis) , da vieux latin advisare 
(voir BD delà, aa-dessus); dans le basqae ADorrafcra (ra- 
ser , dépiolir de fond en comble) ; dans le celto-irland. adh- 
bkadh (habitation); dans l'ajlemand ATtesttren (attester, 
témoigner sor) ; dans le provençal ADr«(. koreeh (adroit, 
habile au delà ) ; dans l'espagnol A-rrevido fhardi) ; dans 
l'italien ATtdôsio (sur le dos) ; dans le français njtdiUm (ac- 
tion de donner en sas). 

2° ÂNU, après , sur. Il ajoute i la signification du mot 
ane idée de postériorité. Ce préfixe paraît s'être conservé 
dans le grec «ra; mais il est perdu dans les langues usi- 
tées en France , à l'eiceptlon toutefois des mots dérivés du 
grec, comme Afit^piisme (doctrine qui consiste à Taire bap- 
tiser après un premier baptême ), Atiadème (ornement der- 
rière la tête) , etc. Peut-être le préfixe anu se retrouve-t- 
il dans le flamand AKltcoord , dans l'allem. AHfworf (réponse, 
parole après) ; dans le basque xsaya (le frère), pour Afiaila 
(après le père) î Mais il existe dans le celto-breton Avavut , 
AHatiesen, kmaoul (connaître , savoir après). 

3° ÂNTAR. Ce préfixe marque l'occupation totale ou 
partielle d'un espace compris entre deux limites ou d'une 
période comprise entre deux époques ; en outre la sépara* 
tion , le partage , la scission , la distinction , etc. Il est en- 
tré dans le flamand Gff^mttscheidm (discerner) ; dans l'alle- 
mand CNTER^echm (interrompre); dans le basque imteb^ 
diteea (intervlire); iNiaewa (intérêt) ; dans le provençal 
iMTEBrejno (interrègne) ; dans l'espagnol iNTEB^on«r (en- 
treposer) ; dans l'italien iNTBEcctar* (entrelacer). Le celto- 
breton ni les antres langues celtiques ne possèdent pas le 
préfixe antar. 

4° AVA (loin) et AFA (de). Ces préfixes ajoutent l'idée 



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— 124 — 

accessoire d'éloignemeat à l'idée prindpale da mot ample 
aaqnel ils sont joints. Ils se trouvent dans le flamand af- 
gaen (descendre) itvhaecken (décrocher) ; dans l'allpinand 
ABwendtn (détourner), AB«pannen (détendre) ; dans le celt.- 
irl. KBulabkar (mnet), Avlavar ea gallois; dans le basqae 
ABtatea (s'éloigner, partir), apo^m (abaisser, venir dehaat); 

. dans le provençal ABrougear (abroger) ; dans l'espagool 
XBortar (avorter) ; dans l'italien AS«>/vere (absoudre). 

5° API (auprès). Ce préfixe indique ane action laite sur 
«juelqae chose, an-dessus, par-dessns, en hant ; on le troove 
dans le flam. opgieten (verser dessus) , ophangen (suspen- 
dre); dans l'ailem.oBEN (au-dessus) et ses composés: dans 
l'italien oslalore (enchérisseur). Les langues celto-bretonne, 
basque, provençale, espagnole et française ne le possèdent 

. plus avec ce sens. 

6° A (vers) , ABHI (autour) et UPA (auprès , dessous). 
Ces préfixes marquent le mouvement , la direction , la ten- 
dance vers un terme, le rapprochement, la proximité, l'ang- 
meotation , etc. Ils se trouvent dans le flam. Axatreden 
(marcher vers) ; dans l'allem. Avfhangm (apprendre); dans 
le celt.-bret. Aohar (adorer) , AVharadk (adoration) ; dans 
lebasqne ATzartasuna (attention) ; dans le provençal Apor- 
tar (apporter) ; dans l'espagnol Afirmar (affirmer) ; dans 
l'italien Avpiacere (délecter) ; dans le Trançais AGgrettion, 
Achenuner. 

1" UT (en haut, dehors), quelquefois UD. Ce préfixe ex- 
prime une situation plus avancée, on plus haut degré on un 
très-haut degré dans l'action exprimée par le simple. Il est 
devenu préposition séparable dans nos langues , quoiqu'il 
jone aussi le râle de préfixe dans quelques-unes. Il est en- 
tré dans la formation du mot français ovlrej de l'italien 
OLtre. de l'allemand vaer, du flamand over, du breton 



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— 125 — 
a-xsi, a-ziovc'n, da provençal ovtra, et signifie dans ces 
langues « aa delà, aa-dessus. » 

8" NI (dans) et NIR {en bas). Ces préfixes d'une signi- 
fication assez vagne indiquent soavent la privation ; ils se 
traduisent en latin partn privatif et se trouvent 'dans l'al- 
lemand NiV, dans le flam. Nootf (jamais) ; dans le flam. et 
l'allem. jiiemand (personne) ; dans le celto-breton nikun 
(ancun); dans le basque sabarmena (incivil). neAot (per- 
sonne) ; dans l'espagnol Ktni^uno (nul) ; dans l'italien jiiuno 
(aucun) ; dans le français niant , neutre. Par métathèse , m 
peut devenir le privatif l'n qu'on retrouve dans l'allemand 
vnendbar (interminable), dans le flam. oîigeluk (malheur) et 
dans tous tes mots néo-latins commençant par le privatif in. 
Peut-être le préfixe sanscrit ni se retroave-t-il aussi dans 
le préfixe flamand mis , qui marque un défaut : utadaed , 
crime ; His&rucften t abuser; et dans le français Mtsuser? 

9" PARA (èi travers , au delà). Ce préfixe marque l'idée 
de faire une chose de nouveau, la réitération, la réciprocité ; 
de plus, l'augmentation d'énergie et d'elTorts, le retour i 
un état primitif. Il se retrouve sons une forme corrompue 
dans le flamand \F,vJcoopen (vendre) ; dans l'allem. veb- 
fàlgen (poursuivre); dans le celto-irl. FRGA^air (répondre) , 
FABTnotï (envie , jalousie); dans le français F&Èquenter (han- 
ter de nouveau , souvent) ; dans l'italien Fosquentare ; dans 
l'espagnol FKEcuentar ; dans le provençal VRFquenlar : 
mais il paratt avoir conservé sa forme primitive dans le bas- 
que PARafcea (exposer, s'exposer). 

10° PARI (auprès, autour). Ce préfixe indique l'action 
d'environner, d'entourer, ou l'état de ce qui est environné 
ou est entouré. 11 se retrouve dans le flam. VReetm (manger 
à l'entonr, goulûment, engloutir, dévorer); dans l'allemand 
FRefsen (dévorer) ; dans le celto-irl. FRAcora (serviteur, do- 



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_ 126 — 
mestiqae, celai qui entoure de soins), fbacot (servire) ; dans 
le bàsqne PARem (ce qui entoure, mur, paroi) ; dans le pro- 
vençal VARfumar; dans l'espag. PER/itmar; dans l'italien 
PRo/utnar« (parfumer) ; dans le français PABacAnier (achever 
tout autour). 

. 11* PRA (devant, avant). Ce préfixe eiprime la prio- 
rité, l'antériorité. Il te retrouve dans le flamand vooBgia^n 
(aller devant) ; dans l'allemagd voRilehen (être , se tenir 
devant); dans le celto-irland. Fonbaid (préposé, supérienr) : 
dans le basque roÉdicalquia (chaire) ; dans le provençal 
TBiîevar (prélever) ; dans l'espagn. vasparado (préparé) ; 
dans l'italien PuMludio (prélude) ; dans le français rninom. 

12<* Vi (sans , loin). Ce préfiie indiqoe la privation , la 
dispersion , l'éloignement. Il se retrouve dans le flam. we- 
duwe, dans l'allem. witlve , dans lecelt.-îrl. vtadhb (ces 
trois mots signifient o veuve ; » du sanscrit \id'ava , litté- 
ralement sans mari) ; dans le basqne Jorezlea (discerner, 
séparer, démêler) ; dans le provençal yeousa (veuvej ; dans 
l'cspagn., ymdez (viduité) ; dans l'Italien \^doviià (vi- 
daité) ; dans le français \ide , vider. Peut-être le sauscrit 
vi se retronve-t-il dans le préfiie flamand won , qui eiprime 
souvent la négation complète : VAnhoop , désespoir ; wan- 
orde, désordre ? 

13" SAM (avec,, ensemble). Ce préfiie représeùte une 
idée d'ensemble , d'abnégation , d'assemblage , de collée- 
tion. Il est conservé d'une manière intacte dans l'allemand 
SAMmeîn (recueillir,, rassembler, amasser) , sAumler (quê- 
teur) ; dans le flam. f'zAiiEit^aen (aller ensemble) , f'zA- 
MEskomen (se réunir) ; dans le celto-irl. skuhlmgk (compa- 
rer) et SAiaahnigk (accoupler) ; dans le provençal et le fran- 
çais SBMbltûtU , dans l'espag. svMejante et l'ital. smile , qui 
ont la même signification que le français ; quant an basque, 



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— 127 — 
il ne possède pas ce priQze. Le sah sanscrit est devenu wf 
en grec , et c'est coos cette fonne qa'il se tronve dans les 
roots français et néo-tatias dérivés da pec. Mais comment 
SAK a-t-il pa devenir eux en latin , eom , eon cm co en fran- 
çais? C'est nne question qneje me contente de poser etdont 
je laisse la solatioD aax savants. 

1 4° SU est l'opposé dn sanscrit dur, e}, implique le sens 
de bien, de facile, de bon. Le préfixe se se retrouve dans le 
flam. zmverheit (ctiasteté) ; dans le celL-irlandais sobkrtUd 
et scfrAratiJ (tempérance) ; dans le basqne sobertUcM (épar- 
gner) ; dans le provençal sobrament ; dans l'espag. et l'ital. 
so^'o fsobre) ; dans le français sobriété. Nous n'avons pas 
vu ce préfiie si bien conservé en allemand. 

15° DUR on DUS , implique le sens de mal. Ce préfiie^ 
dans la composition des mots, leur fait exprimer l'idée con- 
traire à celle da mot simple ou primitif. On le retrouve dans 
le flam. et l'allem. hvsUr sombre, {tter en llam. sigoiûe 
étoile, Inmière) ; dans le celt.-breton mider (noîrcear, atro* 
cité) ; dans le basque deus (néant) , DVEsere (rien); dans le 
provençal ovretal ; dans l'espag. mjreza ; dans l'ital. dd<- 
rezza; franc, mreté. 

16° Enfin, l'A privatif da sanscrit se retrouve dans le 
flam. Afaen (détourner les yeux) , dans l'allemand Abtcheu 
(horreur, le contraire de peur] ; dans le basque Agorra (sté" 
rile , privé de fumier) ; dans le celt.-4riand. E\gradha (en-* 
nemi, sans amour). L'a privatif a persisté dans 'tous les 
mots dérivés du latin on dn grec , qui ont cette initiale 
dans l'une ou l'autre de ces langues. 

Noos venons de citer les préfixes sanscrits qui donnent 
lieu à des rapprochements avec les langues de la France. 
Un sent a été omis , c'est prati , contre , versus , ednlrà. 
Nous n'avons pu le découvrir dans nos idiomes avec sa si' 



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— 1S8 — 

^ification de réristance et d'opposition. Le celto-irtandais 
le possède dans FBiTH6Aua/ad, réperciusïon , FEiTtukeare, 
amour matael ; peut-être le Qamand le possède-tnl aussi 
dans PBAEfen (disenter, résister par la parole) ? 

Mais nos langues ont d'autres préfixes qui lenr donnent 
une grande puissanre pour former des mots , et dont le sans- 
crit a probablement fourni le germe. Comme lui , elles ont 
aussi la faculté de former avec les préfixes des composés de 
pinsienni élémentu , comme insurmontable , indèfm (in -4- 
fiar-4-moatable, in -4- dé h- fini], etc. 



Nous avons dit que les suffixes sont des syllabes qoi s'a- 
joutent à la fin des mots simples. Ces syllabes n'ont pas de 
sens par elles-mêmes , et cependant elles modifient celui du 
mot primitif en lui faisant exprimer une idée accessoire à 
l'idée principale. 

Le sanscrit connaît trois sortes de suffixes ; ce sont 1". 
les hidanta qui sont les éléments primitifs du système de 
dérivation ; ils forment véritablement des dérivés et s'ajon- 
tent immédiatement aai racines ; 2°. les unâdi, qui ne sont 
an fond , suivant AI. Piclet , que des hidanla d'un carac- 
tère plus hypothétique , et doivent remonter à une époque 
de formation plus ancienne encore ; 3°. les tadd'ita , qui 
forment des dérivés de dérivés, et qui étant déjà le résul- 
tat d'un travail postérieur , offrent par cela menue moins de 
points de comparaison dans les langues indo-européennes 
en général. 

Il n'est pas toujours facile de saisir les suffixes sanscrits 
dans les suffixes des roots , appartenant aux langues aux- 



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— 129 — 

quelles ce livre est consacré. C'est que ces mots ne dérivent 
~ pas immédiatement du sanscrit, et ont subi l'action de 
mille accidents divers; ils ne nous sont parvenus que ré- 
trécis , étriqués , mutilés , après avoir passé par le grec , le 
latin et le gothique. \ous avons même des snfGxes que le 
sanscrit ne nous montre pas. Qu'on n'attende donc pas de 
nous un parallèle de mots à snlBxes sanscrits et de mots h. 
sufQies français , allemands , etc. Noos nous contenterons 
de reproduire ici la liste des suffixes sanscrits seuls , en re- 
gard desquels M. Pictet a placé ceui qui leur correspondent ' 
en celtique. M. de Ghevallet nous Fournira celle des suT- 
Gses latins et français , qui sont communs au provençal , à 
l'espagnol et à l'italien, comme langues néo-latines. Ensuite 
noDS donnerons celle des suffixes flamands et allemands , 
que nous ferons suivre de ceux de l'idiome basque. 

SDPTnES EANSCIItS. SUFFIXES CELTIQUES. 

A, nominatif singulier rémioin («ou «, a] ttte,a. 

, ' , 'Idésinencesdenomsd'agentsetd'adj.. ack,awg. 

At'u, désinence de substantifs abstraits adh, eadk, aelh. 

Ka, désinence d'adjectifs g, k. 

Ala, désinence de substantifs ail, el. 

^na, on, dés. de noms d'ag.,d'app. et de subs.abs. an, ain, n. 
Anta, désiD-d'appellaLiadj. et partie, prés. act.. anta, ont. 
As, désin. ordin. du nomin. sing. masc. (et, us), as, ais, eus. 

Am, désinence d'adjectifs ara, or, awr. 

Alu, désinence d'adjectifs ail, awl, 

lia, désinence de substantifs ail, al, ille, il. 

Jn, désinence de noms d'agents et d'adjectife. . . in. 

Ira, désinence de substantifs tV, ear. 

Is,i»'a, désin. desubs. etadject. des trois genres, is, eis. 
Via, désinence d'adjectifs awl. 



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Vra, déiiinence d'adjectih et appellatifs ara,aire,ar,oir,attr. 

Ti, désiaeai» de substaotirs abstraits te, t. 

Tr, désinencB de noms d'agents masculins (oiV, tra. 

Tra, subs. indiquantuniDStrum.etdésin-d'adj.. ira, dra,dtr, 
Na, gubst.abst.,8dject. et participes passés passifs, ne, n, ni, 

Pfag', désinence d'adjectifs nach. 

Ni, désinence de substantifs n. 

Nu, désinence d'adjectifs na? 

Md, noms d'action ^masculins ma, tne. 

Mon, substantifs et adjectifs. ,.,,. mhuin, mhaift, mk. 

„ '[désinences d'adjectifs mhar, mhor, vaur. 

Tu, désinence de substantifs t,th,dh. 

Ra, substantifs et adjectifs ra,re, radh. 

Van, participes passés actifs, noms d'agentsetadj. mh (1). 

snrnxu unns. scFFixts ruNçtis. 

Abilis sble. 

AcQS mue. 

Ago âge. 

Alis al, el. 

Andus , endus (2) aDd,end,aode,ende. 

Antia , entia aoce , ence. 

Anus an , aio , en. 

Arius, arium, aris 'aire , ier, er. 

Aster âtre. 



(1) On pedl foir dins le lirre de M. Piclcl sur l'Aginiié dci langiui eeliiii%n 
OHM U gaïukrii, du mots i iafHiti telliqncs corrospondant à d«s oioU s spISim 



(3) La lufliie Idin asdm, tKdiu, r^nd ta saffiic sinserîl dAya 
tfitf. Sinsc. udhi/a, qui doit èln tourmcnlé, qui doit tUe puni ; de ba, 
Tt/utpr\aie(, ittf/itiptti; CBCCiBni'iu, ite'riuim'e, — Dl CnEVALLit. 



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— 131 



Aticas, atiinim âge. 

Atus(etatii8di[niDatir) Bt, et, é (ettedim.). 

Ata ade. 

Ax ace. 

Ber , bris bre. 

BUis bile, ble. ' 

Buodns. bond. 

Cida ' cide. 

Cio, io; gétUlif, cionis, onis (diminutif) chon, che, on. 

Gidium cide. 

CdIus , cala , cnlam ( diminutir) .... cale , de. 

Cnodos coud. 

Dicus diqae. 

Elias,. ella, eliatn (dimiaotif) (!)•. . el , elle , eao. 

Easis ois , ais. 

Estris estre , être. 

Etats et , ée, a;e, aie, oie, 

Eas é. 

Facere, fîcare, fieri fier. 

Fer fere. 

Ficus , fîcium fique , fice. 

Fragnm , fragiam frage. 

Fugas fage. 

IHald and. 

Ta,BSQrE.jjj^^ ^j 

Ibilis ibie , ble. 

Icns ique. 

Idos ide , de , d. 

(1) L« snfDi* litin lut » pour ramipoiuUnl en unscril loj et tn gT«c Xtt > t" »i- 
limtnd In'fli tl. Ex. aanscril voftous, pelil vêtu; /luotuAOS , fort pelUj elc — 
Db Gnviu.1T, 



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- 132 — 

SdlDlM Utio». Snin la fnDfû. 

Ilis ile , il. 

Illare iller. 

IIIds , tlla , illam { diaûnutif) ille. 

Inus (etintfg diminatiT) in , ine. 

Itia,ities itte, ice, esse. 

Itodo, ado, génit. ndiois itude,ade,tBme,nmi 

LentQS, lens leot. 

Hen , meiitDin ment. 

OIos , oIb ( diminatif ) oie , ol , eal , eait. 

Or eur, our. 

Osas ose, eus, n. 

Sio, génit. sioois sion , son. 

Sivus xif. 

Sor t seur. 

Sorins soire. 

Soriam soire , soir. 

Snm SBre. 

Stus , estus. .....'. ste , este , é(e. 

Tare.. ter. 

Tas (1) , itas, etas té, ité , été. 

Tio , génii. tionis (2) tion. 

Tivos (3) tif, if. 



(tJLesnSxefiu» pour «nre^ondtnt cd sinseril Is suffiic ta, «t «a grec le nf' 
fiienif. Sanscrit: DiiWÀia,diTinilé; grec: BEIOmt, iqaD«;Iilin:Dminfiu. 

(S) LesuSic Itlia lio, no a pour eomsp<ndlBl en siDMntlcsnffin lit , cl en 
grcclBsulGierij, SonsErit'. wrxpXRd't, acliDR d'acquérir, adjaisition; sputiMf, 
action de comprimer, compression; snaiù, action d'éleadrc, eilenslon. CcsBcnes 
idiesaantreiidiiesengr«cparâNBii«,KATAniEn(,ÉETAii{,eltii latin par 



(3) La anffiia Itlnia a piNir corraspondant an aannril tavgat, et «n gntraes. 
Suitail%rmktmsat,tMafiiiit; nABBOroai, Ui fonni dnsolEMUtia asilfvMi 
jtViu, at Don pu ivm , comme le sappasenl la plupart des leiicographta. 



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— 133 — 

SoB» iMiOb SdIBim biofiu 

Tôt (1) teur , eur , tre. 

Torius toire, 

Torium f toire , oire , oir. 

Ttira tore 

Ura ure. 

Utus, ata ( diminutif ) ot, otte(2). 

En rapprochant qnel(|nes-uns àes safHxes latins de ceux 
du sanscrit , os ne sera pas sens remafqoer les rapports qui 
existent entre enx et par conséquent entre le provenc»! , 
l'espagnol, l'italien et le français. 

Le Qamand et l'allemand présenteront semblable ana- 
logie. 

svFFixis ÂNOLo-suons. 

Hais entre ces deux dernières langues et le sanscrit, il 
y a , comme pour le français , on intermédiaire qui a avec 
l'idiome indien des rapports pins intimes; il est aassi 
ancien que le gothique et que l'ancien haut-allemand: 
c'est l'aoglo-saxon. 

Nous plaçons donc en regard des suffixes anglo-saxons , 
les sufBxes flamands et allemands. 



(!) Le tnlEu i«r * poir cornspondiiit m MMcrit tar, tt m grtc taptrup. Hia- 
crit : Bi-for, dunncnr; grec: Aûmp on Aûmp, Ulio : mfor; le grée: SXISmp 
on SSIZrnp, Ut. «viiar dérive du sanscril lAiTiar. — Os Chivillit. 

(3) Poar siToir quelles sont let Hta nprimées par rliicNù des sufGia ItliniS et 
[raii{ai», on pinl tuiïniter le beanlivredell.de CheTallelîOMjiMrf/brBia/Mm 
dt la langm f^ansaist, (oin. Il, p. 518 cL «lir., p. 381 el idït. 



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— 134 — 

SUBSTANTIFS. 



1. a (upprïin^, er, te. .. suppnmé,oubimeT. 

2. D , o tupprimii nt^rimiê. 

3. ère er er. 

i. end and , ancler and. 

5. e e e. 

6. el,ol,eb,l.. el, I el, I. 

7. ing, DDg.. ÎRg nng. 

8. lÏDg liog, ke, ge (goe), tje liDg, leîn, cheD. 

9. warii .... naer ner. 

10. estre ester...; inn. 

11. en in .. .' e. 

12. bàd, ot . . heid heit, keit. 

13. scype,3cipe.. schap schaft. 

14. ddm dom thnm. 

15. d,t,dh,th. d d.t. 

16. nes,nyg,ni9 nisse niss. 

17. ern er er. 

ADJECTIFS. 



1. e supprimé tupprimi. 



2ig 

3. Hc 


••■ 'S 

••• 'ïl 


ig. 

.... lich. 


5. iic 

6. en 

7. bœre... 


... ig.iich.... 

. .. en 

... bar 


.... iich. 
. . .. en, ern. 
.... bar. 



b, Google 



s. ed,d ed . d et, t. 

9. iht ig icht. 

10. weard woordig viirtrg, 

11- tig tig ïig. 

12. ode , (odhe). eode efante. 

13. feald mal falloumal. 

Suivant de loin U. de Chefallet, qni a savamment dé- 
montré à quelles idées correspond cbacno des sufBxes la- 
tins et français , nous essaierons de dire aussi quelles sont 
les idées exprimées par les suffixes flamands et allemands. 



let 2. A, U, O. — Les suf&xes anglo-saions en a, 
u, 0, servent à exprimer l'idée d'une personne qui commet 
une action, ou de l'action elle-même, ou d'une qualité. 
Ces terminaisons sont supprimées en flamand et en alle- 
mand , ou bien elles sont remplacées par un son sourd. 
Exemple : angl.-sai. yrfenumA ; flam. erfgenaem : allem. 
erbe. Angl.-sax. mamJag'A , meurtrier ; flam. manslagvxL : 
allem. manschlàgKS. ( littéralement frappeur d'hommes). 
Angl.-sax. gemank, flam. gemeeniz, allem. gemeinoE. (as- 
sociation). Angl.-sax. hœtv , chaleur, flam. hiitz, allem. 
hitZE-, angl.-sax. manigeo ou mœnigv , la plupart; flam. 
menig , allem. manchEA. 

3. EBE désigne te genre masculin. Exemple : Angl.- 
sax. sœdere, semeur, en llam. et en allem. \'e 8nal est 
supprimé , fl. say^n ; angl.-sax. ysrUeas. , flam. sckrivEB. : 
allem . tchrnbEa. Ce sufGxe correspond en suffixe or latin et 
au suffixe eur français. 

4. END. C'est le participe actif en mdede l'anglo-saxon, 



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— t36 — 

qaî a formé des substantifs par la suppression de Ve final. 
Ce dérivé est très-rare en llamand et en allemand. Exem- 
ple : angl.-sai. hiélmn) , sauveur, flam. heilAvo, allem. 
heilAmt , du verbe heelen et heïlen (guérir) . Ce sufGxe cor- 
respond au suffixe ans et ens latin , et à celui en ant et ent 
français ; en flamand il forme vyand , ennemi. 

5. E sert à changer des adjectifs en substantifs abstraits 
du genre féminin et marque une propriété. Exemples : 
aogl.-sax. cyhj froid, de l'adj. cold; flam. hoelte., de 
l'adj. koel , ellem. kiihlz , de l'adj. kûhl. 

6. EL, OL , ELS, L indiquent ordinairement le genre 
masculin ; ils se changent en el ou l en flamand et en alle- 
mand. Exemple : angl.-saion gyràvi. ou gyrdoL, Une cein- 
ture, flam. gorgEL, allem. giirtEL; angl.-sax. sticcEis, 
pointe. Dam. steekEL, allem. staehzL. Le suffixe el s'em- 
ploie qaelquefois dans l'Allemagne méridionale pour mar- 
quer les diminutifs. Il dérive du sanscrit las , et attache l'i- 
dée de petit au mot auquel il est appliqué , comme le latin 
ellus et le frunçais el dans sealpEL, petit instrument tran- 
chant. Le suffise el placé en Ramand après un substantif 
désigne aussi quelquefois ub diminutif: wegEL, petit che- 
min, de weg, chemin; — après un verbe, il signifie un 
instrument : sleulBL, clef, de sluyten, fermer; bettEL, ci- 
seau, de byten, mordre. 

7. ING, UNG. Ces terminaisons restent itij)' en flamand 
et ung en allemand. Elles se joignent i" aux substantifs et 
indiquent la maltiplication de l'objet désigné par le radical; 
2" aux verbes , et désignent l'action , l'état exprimé par le 
verbe ; 3° aux adjectifs, et indiquent une chose , un état de 
l'espèce exprimée par l'adjectif. Ce suffixe correspond au 
suffixe latin inus et au français an, atR,tn, gien. Exemple: 
angl.-sax. wodeniNG , descendant ou adorateur de Woden ; 



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— 137 — 
flsm. toodflniNG, allem. wodenma; mgl.-sas. onbrynnGt 
troable; flam. uerMMirnKG, allem. «crwirrDNS , ang.-sar. 
gesutnnvsG, assemblée; ûam. zamehvG,a.\iem. mmmlvsG. 

8. LING sert en anglo-saxon à former des diminatifs et 
<]aelqQefois semble impliquer mépris. Ce soffiic reste en 
(lumaDil et en allemand ling, oa bien il devient en Oamaud 
ken, ke, ge (prononcez (}ue),j'm, tje et lyn, et en allemand 
iein, cken, mais avec cette différence que tes diminatifs ter- 
minés en chen appartiennent an st;le familier, tandis que 
ceux en lein sont employés dans nn style plus relevé. Exem- 
ple : lytLviG , petit enfant, allem. kindimn, AindeCHEN ; 
Qam. kindeK'Efi , kinnegaa , kindjE, kindetis; angl.-sax. 
auepusG, petit garçon; llam. knapujiG. Les sufQies ling 
et lein dériventdu sufBxe sanscrit la», en grec Xo«, en la- 
tin lus. Sanscrit : vatsaLks, petit veau, de valsas (veati), eo 
latin vt^uLus. 

9. WARU indique en anglo-saxon tes habitants d'nne 
contrée ou d'une ville. Ge sufBxe correspond aux suffixes la- 
tins anus et ensiset aux français an, atn , en, ois et ais. Il 
devient er en flamand et en allemand. Exemple : aogl.- 
sax. 6urAwAHiT, bourgeois, habitant dn bourg; flam. borgEA, 
allem. biirgER. 

10. ESTRE. Ge suffixe est en anglo-saion la terminai- 
son d'un nom féminin actif et correspond au suffixe latin 

- 0^1 et au français ose , eux , euse. Ge sulBxe se change en 
flamand en tter et en inn dans l'allemand. Exemple : angl.- 
aAï.sangeslre , une chanteuse, sangstEB., allem. sangenm. 
H. EN forme en anglo-saxon tantôt des substantifs 
masculins , tantàt des neutres ; pour les féminins , ce suf- 
fixe correspond au suffixe allemand inn; ponrtes neutres, à 
l'allemand e. L'anglo-saxon weslen , désert , devient woes- 
ftJN en flam. et urustE en allemand. 



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— 138 — 

12. HAD désigne en anglo-saxoD une qualité bonne on 
mauvaise. Ce sufliie correspond à la désinence latine las , 
en.français lé,eise change en heid en flamand , en heilet 
keil en allemand. Exemple : angl.-sai. cildnAV, enfance , 
flam. kindsBvat , allem. kinda^. — 11 se joint aux ad- 
jectif pour en former des sobstantifs qni marquent la qua- 
lité. 

13. SGYPE et SCIPË signiSent la chose on l'état que 
produit ce qni est annoncé par le mot radical. Ce snffixe 
correspond an suffiie flamand tchap et à l'allemand sclwtfi. 
Exemple : angl.-sax. /rnmdsciPE, amitié, flam. vrienA- 
scHAP, allem. /reundscHAFT. 

14. DOM marque l'ensemble de tous les rapports qui 
se rattachent au mot que cette terminaison accompagne , et 
correspond an flamund dom et à l'allemand Ihxan. Exemple : 
angl.-sax. cmtenDÔH, christianisme, flam. crftrwtmtMM , 
allem. cArûfenTHUH ; angl.-sax. eynnttu/noH , royauté, 
flam. hmingaon, allem. ftont^THVH. 

15. D, T, DH, TH. Les mots anglo-saxons terminés 
par ces suffixes sont pour la plupart féminins. Exemple : 
angl.-sax. dugwm, vertu, flam. deugo, allem. tvgetta. Ces 
suffixes marquent une propriété. 

16. NES. NVS, NIS marquent l'état on l'action. Les 
mots tenninés par ces suffises sont féminins. Ces terminai- 
sons sont niise en flamand et nt5« en allemand. Exemple : 
angl.-sax. geiien^, similitude, flam. gelykemsSE, allem. 



17. ERN forme en anglo-saxon des [noms neutres indi- 
quant une localité. Ce suffixe reste tantAt le même en fla- 
mand et en allemand , tantdt perd la finale n. Exemple : 
angl.-sax. W^ern, cave, flam.Ae^dEB, allem. keliva.. 



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1. E est une termioaison qai , en anglo-saxon , semble 
propre aux adjectifs. Ce snllixe est sapprimé en flamand et 
en allemand. Exemple : angl.-sas. gemœnE, commun, flam. 
gemeen, allem. gemein, 

2. IG indique la possession. Ce suffixe reste le même eD 
flam. et en allem. Exemple : angl.-sax. «^IdiG, coupable, 
flam. et allem. schuldiG; weliG, flam. tceldiG. 

3. Lie marque conformité, ressemblance. Ce sufBxe 
devient lyk en flamand et lieh en allemand. Exemple : 
angl.-sax. gastuc , spirituel , flam, geesletYiL , allem. 
geistLiCB ; angl.-sax. weruc , mâle , mondain , flam. 
KereldhHK-, allem. weltucn. 

4. SUM indique la disposition, l'inclination, devient sam 
en flamand et en allemand. Exemple : angl.-sax. gehyr- 
SCH, obéissant, ilam. gehoorsAu, aWem.gekorsjM, angl.- 
sax. langsviis , lent, flam. et allem. langsMS. 

5. ISG exprime ridée de rapport, d'appartenance, de 

conformité, de dépendance, disposition à Ce sufBxe 

devient sch en flamand et iseh en aUemand. Exemple ; 
an'gl.-sax. englisc, flam. engelscB, allem. engliscn; anglo- 
saxon cildisc, eofantio, flam. kindsca, allem. kîndisca. 

6. EN indique la matière dont nne chose est faite. Ce 
suffixe se conserve en flamand et en allemand ; cependant 
il se change quelquefois en em dans cette dernière langue. 
Exemple : angl. sax. sylfrEîi , d'argent , flam. jst7verEN , 
allem. n76EHit. 

7. BŒRE marque la propriété , la capacité , la produc- 
tion , tantât dans un sens actif, tantAt dans un sens pas.'iif. 
Ce suffixe se change en bar 'en flamand et en allemand. 



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— 140 — 

Eiemple : angl.-snx. wBStmBOEtE, fertile, flam. vrucHt- 
BAB, allem. frucktBAR. lE correspond au suffixe latîo fer, 
fertu. 

8. ED , D. Ces tennÏDaisons indiquent qne la personne 
ou la chose est pourvue de l'objet eiprimé par la racine du 
mot ; elles restent les mêmes eu flamand, maïs en allemand 
le dit change en (. Exemple : angl.-sax. ge^ebi», chaussé, 
flam. getchoem, allem. hesckVihT % angl.-sai:. gehymea , 
corna, fl. j/Moomn , allem. gehomT. 

9. IHT conVspond au suflixe osvs des Latins et au vat- 
6xe eux des Français ; il exprime l'idée de quelque chose 
qui contient, qui ressemble. Ce suffixe iht devient ig en fla- 
mand et igt'oM icht en allemand. Exemple : angl.-sax stem' 
IHT, pierreux , flam. jteeniG, allem. steitiiGT , c'est-à-dire, 
qui contient de la pierre, qui ressemble à de la pierre. 

10. WEARD exprime la situation ou la direction ; ce 
suffixe est woordig en flamand et icàrtig en allemand. 
Exemple : angl.-«ax. andwEkav , flam. ^(/«nwooBDiG , al- 
lem, j/ef/fflWABTIG. 

11. TIG forme les dizaines dans la numération, ne va- 
rie pas en flamand et devient zig en allemand. Exemple : 
angl.-sax. fifriG, cinquante; flamand, vijfria; Bllemand 
funfiiG. 

12. ODHE fonne les nombres ordinaux et se change en 
ende en flamand et eknte en allemand. Exemple : angl.- 
sax. teoDHE, R. (leNDE, allem. smwrv. 

13. FEALD forme des multiplicatifs de nombres. Le 
correspondent de ce suffixe est en flamand keer ou mal , en 
allemand fall ou mal. Exemple : angl.-sax. seofonwEAto, 
sept fois, flam. seveimAL, allem. siebmuAL. 



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K La langue que psrleat les Basques, étrange pour noDS, 
dit M. Boudard dans son beau livre sur la Nutnismatigue 
ibérienne , est aussi étrange que le peuple lui-même ; elle 
n'a aucun rapport, aucune analogie avec celle des peuples 
qui l'entourent. » Cette proposition nous paraît trop ex- 
clusive. Nous croyons au contraire que la langue basque a 
obéi aux mêmes règles de formation que les langues qui 
l'entonrent, mais qu'elle s'est arrêtée dans son développe- 
ment. M. Boudard confirme lai-mêpie notre opinion , lors- 
qu'il dit : « Tout radical (basqne) a un sens , forme un mot, 
et se retrouve toujours dans les dérivés. » C'est ce que nous 
avons dit en parlant de la différence qui existe entre la ra- 
cine et le radical. Le basque a donc des dérivés comme les 
autres langues de la France et de l'Europe ; peut-être pas 
autant que le français , parce qu'il sait mieux que lui former 
des mots composés et qu'il en possède un plus grand nom- 
bre. C'est là une des raisons de la physionomie spéciale que 
le basque conserve au milieu de nos langues , et ce qui ex- 
plique pourquoi nous n'admettons pas au nombre des suf- 
fixes bien des désinences ou terminaisons de mots basques, 
Lft plupart de ces désinences on de ces terminaisons sont en 
effet de vrais mots , ajoutés au mot principal pour modifier 
l'idée primitive qu'il exprime. Or, ces mots ajoutés ont an 
sens par eux-mêmes , tandis que les sulïiies proprement dit» 
n'en ont pas; ils ne forment donc pas des dérivés, mais 
des composes. Exemple : stnAesïea, foi, croyance; sinkets- 
BEBA, crédule, sinketsGORRA , incrédule. Sinhetsbera est 
un dérivé de sinheslea , parce que le radical sinkestea est 
modifié par le safSie bera qui n'a pas une signification pro- 



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— 142 — 

pre. Hais o'nAebGoRRA n'est pas an dérivé ; c'est nn com- 
posé, parce que la désiaeDce jjiorra est un mot ayant an seos 
propre. SinhettGO^RX (iocrédule), signifie littéralement 
a soard à la foi ; n de gorra > soard , et tinhestea , foi. On 
verra plas loin le système de la componft'on des mots. Ce 
qni nous occdpe en ce moment , ce sont les dérivés par ad- 
jonction des suffixes , réduits maintenant à n'avoir pins 
qu'une esistence purement relative, après avoir été proba- 
blement k l'origine des mots significatifs ; d'où il résulte- 
rait , selon M. Pictet , que la dérivation est née de la com- 
position. 

Voici les principaux suffixes basques : 

1 . ARLA.. — Tratui^siK , marcband , de tratua , com- 

merce; trufa, raillerie, fru/ÀRiA , railleur. 

2. AUNA. — £<co/abiîa, écolier, d'wcoia. 

3. B£RA. — SinhelsBSim , crédule , de sinhestea , 

croire. 

4. BIDEA. — ^ lYatumvEk t marchandise , de tratua ^ 

commerce. 
' 5. CAI. — AzCAi, nourrisson , d'az, nourrir, 

6. COR. — ^zcoH, nourrissant, d'ax. 

7. CUNDEA. — BeracxssDEk , écfaaafTement , de berot- 

cea , échauffer. 

8. CUNZA. — HautacjmiA , élection. 

9. GURRl. — j4zctirhi, noorritnre, d'az nourrir. 

10. DURA. — ZofiolDCHA, élargissement, de sabalcea, 

élargir; alchamsBA, élévation, A'alchatcea, éle- 
ver ; bamaovRA , enfoncement, de bamateea , en- 
foncer. 

11. GARRIA. — AdmiraGAÀRiA , admirable, adora- 

GARRU , adorable , agradoGÀRtLix , agréable. 

12. LE. — ÂzLE, nourricier, d'az, nourrir. 



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— 143 — 

13. LEA. — EioribalzaitEK . écrivain, i'egcribatcea , 

écrire. 

14. LUA. — Ederzaitvk, embellissement, d'edercea, 

embellir. 

15. MENDUA. — GutiaSNDVk. , dimination , de guU , 

pen; «rcicïoMENDCA , empérhement , d'errebelai- 
eea , empêcher. 

16. ONIA. — EscribomA., écritoire. 

17. QUERIA. — ThnnQjjERiA. , saleté, de /Anna, sale. 

18. SIA. — WAusiA, vue, d'ikhus , voir ; tre6psiA , ad- 

versité. 

19. TADE. — /i(;AugTADE, considération . 

20. TASIINA. — Gti/tTASUHA , amoindrissement , de ■ 

,911(1, peu; AardinTASiiNA , égalité, de bardina, 
égal ; AaurrASDNA , enfance , de haurra , enfant ; 
sinhelsberansusx , crédalité , de sinheslea , foi ; 
gasteTAsvwx , jeanesse , de gastea , jeune. 

21. TEA. — WAusTEA, vision, A'ikkus, voir. 

22. TETARA. — «Austetaka , en vue , d'ikkus. 

23. TSUA. — VtemaTsvA, sectaire, de tkema , secte; 

hostOTsvx , feuillu , d'kostoa , feuille. 

24. TUA. — r«7aT0A, toit , de («7a. toile. 

25. TURA. — UanrvvjL , enflure , A'hancea , enfler. 

Si l'on rapproche les suffixes basques de ceux de la langue 
latine , on sera frappé de l'analogie qui existe entre qnel- 
ques-ans d'entre eux , comme iode et le lat. tas ; (tira et 
le lat. (ura; aria et le lat. taiits, aris; cor et le lat. or; 
auna et le lat. anus , etc. Mais les sufBxes basques le et 
• bera se rapportent peut-être davantage à la souche tudesque , 
el et bar , que nous retrouvons encore dans l'allemand mo- 
derne. Cette hypothèse n'a rien de hasardé , car la langue 
basque possède des mots qui ne sont pas étrangers à celle 



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— 144 — 

de la vieille Germaaie. Eiemple : Basq. gaztea , jeune , 
goth. gastfsj , garçon généreux , sanscrit ghat. — Basq. 
gathea , chaîne , ancien allem. keltn, suédois kedja , gai- 
liqae chaden, — Basq. aldia, fois, tour; angl.-sax. feaîd. 
— Basq. asta , timon , Qam. as , angl. asse ; sansc. aksas , 
de [a racine ojb ou a«A , allonger, étendre. — Basq. berris, 
derechef, de nouveau, corres|iond au préfixe Qam. et 
allem. ver et «r, qui exprime l'idée de répétition. 1ère éo 
françab. — Basq. cilarra, argent. Dam. zelver, allem. 
silber. — Basq. e&ar , l'un l'autre, Qam. eUcaer, elkan- 
der. — Basq. haria, fil, flam. garen. — Basq. katsa, 
haleine, flam. adem, aessem, — Basq. hazlea, nourrir, 
flam. aezen. — Basq. holza , froid , flam. koul. — Basq. 
huUa, vide, flam, uit. Quant eux rapports qui existent 
entre le basque et le celto-breton , entre le basque et le 
romano-provençal , on peut consulter le Tableau historique 
et littéraire de la langue parlée dmis le midi de la Fratwe, 
par M. Mary Lafoot ; on y verra une série de mots iden- 
tiques dans ces trois langues , et l'on aura une fois de plus 
la preuve de la communauté d'origine du basque avec les 
autres langues de la France. 



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COMPOSITION 



La compositioti consiste à former ud mot de deux oo 
plusieurs mots , ayant chacun une signification propre. En 
formant un mot composé , on a pour bnt de fondre deax 
ou plusieurs idées «impies en une Idée compleifi. 

« En général , dit U. Régnier, dans les mots composés, 
le dernier terme a seul une désinence ; ceux qui le préc^ 
dent sont des thèmes ou radicaux non infléchis. 

» Ces thèmes ou radicaux se joignent au mot qui les 
suit, tantât immédiatement, tantôt au moyen d'une voyelle, 
ou d'une consonne, ou d'une syllabe de liaison (1). u 

Daus le sanscrit, les composauts sont dépouillés de toute 
espèce de flexion ; ils sont réunis sotis leur forme primitive, 
et ce n'est qu'à la fin du composé que se trouve la flexion 
commune. Le flamand et l'allemand , le latin et les langues 
qui en proviennent , emploient tàntât des voyelles , tantôt 
des consonnes de composition pour lier entr'euï les élé- 
ments des composés. Les langues celtiques permutent les 
consonnes initiales fortes des seconds composants avec les 
consonnes aspirées ou douces quiteur correspondent, tandis 
que dans la simple juxtaposition cette permutation n'a pas 
lieu. Quant au basqne , tantôt il dépouille , comme le sans- 
crit , le premier , le deuxième , etc., composant de ses in- 
flexions , et y en ajoute un antre pour former le composé; 
tantôt il unit l'an et l'autre par une syllabe de liaison. II 

(I) TraM dt ta formation da meli grett , p: iU. 



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— 146 — 

forme en outre des mots dérivés de composés , mots que les 
Grecs nommaient composés obliques. 

La composilion se distingue de la juxtaposition, en ce 
que dans ce dernier procédé les deai mots gardent , eu s'u- 
nissant , la forme et la valeur qu'ils avaient avant leur 
union. 

Voici les diverses classes de composés que présentent ces 
langues : 

% I. Snbsiaiiiit avec substanlif. 

Flam. huisvrauw , mère de famille , épouse (littérale- 
ment : dame de la maison) , de huis , maison , et vrauw , 
femme , dame ; handsckoen , gant , de hand , main , et 
schoen , chaussure. — Allem. hausvater, père de famille, 
de kaus, maison, et vaier, père ; baumol, huile d'olive, de 
Jauni, arbre, et à'ol, huile. — Celto-bret. bég-douar, pro- 
montoire (littéralement : pointe de terre); karrkml, che- 
min de voiture; hentreûz, chemin de traverse. — Basque 
suhalama , incendie (littéralement : feu en Oamme) ; su- 
berria, feu de joie, ipa d'artifice (littéralement feu de fête) ; 
picohondoa , figuier (littéralement : source ou fond de fi- 
gues). 

A la différence du latin , dont elles dérivent , les langues 
provençale , espagnole, italienne et française possèdent très- 
peu de mots composés de deux substantifs ; elles emprun- 
tent bien au latin ainsi qu'à la langue grecque beaucoup de 
composés tout faits , niais elles n'en forment guère avec leurs 
propres éléments; et encore leurs composés de deui noms 
ou d'un verbe et d'un nom sont-ils plutât le résultat d'une 
simple juxtaposition. 



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§11. Substantif avec adjectif. 

Flam. nieutDJaer, le nouvel an , de nieutc , noaveaa , et 
jaer, an. — Allem. eigenltehe , amour-propre , de eigen , 
propre, et Uehe , amour. — Celt.-irl. coslotn , déchaussé 
(littéralement : pied nn); cosluatk, agile (pied rapide); 
archvain . élancé (corps menu). — Celt.-bret. droug-ioul, 
concupiscence (mauvais désir) ; eil-vuez , régénération. — 
Basque : sMelsgotra, incrédale (sourd à la foi), de sînkes- 
tea , croyance , et gorra , sourd ; bikotzgorra, impitoyable, 
cruel (sourd à l'aflection- au cœur) , de bihotza , cœur, et 
gorra , sourd ; guizona, l'homme, de guiza, forme, et ona, 
belle (belle forme, c'est-à-dire la créature par excellence). 

Le provençal, l'espagnol, l'italien et le français- ne four- 
nissent pas davantage des mots composés à cette classe qu'à 
la précédente. 

Sni.Subslanlitavec verbe. 

Flam . brandoUe , huile à briiler, de branden , brûler, et 
oUe, huile; drit^geld, le pour-boire, de drinken, boire, et. 
geld, argent. — Allem. brennol, huileàbrùler, de brermen, 
brûler, et ol, huile ; trinklied, chanson à boire, de trinken, 
boire, et Wed, chanson. — Celto-bret. ïrd-A^i, tournesol 
(littéralement : tournée au soleil), de fret, tourner, et kéol, 
soleil. — Celto-gallois ceis-glod , amoureux de la gloire 
(littéral, cherche-renom). — Basque kharremaitea, s'em- 
braser (littéral . donner de l'ardeur, faire du zèle) , de kharra, 
zèle , ardeur, etemaiUa, donner. — Provençal tmmasoli 
ital. lornasole ; espag. (jîrasol ; français tournesol (de tourn»' 



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— 148 — 

au soleil]. Le provençal , l'italien et l'espagnol ont la même 
origine, à l'eiception de girasol, qui dérive de girar, tour- 
ner, et sol, soleil. 

S IV. Verbe ou subsUntif avec prèposiiion ou adverbe. 

Flatn. voorreede , préface (littéral, avant le discours , de 
foor, avant , et reede , discours) ; anzten , considérer, om- 
zien , achteromzien , regarder derrière soi ; opzien , regar- 
der en haut ; aengang , première démarche, ingang, en- 
trée, uitgang, sortie ; doorgang, passage, marche à travers. 
' — Allem. vorlheil , avantage, (littéral, part avant, de 
tor , devant , et iheit , part) ; kinterlist , supercherie , de 
inler , derrière, et list , ruse. — Celt.-bret. dizougen, 
transférer (littéral, porter au delà , de diz , au delà, et dou- 
gen, porter) ; dizougadur , translation, transmigration; 
Réwerza , surfaire ; îes-}wmâ , surnom , les-heuvel , sur- 
nommer. 

Pour ce qui est du basque , on a dit qu'il ne connaît ni 
adverbes ni prépositions , et qu'il n'a que quelques conjonc- 
tions. Nous croyons que c'est une erreur ; mais il y a cette 
différence entre les adverbes et les prépositions basques et 
ceux des antres langues de la France , c'est que dans l'i- 
diome basque ces parties du discours ne sont pas séparées 
et distinctes comme elles le sont dans ces langues , mais 
inhérentes an contraire et ne formant qu'un seul tout avec 
les mois qu'elles modifient. Eiemples : campoan , au de- 
hors, en d'autres termes , campo-a-an , dans le dehors; 
egxaàà , avec vérité , véritablement , dé egia , vérité , et A» 
ou hin , avec ; baratugabe , sans cesse , de gabe , sans , et 
baralcea, s'arrêter ; bekarrarequin , au besoin , de beharra, 
besoin , et quin avec , avec besoin ; berrizsalcea , revendre , 



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— 149 — 

de berriz , de nouveau , et sakta , vendre ; bidegabea , in- 
justice, de bidea , droiture, et gobe, sans, sans justice; 
ber0lug(^e, sans s'échauffer, de berotcça, se chauffer, et 
gobe, sans, etc. 

Le français et les idiomes néo-latins, le provençal , l'ita- 
talien et l'espagnol forment beaucoup de composés avec des 
noms précédés d'une préposition on d'une particule inva- 
riable, comme : sur-nom, sur-laxe, d'oîi surnommer, sur- 
taxer, etc. Il suffit de consulter & cet égard les dictionnai- 
res de ces différentes tangues. 

Quant aux composés d'un ordre supérienr, c'est-à-dire 
ceui de trois , quatre , cinq éléments . etc. , le français , le 
provençal , l'italien et l'espagnol ont perdu la puissance 
qa'a le sanscrit, de rendre d'une manière concise et en un 
seul mot qaatre et cinq idées différentes. Généralement, 
dans nos idiomes néo-latins, les mots composés n'ont pas 
pins de deux -termes composants. Si qaelqne écrivain en 
avait créé qui en eût davantage , comme Iq poète latin qui 
a inventé le mot suovetaurilia, « sacrifice d'un porc, d'one 
brebis et d'un taureau, » ce serait'une exception justifiée 
pIntAt par un style comique que par le génie de la langue. 
Au contraire, le flamand , l'allemand, le basque, le celte 
et ses dérivés, forment avec une très-grande facilité des 
composés de plusieurs éléments , c'est-à-dire , d'un ordre 
supérieur , et offrent ainsi un témoignage de plus de leur 
communauté d'origine avec le sanscrit. 

Cette langue crée des mots comme celui-ci : nîca-kéea- 
çmaçrunakka, « qui a les cheveux, la barbe et les ongles 
courts » ; de kéea, « cheveux » , çmaçru, « barbe », nakha, 
« ongle » , nica , « court » . L'allemand dit : feldbaukunst , 
composé de feld, champ, bau, culture, et kunst, art, 
(l'art de la culture des champs, agriculture); goldberg- 



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— 150 — 

werk, composé de gold, or, berg, montagne, et werk, 
ouvrage, (ouvrage que l'op fait dans les rnootagnes qui con- 
tiennent de l'or ; eiploitation des mines d'or). Le Ramaud : 
tarwmmeelbtoem , composé de tarvoen , froment , meel , fa- 
rine, et bloem, fleur (la fleur de farine de froment}. Un 
auteur, voulant faire voir jusqu'où |»eut aller la combinai- 
son flamande, a fabriqué le substantif suivant, composé de 
huit mots et contenant 41 lettres : handhaefschersmeisen- 
makersleergezeljongen, de handhaef, manche, scher, raser, 
messen , couteaux , makers , fabricant , leer , apprendre , 
gezel, compagnon, jongen, jeune. (Jeune compagnon qui 
apprend chez an fabricant de manches de couteaux à raser, 
c'est-à-dire , jeune apprenti d'un fabricant de manches de 
rasoirs.) 

Un poëte irlandais a dit dans son langage celtique : oigh- 
fear'gruaigh-fhin-shiod'fkain-dhual-scaineogach , « un 
jeune bomme ayant de beaui cheveux de soie retombant 
épars en anneaux contournés. 

Le basque possède un système de désinences qui devien- 
nent adhérentes au mot et en modifient la signi6catioD , 
par des nuances aussi délicates qne variées. Ex. : handi, 
grand ; handieari , aimant les grands ; iumdiskia , grand de 
peu de mérite. — Guizona, la belle forme, l'homme; jut- 
zonarena, celui de l'homme, guizonarenac , ce\ix de 
l'homme. Ces formations sont du deuxième degré. Harriet 
dit qu'il y a des noms basques de 3" , 4" , 5" et 6* degré, 
et il cite pour exemple : 

« AilarenarenarenganicacoiO'enarenarenarequin , 
avec celui de celui de celui de celui de celui du père. » 

« La tangue des Cantabres, écrit lA'Iuse dans son MawW 
deja langue basque, a conservé jusqu'à nos jours d'illustres 



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— 151 — 

vestiges de son antique splendeur. Iguzquia , le soleil , si- 
gnifie celui qui procure le jour on qui fait voir les objets ; 
ilharguia , la lune , celle qui brille dans les ténèbres ; Fatn- 
coa. Dieu, celui d'en haut, le Très-Haut...... Âberea, 

troupeau , a formé tes mots aberaisua, riche, aberastasuna, 
richesse, comme chez les Latins pecunt'a et pecuniostu se 
tirent de peeits; et, do mot ardia, brebis , dérive ardita* 
un iiard , la plus petite pièce de monnaie. » Enfin , le même 
auteur produit une liste de soixante désinences qui ajoutent 
au mot basque , auquel elles se lient , une idée nouvelle' , 
accessoire à l'idée principale qu'il exprime. 



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aggidunation 



Outre la composition , le basque possède eDcore une 
autre manière de former les mots, Vagglutinalion. 

L'agglutinatioD est un procédé ou un phéoomène de l'es- 
prit par lequel plusieurs idées corrélatives se manifestent eu 
un seul mot. Ce qui ne veut pas dire que ce mot a la pro- 
priété d'exprimer toutes ces idées à lafoia; au contraire, 
chaque idée j est représentée par un mot qui lui est propre, 
mais tellement contracté, tellement sjncopé qu'il est difficile 
de saisir le lien et le rapport de chacun de ces mots imbri- 
qués dans le mot qui les résume tous, et où ils sont, ponr 
ainsi dire, à l'état d'atomes. Même pour le bien comprendre, 
ce mot unique , il importe qu'il soit accompagné du geste et 
aidé d'une voii accentuée. 

En d'autres termes , l'agglutination combine ooe série 
de mots primitifs , mais sans les fondre en un tout vérita- 
blement orgauique ; c'est un caractère de haute antiquité 
d'aune langue. Il est à présumer que ce procédé correspond 
et appartient & la période, qui a succédé i celte du mono- 
sf llabisme, c'est-à-dire, à l'enfance de la langue. N'ttst-ce pas, 
en effet , le procédé de l'enfant qui s'énonce d'abord par 
monosyllabes isolés, ensuite par monosyllabes réunis? L'en- 
fant ne dit-il pas ma , avant de dire maman pour désigner 
sa mère ? Et lorsqu'il lai demande à boire , n'avez-Vous 
jamais remarqué qu'il disait : maboi, mabu , et qu'il accom- 



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_ 153 — 

pagnait sa parole d'ao geste par leqnel il moDtrait le vai^e 
qui contient sa boisson ? Cette expression voulait dire : ma- 
man , donnez-moi à boire. Pour la mère , le geste , le re- 
gard , la voix de l'enfant rendent ioutile la constructioD gram- 
maticale de la phrase ; no seul mot exprimant toutes ces 
idées sufBt. 

Il ne faut cependant pas conclure de la haute antiquité 
des langues a^lutinsntes , que celles à flexions sont moins 
anciennes. Les nnes et les autres peuvent avoir le même 
Age; seulement celles-ci, les langues àfleiions, ont marché, 
se sont développées , ont atteint la virilité , tandis que les 
antres , restées stationoaires , ne sont pas sorties de l'ado- 
lescence. 

Reléguée dans des montagnes , la langue basque n'a pas 
dépassé cette période de la vie. Ânssi, le grammairien 
Astarloa , ayant perdu cette circonstance de vue , avait- 
il pensé que cet idiome avait 206 manières difTérentes de 
conjuguer le verbe. Mais si , comme Darrigol , on tient 
compte de son caractère d'agglutination, on n'admettra que 
deux verbes :niz, je snis, et dut, j'ai. En effet, analysons 
les verbes Ethorteen niz , je viens , et Ematen dut , je 
donne. 

Suivant le savant Darrigol, Ethorteen est le syncopé 
d'Elhorteean , ou un inlînitîf au cas positif de la déclinai- 
son, Ethorteen niz signifie donc littéralemeat : « je sois 
dans le venir , » ou je viens , et Ematen dut , « j'ai dans 
le donner , » ou je donne. 

On a dit qne te basque a une structure analogue à celle 
des languesd'Amérique. Si cela était, ce ne serait que par le 
c6té agglutinant ; car dans sa lettre à M. Xavier Raymond , 
écrite en 1836, M. Chaho a prouvé que la langue basque 
a avec le sanscrit des analogies de vocalisation ; MM. Piex- 



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— 15* — 

quin de Gembloni (1) et Mary Lafont (2), ont parlé des 
rapports qui existent entr'elle et le latin , Je grec , le cel- 
tique et le provençal. Nous pouvons ajouter que, poar la 
conjugaison basque comme pour celle du sanscrit , on re- 
trouve dans les personnes du singulier et da pluriel l'em- 
preinte irrécusable de leur origine pronominale , même d'une 
façon plus apparente dans la première que dans la seconde. 



{l)Bittt>ire tilléralrt des palaii, p. KO. 

{%) TaUtau hiitoriqw cl tittéraire de la Imgve parlée dam le ni'i/i dt la 
Franet, pusim. 



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TROISIEME PARTIE 



FORMES GRAMMATICALES 



Jusqu'ici nous n'avons considéré les mots que sous leur 
forme positive , abstraction faite des rapports qu'ils ont en- 
tr'euxdans le discours, et sans nous arrêter à leurs flexions 
diverses. Nous avons vu que les procédés du sanscrit , dans 
la formation des mots, ont été suivis par le flamand, l'al- 
lemand , le celto-breton , le basque , le romano-proveoçal , 
l'espagnol , l'italien et le français. 11 nous reste à démon- 
trer que la même analogie existe entre les formes gramma- 
ticales de l'idiome indien et celles des idiomes de la France. 

On entend par formes grammaticales les différentes 
flexions que subît le mot pour iparqner les idées accessoi- 
res de genre , de nombre , de cas , de vois , de mode , de 
temps et de personne. Toutes les langues ne possèdent pas 
cette faculté , mais celles qui l'ont sont supérieures à celles 
qui en sont privées. « On poarrait appeler les premières , 
dit le savant Schlegel, le» langues organiques, parce qu'elles 
renferment un principe vivant de développement et d'ac- 
croissemeut , et qu'elles ont seules , si je puis m'exprimer 
ainsi , une végétation abondante et féconde. Le merveilleux 
artifice de ces langues est de former une immense variété 



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— 156 — 
de mots , et de marquer la lialsoD des idées que ces mots dé- 
signent, moyennant on assez petit nombre de syllabes qui, 
considérées séparément n'ont point de signification , mais 
qui détermine avec précision le sens du mot auquel elles 
sont jointes. En modifiant les lettres radicales , et eu ajou- 
tant aux racines des syllabes dérivatives , on forme des mots . 
dérivés de diverses espèces, et des dérivés de dérivés. On 
compose des mots de plusieurs racines pont exprimer les 
idées complexes. Ensuite on décline les substantifs , les ad- 
jectifs et les pronoms , par genres , par nombres et par cas ; 
on conjugue les verbes par voix, par modes, par temps, 
par nombres et par personnes , en employant de même des 
désinences et quelquefois des augments qai , séparément , 
ne signifient rien. Cette méthode procure l'avantage d'é- 
noncer en un seul mot l'idéç principale , souvent déjà très- 
modifiée et très-complexe , avec tout son cortège d'idées 
accessoires et de relations variables (1). » 

Le sanscrit a cette puissance au plus liant degré. Nous 
l'avons déjà signalée dans son système de composition et de 
dérivation des mots ; nous la verrons maintenant dans son 
système de déclinaison et de conjugaison. 

% I. DÉCLINAISON. 

Le sanscrit reconnaît : 

1° Trois genres : le masculin , le féminin et le neutre. 
2° Trois nombres : le singulier , le duel et le pluriel. 
3" Huit cas : le nominatif ou sujet , l'accusatif ou ré- 
gime, l'instrumental ou causatif, le datif ou attributif, 

(I) OiietvaUoiu tur tu langiu tt ia lilliralHrc pravtHçalet, 



«Google , 



— (57 — 

l'ablatifon privatif, le génitif ou positif, le locatif ou sitiia- 
tif, le vocatif oa appel. 

a.) — Gomme le saniicrit , le QamaDd et l'allemand ont 
les trois genres ; mais le celto-bretOD , le provençal , l'ita- 
lien , l'espagnol et le français n'en ont plus qae deux : le 
masculin et le féminin. La langue basque n'en connaît au- 
cun. 

La raison de cette différence se trouve dans le classement 
asseï arbitraire des noms en genres masculin , féminin et 
neutre. En effet, tel nom varie de genre d'une langue à 
une antre; le mot cœur, par exemple, est masculin en 
français, félbinin en grec, neutre en latin. Et cette varia- 
tion a lieu , non-seulement de langue à langue , mais en- 
core à divers Ages d'une même langue , comme navire qui 
était féminin au XVI" siècle , et qui est aujourd'hui mas- 
culin. 

II n'est donc pas étonnant que des idiomes aient rejeté 
un des trois genres , et que d'autres n'en aient adopté au- 
cun ; « de sorte , dit H. Egger, qu'on peut considérer les 
terminaisons de genre comme presque toujours détournées 
de |teur distinction primitive, et réduites à ne plus produire 
qu'une sorte de variété favorable à l'élégance et i l'harmo- 
nie du langage, o 

Il est donc difBcile de reconnaître dans les noms substan- 
tifs des langues de la France , les suffixes caractéristiques 
du genre des noms sanscrits , puisque nous ne possédons 
pas les thèmes nus de nos mots , comme le sanscrit possède 
ceux des siens (1). 



(I) oie Inditctcn fiMinuttikcr fassui dudeclinirbm Wort m ««incr grnndtann, 
d. b. îaMiDeniTrajtdcrCuDvEnduiigcnlbliisslcn Zii9t«nd« euf, unddicsenaekl* 
WorlEeslill wird loch im Worteibucht gcEsbcn... Boff, YtrgUieh GnmmaUk, 
p. 133. 



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— 158 — 

b."^ — Pour eiprimcr la diiïérence des nombres , les lan- 
gnes de la France ont aussi , comme le sanscrit , des ter- 
minaisons différentes ; mais elles ont perdu le duel et n'ont 
plus par conséquent que le singniier et le pluriel. 

c.) — Les cas ou terminaisons ajoutant à l'idée principale 
da mot certaines idées secondaires , et exprimant certains 
rapports des mots entre enx , sont une propriété que le fla- 
mand, l'allemand et le basque partagent encore avec le sans- 
crit , mais dans des proportions très-inégales. Quant aax 
langues celtiques et néo-Ialines , leurs formes de déclinai- 
son ont été fort tronquées ou altérées ; on peut dire même 
que , de nos jours , elles ont entièrement disparu dans le 
celto-breton , le provençal , l'espagnol , l'italien et le fran- 
çais. 

Ponwitlaii des «m», — Orlg^iic d« l'urllele. 

En nous rendant compte de la formation des cas dans les 
langues qui les ont conservés , nous découvrirons la cause 
de leur disparition dans celles qui ne les ont plus et de leur 
remplacement par ce qu'on appelle Varticle. 

Pour atteindre ce but , il importe que nous disions d'a- 
bord quelques mots de la partie du discours , nommée en 
grammaire le pronom. 

Le pronom, d'après la définition grammaticale la plus 
usitée , est un mot qui tient 1^ place du nom. u Mais dans 
une acception plus élevée et plus vraie, le pronom, dit 
M. EichofT, est le mot principal du discours, celui qui, 
s'appliquent à tons les êtres d'une manière absolue et gé* 
nérale , porte en lui le type de chaque flexion caractéris- 
tique développée dans les autres. En effet , les distinctions 
de personnes , de genres , de nombres et de cas , marquées 



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— 159 — 

dans les verbes et les noms par des terminaisons accessoires, 
sont inhérentes au corps même da pronom et inséparables 
de son essence (1). » 

Cette loi , découverte par Bopp , préside encore i la For- 
mation des cas dans les langues de France qui ont conservé 
les flexions casuelles ; pour les autres , elle a fait nattre Var- 
tiele, qui a son type dans un pronom démonstratif, et qui 
est en définitive le pronom détaché du nom, 

C'est encore une des analogies de dos langues avec le 
sanscrit, mais à des degrés dilïéreuts. 

La déclinaison sanscrite , avons-nous dit , a huit cas 
que l'on forme en ajoutant au thème nu du mot certaines 
désineuces , savoir : 



Pour le nominatif : tantAt 05 ou s correspondant au grec 
oi, ni, a.(, et au latin U5, is; tantôt n ou m correspondant 
au grec or et au latin um. 

Pour l'accusatif: am ou m correspondant au grec «v, 
nf, etv, et au latin um , am, em, im. 

Pour rinsbnmental : â ou ina cwrespondant probable- 
ment an latin o , â. 

Pour le datif : é, ôi ou aya correspondant au grec ? , >i , 
<f,, ti,i, et.aalalin<s,i. 

Pour l'ablatif : ât correspondant à l'ancien latin od , ad, 
ed , id. 

Pour le génitif : tantôt sya correspondant au latin i , w ; 
tantôt as, as, s , correspondant au grec cet , ic « 0; , et 
au latin is. 

(!) BUI. dt la langue cl de la liltéraL da Stavct, p. 131. 



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— 160 — 
Pour le locatif -. dm , au , % correspondant an latin t de 
domi, humi et aa grec t de oikoi. 



Ponr le nominatif : tantôt tu correspondant an grec t( et 
an latin es: tantôt t correspondant an grec «t, ai, et au latin 
ï,œ. 

Pour l'accnsatif : a« on s , i pour le neatre , con^pondant 
au grec ev( , a( ; au latin os , as. 

Pour rinstromenlal : tantôt dis correspondant aa grec au 
eti( , «-i ; au latin û .'«tanldi bhis correspondant au latin 
bus. 

Pour le datif et l'ablatif : bhyas correspondant an latin 
bus. 

Ponr le génitif: âm correspondant aa grec ar, et an la- 
tin vm. 

Pour le locatif : su , shu. 

Tontes ces désinences ne sont rien autre chose qne le 
pronom démonstratif sanscrit tâi, sd,tat, décliné moins te 
radical s ou f. 

C'est par le même procédé que les langues basque , fla- 
mande et allemande forment leur déclinaison. 

Bon Astarloa , faisant remarquer les rapports exprimés 
par les cas dans l'idiome basque, les divise en relations 
primaires et relations secondaires , auiquelles il assigne les 
caractéristiques suivantes : 

1°. C ou K pour le nominatif ou l'agent , 

2" I ponr le datif ou le récipient, 

3" EN pour le génitif ou le possesseur , 

i" Point de signe dbtinct pour l'accusatif ou le patient , 
on plutât signe identique à celui da nominatif. 



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~ 161 — 

Qiiant bdx relations secoodaires , ce soot autant de for- 
mes adverbiales , indiquant par des sufSies l'instrunient, 
le lien , le moyen , la cause efficiente , la Sn , le bat , etc. 
MM. Chaho et Darrigol, confoodant les deux dasses d« 
relations d'Astarloa , oot cm voir dans celle des rapports 
secondaires autaot de cas que de formes adverbiales ; 
l'un a donc reconou à la déclinaison basque dii-neuf termi- 
naisons , et l'autre quinze qa'il a réduites aui dix suivantes : 



Nominatif, mendia on mendiac , la montagne. 

Actif, mendia ou mendiac, la montagne. 

Médiatif , mendiaz , de la , par la montagne. 

Positif, mendian, dans la montagne. 

Datif, mendiari , à la montagne. 

Génitif, menaiaren, de la montagne. 

Unilîf , tnendiardcin , avec la montagne. 

Destinstif, mendico , pour la montagne. 

Ablatif, mendîtic , de la montagne. 

Approximatif, mendirat, vers la montagne. 



Nominatif, 

Actif,, 

Médiatif, 

Positif , 

Datif, 

Génitif, 

Unitif, 

Destinatif, 

Ablatif, 

Approximatif, 



mendiac ou mendiée , les montagnes. 
Id. fd. Id. 

mendiez , des , par les montagnes. 
mendietanj dans les montagnes. 
mendiei , aux montagnes. 
mendien , des montagnes. 
mendiekin, avec les montagnes. 
mendietaeo, pour les montagnes. 
mendielaric , des montagnes. 
mendieiarat , vers les montagnes. 



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— 162 — 

De toutes ces désinences , celles eu aoaac,eo arm et 
art pour le singulier ; cdies en oc on ec , en et et en (raiir 
le pluriel , sont les seules qui fonoent réellement des cas. 
Toutes les autres ne sont que des prépositions ajoutées aux 
noms qu'elles modifient. 

Les suffiies a et oc expriment tous les deni le nomina- 
tif, avec cette difl'érence que a caractérise le sujet des ver- 
bes qoi marquent l'état, ta manière d'être , et que ac se 
place après le sujet singulier des verbes d'action ainsi qu'après 
leur complément pluriel. 

Dans les noms de choses et de lieux , le sufliie aren est 
remplacé par le suffixe eko, qui a une grande affinité avec 
le pronom démonstratif russe et polonais clo et eo, lequel 
dérive du pronom sanscrit kas , Icà , kin. 

Âstarloa avait donc fait une analyse exacte des cas bas- 
ques, en n'en admettant que qnatre : le nominatif et l'ac- 
cusatif en c , le datif en i et le génitif en en. Ces terminai- 
sons proviennent , comme en sanscrit , da pronom basque de 
la troisième personne hare , haren , hari , équivalant au 
nominatif, au génitif et au datif du pronom sanscrit ja«, sa, 
lat: Aa grec oc, n,re; du latin is, ea, id, oa ille, 
itla , iltud. 

De plus , les cas basques en a ou oc , rett et ri correspon- 
dent parfaitement aux cas sanscrits en a ou as, sya et é [â 
.'+• i). Là gutturale c ou ^ du basque ae ou ah a remplacé 
la sifQante s du nominatif sanscrit ; la dipthongue sanscrite â 
-i-ioxxé est devenue par syncope t bref dans le basque qui 
a cbangé en r la dentale sifQante du pronom se oa ti; d'où 
ri en basque. — Quant à la désinence sya , on verra plus 
loin comment elle a pu devenir ren dans le langage du pays 
basque.^ 

Dans le flamand et l'allemand , les cas ont la même ori- 



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— Ï63 — 

Hgine. Ces langues en ont encore conservé quatre comme 
celle doDt nous venons de parler, savoir: le nominatif, le 
génitif, le datif et l'accusatif. Exemple : 



F1*R»nd. Alluund. 

Nom. de voget der vogel , l'oiseau. 

Genit. des vogeh des vogels, de l'oiseau. 

Dat. d'en vogels dem vogel, A l'oiseau. 

Ace. den vogel dem vogel, l'oiseau. 

It j a ceci de particulier dans ces deux idiomes germa- 
niques , c'est que leur déclinaison n'a pas perdu les formes 
anciennes des langues qui les ont précédés , en même temps 
qu'elle a piis les formes des langues modernes. Ain», les 
cas du Qamand et de l'allemand sont désignés par un pro- 
nom démonstratif comme dans le sanscrit et le gothique, 
mais avec la différence que cette partie du discours se place 
ici devant le nom au lieu de s'y ajouter , et que la désinence 
du pronom se répercute pour ainsi dire à la fin du thème 
nominal. 

Les monosyllabes de, der, de», den, dem, die qui 
remplissent maintenant le rdle d'articles sont des contrac- 
tions du pronom démonstratif flamand deze , allemand 
dieser, ou bien sont eui-mâmes les pronoms démonstra- 
tifs die en flamand , der en allemand , pronoms que des 
grammairiens modernes nomment adjectifs démonstratifs. 
Mais nous croyons qu'il vaut mieux -leur maintenir leur 
ancienne dénomination de |fronom«, à cause de leur origine 
sanscrite. 

Celte origine devient évidente par la comparaison de ces 
monosyllabes avec le pronom démonstratif du gothique , de 
l'anglo-sa son , de l'ancien allemand et du sanscrit : 



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Flam. 


di 


da 


den 


den 


Allem. 


der 


det 


dm 


dem 


Auc. allem. 


Iht 


(»» 


themu 


them 


Anglo-Mx. 


se 


thœs 


tham 


thone oa thwie 


Golh. 


m 


Ml 


thamma 


thana 


Sanscrit. 


taoustu 


lasya 


U 


font ■ 






tixutu. 




Flam. 


de 


der 


den 


de 


Allem. 


die 


der 


den 


die 


Ane. allem. 


thia 


Ihsro 


them 


thia 


Angl.-ȕ. 


tha 


tharà 


Iham 


thd 


Gotb. 


Ihai 


Ikize 


Ihaim 


Ihm 


Sanie. 


té 


u-um 


labhyas 


toi. 



Bopp eipliqne très-longaeinent dans sa Grammaire com- 
parée les causes des transformations que le pronom sanscrit 
a éprouvées dans ses flexions , en passant par les difTérentes 
langues qui l'ont adopté. Il les voit d'abord dans les lois qai 
président à la permutation des voyelles et des consonnes , 
dans l'assourdissement des voyelles sonores , dans l'adou- 
cissement des consonnes fortes , et dans cette loi de la na- 
ture qni fait qae tout ce qui a vie dépérit en vivant, et que 
les mots se contractent et se replient comme sur eux-mêmes 
en vieillissant. 

Ensuite il démontre que le nominatir sanscrit $ai se re- 
trouve dans l'allemand der , parce que la dentale s peut se 
changer en d , consonne da même ordre ; qoe a en passant 
dans le gothique devient t, ce qui fait i-s, et que le go- 



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— 165 — 

thique i-i est égal Jk t'-r , qui devient t-r dans l'ancien 
allemand et l'allemand moderne. C'est ainsi que rallemand 
blind'er , aveugle , dérive da gotliiqoe blind-ii, oa blind- 
as , qae l'allemand ohr , oreille , dérive dn gothique amoi, 
et que le gothique thaze devient thara en anglo-saion , et 
tkero en vieil allemand. C'est ainsi que les génitifs latins 
en non ont pour auteur le génitif pluriel du pronom sans- 
crit té-sâm , par suite dn changement de \'s en r ; car logi- 
quement, il anrait fallu sum pour le latin par contraction* 
de sâ-^-um, comme gmus aurait dû donner au génitif'^env- 
lis au lieu de gette-ris. 

Par la même raison , le finale ya de tatya s'étant perdue 
en passant dans le gothique , et tas y étant resté seul , l'a 
de tas s'est changé en t , et le r s'est aspiré pour remplacer 
le son ya disparu ; ce qui a donné this pour le génitif singu- 
lier du gothique. 

Le datif gothique ihamma s'est formé du sanscrit fâ+t 
on té et de la particule sanscrite sma , qui , réunis dans la 
composition, ont produit iha-mma au singulier et tkai~m au 
pluriel, par suite de la permutation de la sifflante 5 en A as- 
pirée (Ama), permutation (rés-régulière en prakriteten pâli , 
ou de la permutation de A en m très-régulière dans le zend. 

Le datif pluriel sanscrit tabkyas n'a pas été le généra- 
teur des datifs {duriels dans les langues germaniques ; il ne 
l'a été que pour ceux du latin ofi toutes les déclinaisons 
avaient primitivement lenr datif et ablatif pluriel en bw ou 
en bis, par suite de la permutation de la voyelle finale sans- 
crite a en ù ou en t dans le latin. Pour les autres déclinai- 
sons latines , les terminaisons casuelles du datif et de l'abla- 
tif pluriels sont devenues simplement is , par suite de l'es- 
pulsion du b conformément à un usage déjà admis dans 
le dialecte des Védas,. où l'on^ trouve vrkâis pour trk^ 



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— 166 — 
b'if. C'est aÏDsi qae le latio a lupii au lien de tupobus. 

Avant de quitter les décliDaisons gennaDlqaeB , nous de- 
vons dire qne l'illastre Grimm les divibe tbntes en deux 
grandes classes : les déclioaiBODS fortes et les déclinaisons 
faibles. 

Les premières sont simples et pins aDcienoes , les secon- 
des sont relativement modernes et se distinguent par i'in- 
tercalation d'une n entre la racine et les désinences ca- 
suelles du thème. Grimm a remarqué aussi cette parti- 
cularité dans les anciennes langues qui sortent , comme les 
n6tres, de ta souche indo-earopéenoe. Dans le latin on a, 
par exempte : homo, génit. Aorm-n-ù, dat. homi-rt-i , etc.; 
éermo, génitif MrmoHWj , datif sermo-n-i , et tons les noms 
oîi n se présente dans les cas. Pour faire bien comprendre 
cette distinction, nous donneroas ici un exemple emprunté à 
l'idiome gothique du IV" siècle. 



OkliDslMii forte. 



Nom. fiski le poisson. 
Gén. fitkû 
Dat. fiska 
Ace. fiik 



D£diaai9oD raiUe. 

kana le coq. 
kani-tu 
hani-n 
kana-n 



Nom. fiskos 

Gén. fiske 

Dat. fiskant 

Ace. fiskam hana-m 

Plus tard, au VIP et au VIII' siècles , les désinences ca- 
snelles disparurent et l'n intercalée resta. Dans le Irison et 
lenordiijue, l'n ne paraissait presque plus au VIII" siècle. 



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— 167 — 

En flamand . elle existe à peine dans certains génitifs et 
seulement dans des mots composés , hanengekraie , chant 
dn coq; zounenondergang , coucher du soleil. La syllabe 
en dans le plariel est en partie la désinence cAsuetle de la 
déclinaison faible, en partie le signe de l'adjonction de Vn 
h tons les cas dn pluriel des noms de la déclinaison forte, 
qui avaient an moyen-ftgele nominatif, le génitif et I'bccb- 
satif pluriels en e. 

Grimm , considérant qoe les adjectifs ont la forme faible 
lorsqu'ils sont accompagnés de l'article , comme dans des 
goede-n vaders, et que beaucoup de substantifs prennent 
les deux formes , la lorte et la faible , Grimm a pensé que 
l'n ne s'y trouve pas par accident , mais qo'elie y joae an 
contraire nn rdle important. 

Après s'être livré" à un travail de comparaison avec les 
autres langues indo-européennes, où l'n figure aussi dans la 
déclinaison , sans être une partie intégrante du thème , par 
exemple : sansc. karman , génit. karmanoi; latin carmen, 
carminii , poëme , vers , de la racine her ( faire ) , parce que 
le poète est un ouvrier qui,crée ou créateur ; — sansc. nâ- 
man , nâmaRa«;Iat.nomen .nommis; ancien allem. namo, 
gén. namen; flamand do moyen-âge name, génit. namen , 
aujourd'hui naem; le savant allemand a conclu de cette, 
comparaison qne l'n était dans ces mots an vestige du pro- 
nom gène , gène , gint , celui-là , cefle-Ià , ce , cette ( en al- 
lemand jener , jene , jenet; goth. jaim , lithuanien ans , 
slavon on , irlandais an , etc. ) , qui était resté attaché an 
nom pour mieux le déterminer , et préparer ainsi le râle 
que l'article devait seul remplir plus tard. Cette hypothèse 
est très-acceptable, surtout quand on songe que dans les an- 
ciennes langues du Nord , comme dans le suédois et le da- 
nois de nos jours, l'article défini est inhérent aaxnoms. 



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_ 168 — 
comme dans fadenu , le père , huser , la maison (cir fader 
et huus expriment seulement l'idée n«n définie de père et 
maiiOH ) , et que le suédois se sert encore de cette forme 
avec l'article dm. Exemple : dm redlige monnEN , l'homme 
raiiionnable. Dans cette dtation , le mot homme est deux 
fois déterminé par l'article dm et la désinence m, comme 
autrefois dans les langues germaniques et néo-latines da 
moyen-âge. 

Ce» désinences caMieltes font aujourd'hoi complètement 
défaut au celto-breton , at) provençal , i l'espagnol , à l'ita- 
lîea et au français , ou plutôt elles sont déplacées. 

Le pronom m- on imn , mot indécUnable , de tout genre 
et de tout nombre , sert aussi au celto-breton à indiquer et 
déterminer les noms ; il les précède dans le discours et de- 
vient article invariable : amt avel , le vent , otin avéhu , les 
vents ; — or mâA , ]e Sis, ar mipien , les fils. 

Nos langues néo-latines ont formé leur article du pro- 
nom, latin : iïle , illa , iilud , qui , après bien des transfor- 
maUons ^ est devenu : 

En provençal : lo ou lou , la , loia, las ; 

En espagnd : el, lo,ta,los, las; 

En italien :il, lo , la,le ^'t^gli;. 

En français : le , la, les. 
Voilà donc la souche d'où est sorti a ce petit mot qui se 
place devant les noms et en fait connaître te genre , le nom- 
bre et le cas , » comme ont dit et répété tant de grammai- 
riens. Hais cette définition de l'article est défectueuse, car 
Les rapports représentés par les cas sont marqués , dans les 
idiomes néo-latins et celtiques, par les prépositions, et le 
nombre et le genre y sont indiqués par des terminaisons 
particulières ou ne le sont pas du toat. « Ce petit met » de- 
vrait donc être classé parmi les adjectifs démonstratiis , ce 



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- 169 — 
qni serait plus conforme à son origine de i^onoin démona- 
tratif. 

En effet , tant qoe tes langues sont à t'état synthéti^fue , 
elles n'ont pas besoin d'article; ce n'est qu'en devenant 
pins ou moins analytiques «qu'elles adoptent, pur cela 
. même , dit M. de Chevallet, des habitudes de précision et 
d'eiacUtude qui portent l'esprit k recourir à tous les moyens 
d'analyse capables de traduire la pensée de la manière la 
plus conforme i ces mêmes habitudes. Elles en viennent à 
répugner à toute eipressioo vague, indécise, indétermi- 
née. L'article apparaît alors dans ces langues ; le r6le qu'il 
y joUe est de marquer que le substantif auquel il se rap- 
porte est pris dans une étendue de signification détermi- 
née (1). » 

D'ailleurs, comme le fait très-bien observer H. FaRot , 
dans ces temps peu lettrés , oik la langue se formait en 



(1) Lt l&Dgue mère d« liqneDs proiienncnt tous les tdiomDS d« h IintUle indo- 
earop^nne ne devait pas aïoir d'aitidc ; eu on n'en tronve point dans 1« sanscrit , 
le plus ancien «t le plos lyDlhiliquc de ces idiomes. Le leikl, Ulatia et Uslire 
n'en ont pas daranlage. Les dlai«cles greu, les idiomes germaniques et deoi des 
idiomes néo-celtiques possèdenirtrticlB; mais il est lisideseeoDiainiretiue.daiit 
ces diiers idiomes, l'eiislencade ce mot ne remonte pas lui tempe reculés où ils ne 
formaient loos qu'une seule et même langue. C'est postérieurement, et ï une époque 
qoeltonque de leur histoire, que l'article a pris naissance. En effet, dans chacun* 
des branches que forment les différents idiomes deU m^e Famille, l'article dériva 
directement d'un mot appartenant en propre au vocabulaire particulier aui îdion^es 
de tttte mime hranche. C'est au vocabulaire germanique qu'il faat recourir pour 
nmoDler auprimilifde l'article allemaDd , du hoUaudaii) du danois , du suédois, etc. 
C'est te vocabulaire celtique qui seul peut nous tournir le priinilif de l'article gallois 
on breton. En outre, il est à remarquer que ce mot paraît pnu fréquemment dans 
les plui ucieDs monuments appartenant k cbatun de ces sjstimes de langues. 

En grec, l, i), li n'est guère employé que comme adjectif démonstratif dans les 
poèmes d'Homère et dans ceux d'Hésiode. Quant ani idiomes germaniques, le pre- 
mier de leurs monuments, la Bible d'Ulphilas, ne nous présente qu'asseï rarement 
des exemples de l'article, elles anciens poètes anglo-saionsne s'en serrent presque 
pas. !foU de H. DB CBEVULEt. — On'giM el formation dt la langue frOHçaiii, 

III, sa. 



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_ 170 — 

lAtonnant, et allait se 6xant peu è pea par ane suite d'es- 
sais coDsécutJk, il était naturel qne l'emploi convenable et 
régulier de l'article na fût pas d'abord détenniDé avec pré- 
cision , et nous' devons retrouver dans cela , comme dans 
toat le reste , des traces de variations et de tâtonnements. 
. « Nous voyons en effet que, pendant le XIII* siècle, l'em- 
ploi respectif des articles et des pronoms démonstratif était 
mal déterminé; on se servait souvent de l'article, dans 
des cas où nous avons décidé depuis que le pronom doit 
seul se mettre. Ainsi , l'on disait : « Por la terre la ( qui est 
celle du) rei, et la (celle-de) monsire Ewrard garder. » 
{Aet.Bym.l, 339). 

a On sait , d'ailleurs , que cet ancien usage de l'article 
est analogue à celui qu'il a conservé dans l'espagnol et dans 
l'italien. 

« Nous voyons encore qu'il n'était point rare qu'on 
employât l'article devant les pronoms démonstratifs, et qu'on 
dtt : les ceux , les celles , au lien de dire simplement ceux et 
celles. Cela s'est conservé dans quelques locutions provin- 
ciales encore usitées. L'on trouve : « A tous les ceatis (ceux) 
à qi ces lettres vendront. » (Aet. Rym. I, 481} (1). 

Suivant Max. Schmitdt {De pronomine grœc. et latin. 
p. 38}, le pronom grec euro? ne serait rien autre chose que 
le produit du redoublement de l'article avec ta voyelle u qui 
s'est glissée entre deux. 

Maintenant que nous connaissons la théorie des cas , 
voyons-en l'application dans les déclinaisons des noms. 

(I) RtchtTcha tuT let furtnti graamtaticalei dt la Ian$He /rançoi», p. 63 «t 63. 



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Les grammairiens iodiens ont commencé par en diviser 
les déclinaisons eo deax classes : la première comprenant 
tons les thèmes terminés par nne voyelle, et la seconde, tons 
ceux terminés par noe consonne. Ensuite ils ont fait cinq 
subdivisions des thèmes de la l" classe , suivant qu'ils finis- 
saient : 1" en a on en â; 2° en i ouenu, S^en t ouen û; 
4** en ri; 5" en ^ , <ï ou au; et denx subdivisions des thème» 
de la 2* classe , suivant qu'ils avaient ou n'avaient pas de 
suffises. 

Alais les causes qui font que les langues se modifient ont 
singulièrement tronqué les formes de la dédinaison primitive 
dans les idiomes de la France. 

Ainsi, le basque n'a de flexions proprement dites que 
pour le nominatif, le génitif et le datif des deux nombres , 
puisque les autres cas s'indiquent par des propositions ou 
des adverbes. Le flamand et l'allemand reçoivent seule- 
ment une flexion an génitif et au datif du singulier, et une 
an nominatif, au génitif, au datif et à l'accasatifdu pluriel; 
et encore ces flexions sont-elles accompagnées de l'article. 

Quant an celto-breton , au provençal , à l'espagnol , h 
l'italien et au français , ces idiomes , ainsi que nous l'avons 
déjà dit , n'ont gardé aucnne trace des flexions de la décli- 
naison primitive , et se bornent à distinguer par des suffixes, 
'le pluriel du singulier et tons les cas par des moyens se- 
condaires, tels que l'article et la préposition. 

Cependant , un point de contact semblerait avoir existé 
autrefois entre les déclinaisons des langues de la France et 
celles du sanscrit; c'est leur classification en uoms terminés 
par une voyelle et en noms terminés par une consonne. Cette 



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— 172 — 

dislioction a été observée jusqu'au XIV* siècle dans les 
langues Déo-latines et germaniques; elle l'est eocore dans 
quelques branches du celtique. Mais le basque ne parait 
guère avoir connu cette distinction , si ce n'est peut-être 
dans les thèmes terminés eu a , qui ne preuneat jamais le 
sufiixe a du nominatif, et gardent toujours leur voyelle , 
finale , lorsqu'elle est suivie d'un mot commençant par une 
vojelle. On dit , par exempte : atta ona , le bon père , ama 
ona, la bonne mère, et l'on ne dit pas , tj'utzona ona, 
l'homme bon; amoa ona le bon vin, parce que dans guîzonA 
et amoA la voyelle a est un sufGxe ajouté an thème pour 
eiprimer le nominatif, et que dans les noms qui sont en con- 
cordance, on ne marque qu'une seule fois la terminaison ca- 
snelle. Au contraire , dans aita et dans ama , l'a final (ait 
partie intégrale du thème. 

Aujourd'hui , il serait difficile de suivre la classification 
des grammairiens indiens dans nos déclinaisons. La distance 
qui sépare nos lances modernes du sanscrit a nécessaire- 
ment produit la confusion , nou- seulement entre les voyelles 
a, i, u, mais encore entre voyelles et consonnes ; elle a 
effacé les nuances qui ont servi de base aux sept classes des 
déclinaisons sanscrites. Pour retrouver cette classification, 
il faudrait tracer l'historique de chaque nom des idiomes de 
la France , et ce serait alors un dictionnaire historique que 
nous écririons et non plus une grammaire comparée. 11 faut 
donc renoncer à constater des distinctions qui n'existent pins, 
«t nous borner à comparer d'une manière générale nos dé- 
, clinaisons avec celles du sanscrit. Il est des noms , en effet , 
qui terminaient primitivement par une voyelle ^ et qui , 
l'ayant perdue , finissent aujourd'hui par une consonne , 
comme le Oamand kert ou harl , cœur, au lieu du primitif 
karta: comme le celto-breton fore'h, fourche, su lien de 



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— 173 — 

fareha , en sanscrit pars'u ; comme les noms français et 
bretons terminés en or et eitr , les noms flamands et alle- 
mands en er qni correspondent aux terminaisons sanscrites 
en ri. 

Passons donc chacun des cas en revue , sans nons arrêter 
à la distinction des noms terminés par une voyelle ou par 
nne consonne. 



NoHmATiF. - En sanscrit , les thèmes masculins et fé- 
minins terminés par nne voyelle prennent s ; les thèmes neu- 
tres terminés en a prennent m ; les antres restent nus , ainsi 
que le féminin en â et en 4. 

Dans la langue basque , qui n'admet pas de genre , les 
wlïixess et m du sanscrit se changent indistinctement en' la 
gutturale k ou e. Exemple : sansc., vrka-s , le loup ; bas- 
ique , cxoa-k. Dans les langues celtiques , ils ont générale- 
ment disparu ; le breton ne lès connaît plus. Cependant un 
très-petit nombre de mots irlandais possèdent encore le 
snfGie s, mais en quelque sorte pétrifié et privé de signifi- ~ 
cation. Les langues germaniques et néo-latines ont conservé 
le suffixe i : les premières , jusqu'au VIP ou VIII" siècle ; 
les secondes , du moins le français , le provençal et l'espa- 
gnol , jusqu'au milieu du XIV siècle. « Jusque-là , et de- 
puis les temps primitifs de la langue , dit M. Fallot , l'em- 
ploi du s final pour marquer les Qexions avait été ainsi 
réglé: 

Les substantifs prenaient un s final , lorsqu'ils étaient 
snjet ou nominatif de la phrase au singulier , et lorsqu'ils 
étaient régimes au pluriel. 

a Ils s'écrivaient sans s final , c'est-à-dire en leur forme 



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— !7* — 
de thème pur, lorsqu'ils étaient snjet on nominatif au pin- 
riel , et régime an singulier. 

« Ainà, primitivement, ce n'était pas les nombres qne 
le s final servait à distinguer en français : le singulier pre- 
nait ce 5 lorsqu'il était sujet , le pluriel lorsqu'il était ré- 
gime. 

« Cette règle fondamentale est caractéristique de la pre- 
mière épo>qne de notre langue : oubliée )>resque dès le temps 
de son abolition, ou plotftt abolie parce qu'elle était tombée 
peu à peu dans l'oubli , elle a été retrouvée par M. Ray- 
Donard , et répétée depuis par tous ceux qui ont écrit sur 
DOS anciens langages. Elle était commune à ta langue ro- 
mane et à la langue d'oil. Les preuves en sont tellement 
évidentes et abondantes en tous les testes , qu'il n'y a plus 
à s'arrêter à l'établir. Sa découverte nous a rendu l'intelli- 
gence, trop longtemps perdue, delà grammaire des idiomes 
romans do moyen-ftge (1). 

Dans le glossaire roman du X\U' siècle , publié par 
M. de Reiffenberg , et dans le dictionnaire latin-français 
de Briton, qui mourut en 1353, tous les noms but le 
snifixe s an nominatif singulier. Exemples : agellus , petit 
eans; dlnus, aunes; allia, aus; allodinm , alues; alter- 
catin , j)Iaù ; ametistus , amétistes; ampbiteatrum ,««re/e( 
de vin; amplus , larges; annona, blés; antipirginm, «- 
cretu; antistes, evesques; appetibilis, talentables ; arcfai- 
tectus, carpentier$ ; ardea , haïrons; aruspes , devineres; 
ascia, doloirs; auceps, otseleres, etc. 

Le,s final de ces substantifs est , de la part de M. Fallot, 
l'objet d'une réflexion que noos ne pouvons laisser passer 
inaperçue. « Ce suffixe, dit le savant philologue, ne de- 

(1) Rtchereha, p. 6S. 



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_ 175 — 

vait jamais être muet , et primitivement il est à croire qu'il 
ne l'était jamais ; il s'agissait donc de faire accorder sa pro- 
nonciation avec celle de la syllabe finale du thème auquel on 
l'appliquait, et d'éviter toute cacophonie ou même toute 
prononciation impraticable. 

a On y avait réussi sans difOculté giour beaucoup de 
mots , ainsi : 

« SiNG. : Suj. «nii»»(;rW«i{R. deM. p. 14), nn ange; 
liaingles (G. de V. 30*0). 

« Hég. le aingïe , l'aingle (tM. 3858,3053). » 

Les langues germaniques et néo-latines ont supprimé le 
sofSie m des noms neutres . par suite du son sourd de cette 
consonne. Le m final était assez Faiblement prononcé en 
latin , surtout quand il était soivi d'une voyelle , i tel point 
que la consonne 's'élidait devantelle. Il en était déjà ainsi 
au temps de Quintillien (1), et , du temps de Cassiodore (2); 
les copistes n'hésitaient pas à la supprimer en écrivant. 

Quant aux tenninaisons des thèmes sanscrits en a, i, 
au , u, qui ne prennent pas de suffixe au nominatif, ces 
voyelles se sont changées dans nos langues en o ou en e 
muet , on bien elles ont été supprimées. 

Les terminaisons du sanscrit en ri ou ar sont devenues 
en français les désinences er, or , our, eur et re; en bre- 
ton tmr , eur . ou er; en allemand et en flamand er; en 
italien et en espagnol or et re. 

Les exemples suivants seront le résumé des principes que 
nous venons d'eiposer. 

(1) buHt. sroJ., lib. IX, txf. IV. 

(3) Dt butU. divmar. titiar., cap. XV, édit, GarcI, t. Il, p. S17. 



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RicAnmLÂTioH. — MOHininr rdigcliu. , 



SoMcWl; 


TA.-i. 


dlDi-m . . 


phrf... 




midù. 


dSiri.... 


dnhilri 


















;iw»-(. 


î-p,-.... 


™f«. ., 


Tixc-,..., 


. ^Su. 


J^p... 




Lalin: 


lopo-ï. 


dona-m.. 




. bccii-s... 




dilor... . 


miicr 




hpo... 
lobo.. . 


dooo..... 
don 


ti«rr».. 










E^S»" 


. hatspMl., 






. midn 


Prwenfal: 


loap... 


doii.doaD. 


. iprra.. 


. hoste.... 




donsloor 


. mûn 


Frmtai, : 


loDp... 


don 


. ttm... 


bai« 


bâte.. 


donitoir. 


. mère 


Cello^eUm 


: ,p,iloQ. 


. ri 


. doun. 


. hntii. .. 








C<..W<p«: 


TDltï.. 


dtai* . . . . 


. Kib... 


. gMl'S..., 


, hiho. 




. diDhiir 


Flamand: 


wnlf... 








. lit.. 




. dogwr 


AlUmami: 


irolt.. 




. «b... 


. BM« 


. Ti«h.. 




IDchM 



Accusatif. — En sanscrit , le sufBie caractérigtiqae de 
ce ca$ est m. Le latin l'a conservé , tandis que le grec l'a 
changé en r et que le gothique l'a rejeté on perda. Cette 
perte s'explique , ainsi que nons l'avons dit , par l'assourdis- 
sement de la nazale m, déjà si sourde par eUe-méme. 

Ce splBie , après avoir résisté pendant plusieurs siècles, 
■ fini par disparaître aussi dès idiomes dérivés da latin et 
notamment du français , qui savait distinguer dans les noms 
propres d'hommes du XIIP et dn XIV siècles, le complétif 
du subjectif. On disait alors Pierron , Pavlon , lorsque ces 
noms étaient régimes . et Pierres , Pois , lorsqu'ils étaient 
sujets. Il est superflu de faire remarquer que Pierron et 
Paulo» sont la traduction française de l'accusatif latin Pe- 
trum, Paulum. Quant anx noms communs, on a vu pins 
haut qu'ils perdaient à l'accusatif singulier le » , caractéris- 
tique dn nominatif singulier , comme danS uns angiles su- 
jet, et le ainj/e régime. 

La voyelle finale précédant le sufBxe m dn latin , ayant 
perdu ce point d'appui , s'assourdit en o on en « muet , oo 



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— 177 — 
bien elle se détacha et disparut & son toar. C'est ainsi que 
nons lisons dans les premiers monuments de la langue fran- 
çaise ; Christian pour Christianum , poblo pour jwpu/um , 
et pins tard chTitien , peuple , etc. 

Les terminaisons am, em, qui indiquent des accusatifs 
de la première et de la troisième déclinaison latine , ont perde 
de bonne heure le sufSie m; puis la voyelle a dans am, per- 
dant chaque jour de sa sonorité , s'est tranformée en e muet; 
de sorte que, par exemple , causa , cauiam , terra , ter- 
ram donnèrent d'abord indistinctement au nominatif et à 
l'accusatif eosa, terra, ensuite cose, cause, terre. Àmo~ 
rem , fralrem ont fait , au IX" siècle , atnttr et fadre. Ce 
dernier mot , par une conti^c-tion plus énergique , est devenu 
frère dans nos temps modernes , et Vu de amur s'est as- 
sourdi en ou, ce qui fait qu'on écrit aujourd'hui aawur. 

Toutes les autres langues de la France , le basque , le 
cello-breton, le flamand , l'allemand , le provençal , l'espa- 
gnol et l'italien ne possèdent plus le suffixe m de l'accusa- 
tif. Il est vrai que le flamand et l'allemand semblent en 
avoir un autre k l'accnsaUf de certains noms ; mais quand 
on remonte à leur origine, on voit qu'il n'en est rien. 
Ainsi, le nom Qamand kert, cœpr, fait à l'accusatif 
singulier kert-e. On pourrait croire que cet e final rappelle 
le snfGxe caractéristique de l'accusatif , mais il ne rappelle 
en réalité que la voyelle désinentielle du thème gothique 
hairt-o. Exemple : 





Gothiqae. 


Flsmind. 


Nom. : 


hairt-0 cœur , 


herl 


Génit. 


: hairt-ins 


kert-en 


Dat. : 


hairt-in 


kerl-e 


Ace: 


hairl-o 


hert-e 



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— 178 — 

Le Dom alleinand zwtge , langue , fait à l'accusatif singu- 
lier zunge-n. Mais cette désinence n n'est pas une lettre ca- - 
ractéristique , elle n'est qu'uccideatelle. L'euphonie l'a fait 
entrer dans le gothique lugg-o ponr en former le génitif 
iugg-otts , et elle est restée iuhérente à tous les cas du mot. 

Exemple : 





Cll^m. 


iuin allmud. 


illMUddMdl 


Nom. 


tugs-0, luigtu 


tung-a 


zung-e 


«éolt. 


(IIJJ-OIU 


ttmg-wlon 


zung-en 


U«t. 




tung-unon 


ztmg-^ 


Ace. 


(«îj-on 


tung-vna 


zmg-m 



Cette lettre n n'est donc ici que le signe caractéristique 
de cette déclinaison que Grîmm a nommée faible. 

RfcumuTion. — jccuutif siitodubh. 

m. n. t m. n. m t 

SoKicrill 



Crée : lixt-t- ÎApa-ii..,. ^dipn-».. iriin-« — /iiiu.. Jorîip-oi.. ii/yatlfsL 

Laiia : lapD-m. doaU'ni. . terri-Bi. hoBtE-m. . p«ii nmlr-en 

IliUitm lupo... dons tir». .. osu nudre 

Eifognal : loba... dan tism.. . biuspcd midre 

ProvDNfal : loup... don,doiiB. Urra. ., hosle donatoar. maire 

FraHçai* t loup. . . dos terra. . . hdte Mie. . doBtlear. min 

Ci/(D.&r>um: gwilou. iS dauw... boslii.... 

Gothiqui : Tuir... daur".... giba.... gasl' faihu danbUr 

Flamand : irolf. giTi. . . . gasl. .... tm dogler 

AUaHOBJ: irolf. gibe. .. |ut .... T[eb locbln 

Datif. — La caractéristique de ce cas est en sanscrite ou 
a •+■ t, avec ou sans insertion de y ou n euphonique , et aya 
pour les thèmes terminés en a. Son correspondant est e dans 
le flamand et l'allemand , et t dans le basque. Exemple : 



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_ 179 — 

Sanscrit : vrk-âya .... paty-é 

Gothique : vuIF-a gast'-a 

Flamand: ■w"'***- ■ • • • g»st-e 

Allemand : wolf-e gast-e 

Basque : oxoa-ri ostea-ri 

Il est évident que la désinence «, dans te flamand et l'al- 
lemand , n'est que le résultat de l'assourdissement du suf- 
fise a dans le gothique vutf~a. Il est vrai que Bopp a dit 
que cet a n'est pas nn suffixe, et qnele datif des noms go- 
thiques terminés en a est semblable au thème nu du mot. 
Mais cette opinion de l'illustre philologue me semble con- 
tradictoire avec celle qu'il f émise sur le nominatif du même 
nom. En effet, il disait alors que les noms gothiques termi- 
nés en a et en i rejettent ces voyelles devant s , la caracté- 
ristique du nominatif ; pourquoi ne pas admettre de même 
que la voyelle a do thème est aassi élidée an datif du go- 
thique vidf-a , comme la voyelle t l'est dans celifi de gas- 
t*-a, et que la voyelleade la désinence de ces mots est en 
définitive la caractérisque du datif ? 

Le ï final dans la terminaison basque ri provient de la 
contraction de la diphthongue sanscrite a -f- 1 on é, et la con- 
sonne r du pronom démonstratif hari, dont la dernière 
syllabe forme le datif singulier dans la langue basque et 
correspond au datif du même pronom en sanscrit, se ou lé. 
En effet , ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer d'après 
Bopp , « ou ( se transforme souvent en r. «t Der dritte zis- 
chlaut ist das gewohniiche s aller sprachen , welches aber 
um ende der worter im sanskrit eine sehr nnsichere stellung 
hat , und nach bestimmten gesetzen der verânderungen in 
i, s, r : h' visarga und u unterworfen ist ; und nur I und {' 
unverând bleibl. » (Bopp, Vergleich. Grammal. p.2l). 



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— 180 — 
Dans le relto-breton , le proveDça) , l'espagnol , l'italien 
et le français, le datif est semblable an Dorainatif et se dis- 
tingue seulement par son accompagnement d'nne préposi- 
tion et de l'article. 

Génitif. — Les terminaisons da génitif sanscrit sont s 
et sya. Des noms flamands et allemands ont conservé la 
désinence s dans lear génitif, comme le gothique l'avait 
eue. Exemple : 

Satucrit : vHut-gya paté-s. 

Gothique : vnifi-s gasti-s. 

Flamand : wnif-s gast-s. 

Allemand : wolf-s gaste-s. 

Cette désinence j dans le génitif de nos langues germa- 
niques ef t ce qni est resté de la désinence «ya du sanscrit, 
dont la diphthongne s'est détachée et perdue. La voyelle t 
est entrée dans vulfis , comme remplaçant la finale a du 
thème vulfa, parce que, d'après l'observation de Bopp, 
ta voyelle a dans les mots polysyllabiques permute avec i 
devant i. 

Le sanscrit sya est devenu r«n dans la langue basqae. 
Nons avons déjà dit comment cette transformation a pu 
avoir lieu. Il y a maint exempleqaï prouve que les désinen- 
ces zi et s6 se changeaient dans les anciennes langues ger^ 
maniques en rô. Il y eu a un même très-conclnant ; le gé- 
nitif dn pronom démonstratif sanscrit est ta^a , l'ancien al- 
lemand en a fait lhe$ pour le génitif singulier de son pronom 
démonstratif masculin , et (Aéra pour le féminin. C'est done 
par une permutation semblable que la désinence sanscrite 
tya est devenue la désinence ren da génitif basque. 



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— 181 — 
Quant anx autres langues de la France , la flexion du 
génitif leur manque complètement. Lorsqu'elles ont à ex- 
primer ce cas^ elles ont reconrs, comme pour le datif, & l'ar- 
ticle et à une préposition indiquée par les grammaires spé- 
ciales & ces langues. 



Nominatif. — En sanscrit, les thèmes masculins et fé* 
minins prennent â$ an nominatif pluriel , et les neutres i 
avecn euphonique. 

La plupart des noms flamands ont conservé le s comme 
caractéristique du nominatif pluriel , tandis qne des noms 
allemands l'ont perdu , ou bien l'ont changé en r , ou bien 
encore n'ont conservé qu'un e muet, rappelant la voyelle dé- 
sinenlielle a du sanscrit. Hais il y a des noms flamands et 
allemands qui ont n pour terminaison du nominatif pluriel. 
Je ne pnis expliquer cette .anomalie que par cette coosidé- 
ratioo , que certaines déclinaisons fortes du flamand et de 
l'allemand ont dégénéré , aux VHP et IX* siècles , eu décli- 
naisons faibles. On sait déjà que les noms germaniques de 
la déclinaison faible prennent n i tous leurs cas , le nomina- 
. tif du singulier excepté. C'est ainsi que le gothique han-a 
fait, au nominatif du pluriel, Aon-anc.au lieu de Aoit-tfs; et 
que le flamand haen et l'alieniaud hahn deviennent, au no- 
minatif du pluriel, haetir-en et hahn-en par suite du rejet du 
s primordial sanscrit et gothique, et de l'assourdissement 
de la voyelle finale a ea-e muet. 

Par nue permutation de voyelle , semblable à celle qu'on 
appelle en allemand umiaul , le nominatif du pluriel des 
noms basques se forme du nominatif du singulier en chan- 
geant la voyelle désinentielle a en e ouvert , qui correspond 



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h Vat OQ & alleinand , on bien à IV (a H- i) da lanscrit. Or, 
i est la désinence du DOmmatif ploriel du pronom masculîo 
démonstratif 1^ de la langue sanscrite. 

Dans le zend , comme en prakrit et en peti , la désinence 
ai se change souvent en 6 ono-f-u. Ainù, le sanscfitimti. 
lune (en flamand maen) devient mai en zend. C'est sans 
doute par la même raison que la caractéristique dn ploriel 
en celto-breton est ordinairement la diphtbongue ou on bien 
iou. Je dis ordùuttremmt , parce qne le celto-bretoa forme 
encore dç9 pluriels eo ed, en t'en eteD-tz.'qoi rappellent da- 
vantage lenr origine sanscrite. 

Four ce qui est de nos langues issues du latin , elles ont 
longtemps conservé les formes du nominatif pluriel latin , 
c'est-à-dire que les noms qui correspondaient aux noms la- 
tins de là première et de la deuxième déclinaison ne pre- 
naient pas le < au nominatif ploriel. Le tasçais lui-même a 
suivi cette règle jusqu'au X' siècle. Mais pour les noms fran- 
çais correspondant k ceux de la troisième , de la qoatrième 
et de la cinquième déclinaison latine . la lettre s a presque 
toujours été en usage, an ploriel, et c'est l'iaflaence, relati- 
vement moderne , des Mms de cette calorie , qui a fait 
que cette consonne est .devenue , dans la langue française ^ 
la caractéristiqoe du pluriel. 

■fciirrtiunoH. — homihitiv floucl. 



Saiatrit: Tri4s.... dlnl-B-i.. i'iËtIs.. ^ktuj-u.. ntd'd-iH'. dllàr-i!i.. datitar-u 

Boifw; .onr-CB.... unaiu-an ostalv-oi. 

Grte; lut-ei J*fw ffipeu... nem-ic-... /nBv-a..... ieriif-ti. iv/frif-ts 

2t%d: dlta hiiTâo.. piitj-ï... madhT-t.. dittr-d.. dngbdhâr-i 

CeJio-6ri(M;[Kil»«n-«d. rJ-OD. ... dniMao. hoÂis-ioD 

Latin: lap-i doua terra... hosl'-cs... pccn-a... dalor-fs.. malr-es 

Proten^al: lonp-os... don-t itrre... osle-i 

Bipagavl; UHh».... doR'W... tarr-e.. h«Hped«$. 



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— 183 ^ 

JtaVm: )«p-i..... doo-i un-*... osli udri 

Franfoit: loap-s.... don-s I«tb-s.. bitt-i..., hitt-s... don»t«iir-s. niâra-s 

Golhiiiut; lulfo-i... daura.... gibô-s. . g«sUi-9 

■ Flammitd: wnlla-n fiTMi.. gtsta^ dogtar 

AUtmmté: Utik-IL gtb*-l.. guto-o loch«r 



Accusatif, Datif et GiinTiF. — En sanscrit, les thè- 
mes mascatips terminés par une ?oy^ brève l'allongent et 
yajoQtent n, et ceai dn genre féminin terminés per une 
Toydle prennent s , nnsi qne les Urèmesmascnlins termi- 
nés pvr une voyelle longue. La caractéri5tif{ne dn datif plo- 
riel est bhyas , et celle du génitif pinriel âm avec on sans in- 
sertion de l'n euphonique. 

Dans toutes les langues de la France . l'arcnsatif du plu- 
riel des noms est semblable an nominatif pluriel ; nous ren- 
voyons donc h ce que nous avons dit sur ce 'dernier cas. 

Dans le flamand et l'allemand , les noms prennent on n 
an datif pluriel. Pour bien comprendre les rapports qui exis- 
tent entre la terminaison sanscrite bhyas ou byas et la ter- 
minaison germanique n , il faut lire ce que Bopp dit dans sa 
Grammaire comparée , de la transformation de cette syl- 
labe. Jtj/os en passant dans le Ikhnlnien est devenn «u par 
contraction de mus , car la permutation de 6 en m on de m 
en b est régulière , comme le prouve le sanscrit brù , parler , 
qui devient mrû en zend ; le sanscrit muk'a qui devient bucea 
en latin et bouche eo français , .etc. Le gothique a rejeté le $ 
dn lithuanien nu et n'a conservé qne le m dans mdfa-m , 
datif pluriel de vulfa, et la nasale m s'est permuta en la 
nasale n dans les langues germaniques et modernes. 

M. Baudry donne une antre explication dans son Résumé 
élémentaire de la grammaire $an»erite. Suivant lui , la ter- 
minaison iAyos dérive de la préposition abhi (ad eu latin, à); 
n le même procédé a été suivi par les langues germaniques , 



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— 184 — 
leur teniiiiiaisoD n du datif serait provenae de la prépositif 
an, aen{à, vert). 

Lorsque le thème saoscrit est termiDé en a, il change cette 
voyelle en ^ (oo a -4- i) devant la terminaison bhya$ du datif 
pluriel. Dans la langae basque, comme tout nom qui se 
décline se termine en a, cette terminaison se change au datif 
pluriel en ei et ne prend point d'antre' suffixe. 

La caractéristique âm du gënitirpluriel du sanscrit se re- 
trouve dans les langues germaniqaes et basque 30ub la forme 
de en , excepté seulement dans quelques noms allemands 
qui ont perdu cette terminaison, et dans d'autres qui n'eo 
ont conservé que l'e muet. 

Quant au celto-^ireton , an provençal , à l'espagnol, i 
l'italien et au français , leurs noms ne subissent aofnn chan- 
gement audalifnian génitif du pluriel. 

Ce cas n'y est désigné que par l'article précédé d'une 
préposition. 



En sanscrit, la plupart des adjectifs sont formés de thèmes 
en a et changent an féminin cette voyelle en â ou en î. Ils se 
déclinent d'après les mêmes principes que les substantifs. 

Dans toutes les langues de la France, les adjectifs suivent 
aussi le même système de déclinaison que les substantifs et 
distinguent ie féminin du masculin par ta voyelle a pour le 
provençal , l'espagnol , l'italien et le b&sqne , oti par e pour 
le français, le flamand et l'allemand; Le celto-breton seul 
fait exception à cette règle générale. Les adjectifs de cet 
idiome ne varient pas leur terminaison , ni par rapport au 
genre , ni par rapport au nombre. Mais il y a des circons- 
tances oà les lettres initiales se permutent pour désigner le 



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— 185 — 

plurid , comme eur vamm vâd , noe bonne mère , qui Tait 
8D plariel mammou m&d , de bonnes mères. 

NoDsdevoDs faire remarquer anssi que les adjectifs fla- 
mands et allemands possèdent , comme les substantifs des 
langues g^maniques, une double déclinaison, mais avec 
cette différence que chaque adjectif peut être décliné de 
l'une 00 de l'autre manière ; c'est-à-dire que la déclinaison 
de chaque adjectif est forte ou faible , suivent que cette par- 
tie du disours est indétermiaée ou déterminée. Dans le pre- 
mier cas, l'adjectif est seulement ajouta an aobstantif et se 
décline comme l'article ; daus.le deuxième cas, il est précédé 
de l'article et sait la déclinaison faible. 

Voici , comme exemple applicable au flamand et â l'alle- 
mand , un adjectif du VIII* et du IX* siècle , décliné sui- 
vant la déclinaison forte on faible. 

IMeliiiHlBoa f*i1e. 



Nom. ffMod (friunâ) guod fsaca) guod (brôd) 

le bon ami la bonne chose le bon pain * 

Géuit. guodet.is guodaro,ero guodes,es 

Dat. guodumu, emu ' guodaru, eru gttodumu, etnu 

Ace. guodan, ana guoda guod 



Nom. guoda guoda guodu,guod 

Génit. gtu>daro, ero guodaro, ero guodaro, ero 

Dat. guodum, on guodum, on guodutn, on 

Aac. guoda guoda guodu, guod 



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DéclInalaoB fklblfi. 



Ffaninin. N«aln. 

Nom. the guodii {friundj thiu gvoda fsaeaj thalguoda,e,(brod) 

le bon ami Is boene chose le bon pain 

Gén. thei guodm Ihera gttodun thés guodêtt 

Dat. themu guodm . theru gttodim , theniu guoden 

Ace. thena guodon thia guodun that guoda 



Nom. thia guodun , on Uùa g*iodwt , on tkiu guodm , on 

Gén. ihero guo^ono theroguodono Ihero guodono 

Dat. Ikem guodum , on them guodum , on thétn guodum, on 

Ace. thia guodun, on thiagmdwi, on thiu gttodun, on 

DEGRÉS DE COMPARAISON. 

En sanscrit , le suffixe caractéristique da comparatif est 
tara , et celui du ituperlatif tama. Cependant un petit nom- 
bre d'adjectiis ont yas- an comparatif et i$ta au superlatif. 

Bopp a recherché le sens de s«s salGxes tara et tama; il 
a cru trouver celui du premier dans le théine verbal du 
sanscrit tri , aller au delà , et celui du second dans le thèmfi 
verbal du sanscrit tan, étendre, étendae , l'extension la 
plus grande. 

Ces formes qui indiquent en sanscrit les différents de- 
grés de comparaison , se retrouvent d'une manière plus ou 
moins défectueuse , plus ou moins tronquée , dans nos lan- 
gues de France. 

Le suffixe tara est dévena er en flamand et en allemand; to, 
or, ore et eur dans quelqnes-nns de nos comparatif néo- 
latins ; le suffixe iyas du sanscrit , par la permutation de la 



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— 187 — 
sifQante s en la gatturate ch , est devenu ack en irlandais et 
oeh en breton , ago ea basque. Nos langues néo-^Unes ont 
généralement perda, à de légères exceptions près, le sof- 
âxedu comparatifsanscrit, et pour former le lear, elles ont 
dii avoir recours aux adverbes plus , più , mas , mai. 

LesalBie sanscrit tama se retrouve dans le suffixe du su- 
perlatif basque m , dans les terminaisons en timo , ximo , 
simo et mnui des superlatif^ de nos langues néo-latines. 
. Il ne s'exprime plus qne par la terminaison a dans le celto- 
breton. C'est le suffixe sanscrit ista qu'ont adopté nos lan- 
gues germaniques , oii il reparaît sous la forme epocopée de 
ste , ponr former l«nr superlatif. 

Si le français a des snperiatifs en ssime , c'est seulement 
pour des adjectifs <qu'il a pris tout faits an latin , comme 
révéroki^ime , Ulustriuime , etc. Sa manière ordinaire de 
former le plus haut degré de comparaison consiste à faire pré- 
précéder le positif de l'une des particules Irèt, le plus, 
fort, etc. — Exemples : 



Sanscrit : 
Flamand : 
Allemand : 
Sanscrit : 
Basqne: 
Bret(»i : 
Prownçal : 
Espagnol : 
Italien : 
Français : 

Id. 

Id. 

Id. 



danin, riche., daiù-tara, pins ridie. 
grool, grand , groot-er, plus grand. 
mcA, riche, f«eA-er, plus riche. 
ioAu, nombreux, iâ-yos, plus nombreux. 
tàuri, blanc , ckuri-ago, plus blanc. 
brûo, agréable, hra-v-oc'h , plus agréable. 
htwi, beau, mat ou pus heou, plus beau. 
dulee , doux , mas dulee, plus doux. 
ricce . riche , put n'en» , 
joli, plus joli, 

bonne , meilleu-re. 

mauvais , 
petit, 



pi-re. 

moind-re. 



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— 188 — 

Ces trois derniers comparatifs , qui sont des exceptions 
dans la Isogae française , sont anssi consacrés par l'usage 
dans les au^s langaeDoéo-ietines. 

posmr. luraKunr. 

Sanscrit : boAu, nombreux, My-tifa, très-aombreax. 
Flamand : grool , grand, groot'it^, très-graDd. 
Allemand : reich , riche , reieh-ite , très-riche. 
Sanscrit : danin , riche , dani-tama, très-riche. 
Basque : ehwi , blanc , chvri-m , trà»-bltac. 
Breton : brâo , agréable , vran-a, très-agréaUe. 
Provençal : beau , bean , tra~beou , très-beaD. 
Espagnol: du/es, doux, -dtUd-titno , trèe-donx. 
Italien : dotto, savant, doUi-uimo , très-savant. 

Id. e«^«6r0, célèbre, par eiœpt. :ceirà-0rnmo> très- 
Français : joli. très-joli. [célèbre. 

Par quelles transitions . les saffixes du comparatif et dn 

superlatif sanscrits sont-ils parvenus aux formes sous les- 
quelles ils fièrent dans nos langues modernes? La réponse 
i cette question doit être cherchée dans les contractions et 
les permutations de lettres que les mots subissent dans le 
cours des siècles. 

I^e BufBxe sanscrit tara a encore donné naissance i des 
prépositions latines, telles que celles-ci in-ter, pra-ter, 
prop-ter, sub-ter, et à des adverbes Oamends et allemands , 
comme :fI.0R-(fer, ail. un-fer, entre, parmi;flam. ag-ter, 
ail. ach-ter, derrière; flam. we-der , ell. wi-der, de nou- 
veau; fl. ne-der, ail. nie-der, en bas; D. et ail. soa-der , 
principalement , etc. 



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NOMS DE NOMBRE 



NOHBHES CARDINAUX. 



« Les WKDS de nombre ODtbeancoDp d'importance ponr 
la filiatioo des langues, dit M. A. Pictet. Ils font partie des for- 
mes les plus aneiennea de toat idiom« , parce qu'ils sont in- 
dispensables. Je ne crois pas qne , sauf quelques exceptions 
rares et qui s'ei^iUquent historiquement , deux peuples de 
même Bouche aient des nombres radicalement différents, et 
la concordance de cette espèce de noms dans toutes les bran- 
ches de la famille indo-européeDoe est un des faits les plus 
saillants de leur comparaison. » 

La justesse de ces observations ressortira, pour les langues 
que nous étudions^ du tahieui comparé des dix premiers 
nombres cardinaux : 





Suucriu 


Buqot. 


Breton. 


Flimind. AUna. Pra.. 


Esp. 


luliea. 


Fr«t. 


1. 


eka 


bal 


iinan 


em ein un 


uno 


uno 


an 


2. 


dvi 


bi 


dan 


twee zxeey dous 


do» 


due 


deux 


3. 


tri 


hirur 


tri 


dry drey iret 


très 


Ire 


trois 


4. 


c'atur 


Imr 


fevar 


vier mer quatre cuatro quattro quatre 


5. 


pane'an horlz 


pemp 


vyf fanf cinq 


einco 


cinque 


cinq 


6. 


s'a*' 


lei 


chtoeehzes secks $iei 


seis 


sei 


six 


7. 


sapUm 


zazpi 


teiz 


seven siebèn sept 


lieie 


lette 


Mpl 


8. 


as'tan 


zord 


eiz 


acht œkt hueeh ocho 


Otto 


huit 


9. 


navan 


bederetà na6 


ne »«un twtou 


nueve 


nove 


neaf 


10. 


dat'an 


bamar 


dék 


tien zehen dez 


ditz 


dieci 


dû 



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— 190 — 

Les langnes indo-européennes sont loin d'eiprimer 
\'uniti d'une manière uniforme. X^es unes ont adopté 
le nombre un dans le sens d'antériorité ; les autres 
l'cmt asKimilé à la particule privative an , comme pour 
manquer que l'unité est une abstraction complète de tout 
nombre. 

Le sanscrit éka , dont le «Comparatif est resté dans le grec 
MATipec, prend , suivant Bopp , son origine dans l'union du 
pronom démonstratif é et dans le pronom interrogatif ka. 
C'est aussi è un pronom ou k un adjectif indicatif qui lui 
sert de suffiie , que le basque a emprunté le terme bat par 
lequel il exprime l'unité. Point de doute que cette expres- 
sion basque ne dérive du sanscrit ka , par suite du change- 
ment si facile de la gutturale A en la labiale p onb, chan- 
gement très-commun en grec, ofi l'on dit indistinctement et 
suivant les dialectes : tcor* et vert, «wt et w«, xo-rtfor et 
iTBTipcv, K-ofet etTTefof, Ktitç et woiof. C'est par une per- 
mutation semblable , mais dans nn sens opposé , que le 
nombre latin qvingue , cinq en français , est resté le même 
mot que le grec éoliqne irty.m , que le gallique pump , que 
le breton pemp, que le gothique fmf. 

Or> entre les labialesp et b, il n'y a que cette différence, 
c'est que la première est forte et la seconde faible. 

Mais le sanscrit éka reparaît en entier dans le basque 
hameiea , orne , littéralement : dix et un, de homar, diiet 
eiea, an. 

Il est évident que le cello-breton unan , le flamand een, 
l'allemand ein , l'espagnol et l'italien utut , le provençal et 
le français un ne dérivent pas du sanscrit êha , «t qn'its se 
rattachent au latin unus , an gothique oins , an grée ir, etr. 
Bopp rapporte avec beaucoup de vraisemblance cette ma- 
nière d'exprimer l'unité , au pronom démonstratif sanscrit 



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— 191 — 
éna , pea osité , qui ne se trouve qne dans quelques cas de 
idam et fait éna-m à t'accusetif. 

Les nombres lansuits dvi et tri soot restés dans tes nom- 
bres d«WB et trois de tontes nos langues , même dans bi et 
hiru du basque. En eÎTet , le basque , comme le leod et le 
laUn, a Tonné son nombre deux eu rejetant le d du sans- 
crit , et en fortifiant , p«r suite de ce rejet , la labiale v qui 
devient b. C'est ainsi qne le leod a formé bipaitiatana , h 
deax si^es , et le latin biceps , h deax têtes ; bidens , à 
deux deats ; bipes, i deoi pieds ; bieoior, k deux couleurs ; 
bis , deux fois , etc. C'est par une senblable opération, 
c'est-à-dire en rejetant la dentale t do saascrit et en as- 
pirant la roulante r, que le basque exprime le nombre 
trois, hiru. C'est le même système qu'ont suivi le hcmgrois 
h^om et le zend tkri qni a conservé le t initial. 

Le nombre quatre s'est fonné dans nos langues du sans- 
crit c'aftiar, thème fort , on de c'atur, thème faible ; cela 
est certain pour nos idiomes néo-latitas qui ont formé direc- 
tement leur nombre quatre du latin quatuor. 

Ponr le flamand et l'allemand , la gutturale sanscrite e' 
s'est permutée avec la labiale /* on v , et a fait le gothique 
fidv^ par l'assourdissement de l'a.en t'; au datif ^dtâri-m; 
d'où l'ancien nordique fiôri-r, qui a donné naÏMBOce au 
Oamand et à l'allemand vter. 

Le celto-breton pevar est né aussi du sanscrit e'atvar, 
par la même permutation de la gutturale c' eu la labiale p 
.et par le r^et de la dentale t. 

Il faut se rappeler qne le sanscrit possède quotre-semi- 
voy^es y, r, l, v qui s'échangent fréquemment entr'elles. 
Aossi, dit Bopp, trouvQ-ti-OD sonvent dans les langues 
indo-européennes l pour v : t Âuck findet man in den ver- 
wandfm Europ-spracken mehrmals l fUr v. (VeâGL. grah- 



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— 192 — 

MAT, p. 19). » En appliqo&nt cette règle i l'elpressioD 

basque laur , quatre , et remplaçant l par v , on aura vavr 
qui correspondra parfaitement au gothique* fidvâr , à l'an- 
cien nordique fior, i l'anglo-saion feover, i l'anglais /ïw, 
au suédois fyra , au bas-saion veer. 

Le nombre cinq dérive dans toutei nos langues da sass- 
crit jKine'an , dont la racine ^t paç (lier, tenir} , parce que 
primitivement on comptait sur les doigts , et que, par le cin- 
quième doigt , on désignait la main qni tient les objets et 
représente en même temps la Uaùon on Vttuemble des 
cinq doigts. Le poète Ovide ténooigne que les doigts ont dft 
servir de base i la namération : 

Sed qaia loi digili, per qaos numertre «tlemili ; 
Hic immerus magno lune îd bonore fait. 

Chez les Grecs de l'EoIie ^ijuvi^ur, compter par cinq, 
signifie d'une manière absolae compter. Les chiffres ro- 
mains I , II, III sentUent figurer les doigts ; le chilfre V est 
l'image de la main faisant éventail. l£ chiffre IV, ce sont 
les oinl{ doigts ou la main moins un doigt. Le chiffre VI , ce 
sont les cinq doigts on la main plus un doigt ; le chiffre X 
figure les deui mains rénnies. Des peuplades d'Amérique 
ont conservé cette manière de compter. Les Guaraniens ex- 
priment an; par papetet, mot qni signifie une main (de jw, 
main , et de pelei , une) , et Benary fait remarquer le rap- 
port intime qui existe entre le nombre sanscrit jxmc' on, cinq, 
et le nom sanscrit j}âflt , main. (Bekuh. jahbb, 1833, 
II, p. 49). 

Pour les langues néo-latines , c'est par le changement 
de ta labiale initiale p du sanscrit panc'an en la gutturale 
j ou c , et , pour les langues germaniques et celtiques , par 
te maintien de la labiale sanscrite et le changement de la 



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— 193 — 
gutturale sanscrite c' ea f oa en p , que se sont formés 
l'espagnol cinco , l'italien cinque , le français et te pro- 
vençal cinq, l'allemand fûnf, le flamand vyf, le celto- 
breton panp. La racine sanscrite paç se retrouve dans te 
polonais piec , devenu pxat dans le russe , pét dans le 
bohémien , bott on bortz (1) dans le basque , ol dans le 
hongrois, vit et uni chez les Lapbns, mm chez les Finnois. 

Les cinq nombres suivants : six , sept , huit , neuf et dix 
correspondent dans les langues de la France aux nombres 
sanscrits s'as', saptatt , as'tan , navan, das'an. Il suffit, 
pour ■s'ea convaincre . de jeter un coup d'œil sur le tableau 
qni précède ces observations. Cependant, pour bien com- 
prendre la dérivation du sansdrit s'as daps le celto-breton 
chuech, et celle des nombres sanscrits tu' fan, navan, das'~ 
an dans les nombres basques zortzi , bederatzi, kamaz , 
quelques explications sont nécessaires. 

Les deux sifRantes s' du sanscrit s'a» se sont changées en 
deux gutturales ch dans le celto-breton chuech; cette per- 
mutation est très-régulière et ordinaire dans les langues 
indo-européennes, comme Bopp l'enseigne dans sa Gram- 
maire comparée , p. 20, n"»21 , etp. 446, n° 318. 

Le 5* aspiré du sanscrit est prononcé par les Anglais comme 
sh, et par les Allemands comme «cA; cette consonne devient 
X en grec, c en latin , h en gothique. Exemple : sansc. das'- 
an, grec J^tK»y lat. decem, goth. taikun. De même, dans 
le basque kamar, dix , l'aspirée h rappelle la sifflante sans- 
crite «' ou sh , et la désinence r la terminaison sanscrite n , 
qui d'ailleurs peut être indifféremment maintenue ou sup- 
primée , car elle n'ajoute rien à la valeur du mot. 



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— 19* — 

Dans la formation des noms neutres, les langues slaves les 
terminent indistinctement par n , s ou (. Le basque a donc 
pu placer un r à la fin dn nombre hamar , pnisqae le r per- 
mute souvent ayec la sifflante ». La présence de m dans hor- 
mar parait , il est vrai , très-irrégnlière , mais Bopp Tait ob- 
server qae toutes les langues slaves prennent un m devant 
la terminaison en. a AlU haben tie ein h vor den amgang 
EN, d p. 350, n' 264. Vekgl. urahhat. Il est possible que 
le basque suive cet usage. Si au contraire ar dans hamar 
est une syllabe insignifiante ajoutée an tbènie ham , nous 
ferons remarquer que ce thème a une très-grande analogie 
avec l'ancien allemand zekan et l'allemand moderne zekn 
dix. 

Le nombre basqne zortzi , huit, est noe forme corrom- 
poe da sanscrit as'lan , testé plus apparent dans le nombre 
basqne beder-atzi , neuf. Ce nombre bederatzt est composé 
de bedere, comparatif de bat (un en basque), et signifie 
plusun, et du nombre aïsi (zortzi) huit, fietiere est formé 
de bat , nn, et de ère qui est le type du comparatif ('(ara en 
sanscrit, npa; en grec, er en flamand et en allemand). 
La dentale t du tbème bat s'est adoucie ea d, et la voyelle a 
s'est changée en e , conformément à la règle de concordance 
entre les voyelles. Ainsi expliqué, bederatzi veut dire « huit 
plus un. » 

Les nombres supérieurs jk dix se forment , dans nos lan- 
gues comme dans le sanscrit , en combinant les nombres 
inférieurs à dix avec ce dernier nombre jusqu'à vingt eido- 
sivemeut. 

A partir de vingt , on ajoute de nouveau les nombres 
an-dessonsdedii à nn terme qui exprime la dizaine : s'ati, 
s'at ou ti en sanscrit ; ginti on ginla en latin ; nia en pro- 
vençal ; ntt en espagnol ; ntî en italien ; nte en français ; 



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— 195 — 

zig en allemand ; tig en flamand ; kogoi en b»sqae. Ce nom 
basque est sans ilonte le résultat d'nne violente contraction 
subie par un mot analogue à celui du gothique twaintig, de 
l'ancien allemand thuotoc ou zueinzug , du suédois tjugu , 
du àaiiois tiuge , etc. 

Bopp considère les expressions sanscrites s'ati,s'at, 
s'ala, li, comme des contractions des noms de nombres 
das'ati , dosât, das'ata, dérivés de das'an, dix, auquel 
s'est joint le sufBie ft , ta ou t. 

Je dois encore faire reraarqner , avant de quitter ce para- 
graphe, que le nombre breton triuech, 18, signifie littéra- 
lement trois-six ou trois fois sis , que les nombresvflamands 
elf et twaîf, et que les nombres allemands etlf ou elf et 
swôlf sont aussi régulièrement formés que les autres de la 
même série ; ils dérivent par syncope du gotbique âin-lifet 
tva-lif. Le premier de ces termes signifie un sur dix , l'au- 
tre , deux sur dix ; car Hf correspond au grec (Tika et au 
sanscrit das'an (dix). C'est le même procédé qu'a suivi le 
français onze , qui signifie un sur dix , et douze , deitx sur 
dix , etc. En eïfet , si Ton écrivait un-ze , deu-ze , etc. , on 
verrait que la désinence ze est la désinence du sanscrit da- 
s'an (dix) , mutilée et assoardie , mutilée par le rejet de la 
nasale finale n et assourdie par la permutation de l'a en e 
muet. 

NOMBRES ORDINAUX. 

De même que les peuples ïnilb-européens ont exprimé le 
nombre un de plusieurs manières , de même leur expression 
du premier des nombres ordinaux a été très-variée. 

Le sanscrit a formé son premier nombre ordinal de la 
préposition pra , avant , et du sufGxe du superlatif t'ama , 
lequel toutefois se réduit souvent à ta , ama ou ma. 



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— 196 — 

Poar les nombres ordinaux suivants, il a ajouté ce même 
suffixe aux nombres cardinaux, à l'exception des nombres or- 
dinaux deuxième et troisième, qui se Forment en sanscrit par 
l'adjonction du sufTixe liya aux nombres cardinaux deux et 
trois. Le sanscrit prat'ama , premier , est resté dans le grec 
7p»Td( , dans le latin primus , dans l'espagnol primera , 
dans l'italien primario , dans le provençal et le français ;»■«- 
mtVr. 

Le basque a été plus explicite ; il a exprimé le nombre 
« premier » par lehenbieteoa , ce qui signifie : « celui d'a- 
vant le deux. » Ce mot est formé de lehen, avant, de 
bic f deux , et du suffixe ko , dont on a fait un adjectif en 
ajoutant l'article a. Quant au reste de ses nombres ordi- 
naux , ils se forment tous régulièrement par l'adjonction 
aux nombres cardinaui de la désinence garrena, on plutôt 
arrena, particule qui équivaut à l'adverbe de temps encore 
on À un superlatif. La syllabe en ou ena est d'ailleurs aussi 
caractéristique du superialif basque et rappelle parfaitement . 
son origine saniicrite, c'est-à-dire le suffixe sanscrit t'<una, 
qui se réduit souvent , comme nous venons de te dire en 
ama, devenu ena dans la langue basque. 

Le celto-breton semble avoir formé son premier nombreor- 
dinal kénla du pronom sanscrit én-a et du suffise ta, (du type 
t'ama). La gutturale h est là sans doute à cause de la pro- 
nonciation gutturale du breton. Il exprime le second nom- 
bre ordinal par «i7 , qui signifie « autre s ( latin alius , al- 
ter). « Maintenant, ditM. Pictet, si le sanscrit onj/of et le 
latin alius , grec ^hXot, etc. , sont identiques , il en ré- 
sulterait que le gallois ail ( le breton eil}et le galliqne dora, 
dériveraient tous deux du sanscrit am/atara , qui se serait 
divisé entre les deux formes. » Tous les autres nombres or- 
dinaux du celto-breton se forment des nombres cardinaux , 



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— )97 — 

en ajoutant à ces derniers le sulHxe ved , qai se rattache 
peut-être à l'afiBie sanscrit ad ki a super, u 

Lorsque nous avons traité des dilTérents degrés de com- 
paraison des adjectifs , nous avons vu que le sanscrit avait 
encore te suffixe tVl'a pour former les superlatifs, et que 
c'était cette dernière désinence qu'avaient adoptée les lan- 
gues germaniques pour indiquer le plus haut degré de com- 
paraison. C'est aussi le même sufGxe qui se retrouve dans 
les nombres ordinani du flamand et de l'allemand , sous la 
forme tronquée de $te, te et de. 

Ces deus langues ont , comme le sanscrit et le basque , 
fait dériver leur premier nombre ordinal de ta préposition 
ehe , eker , avant , à laquelle elles ont ajouté le suffise ste , 
et en ont fait erste , le premier , c'est-à-dire le plus avatit. 

Le tableau des nombres ordinaux de nos langues présen- 
tera te résumé des observations qui précèdent : 



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-3 o> m 



■s s 
S- I 



I I 



? .s- 3 



•5- I I i 
I "i 1 *3 

19 3 5 



1 i 



5 § I 









1 ^. 

8- 6 



t S S. 



1. I 



S i â: S- S 
I î i 1 î. 

1' : :■ i' î 



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DES PRONOMS 

V Le langage , dit M. Egger , est un véritable drame où 
il y a des personnages {Trfie-u-jra., personœ, mot à mot, 
masquet de théâtre, et, par extension, rôles); ces per- 
sonnages ont des rAles différents, et ces rAles sont marqués 
ici par trois mots distincts. Le premier râle est celui de la 
personne qui parle d'elle-même; le second , celui de la per- 
sonne à qui l'on parle d'elle-même ; le troisième , ceini de 
la personne dont on parie (1)... Le pronom a naturellement 
trois formes , répondant aux trois personnes qu'il désigne. 
Mais ces trois formes n'ont pas toutes la mâme variété de 
déclinaison... Les deux premières personnes supposent, en 
général , la présence de deux interlocuteurs. Celui qui parie 
et celui à qui l'on parle , ^nt en présence l'an de l'autre , 
sont par là même des personnages bien déterminés ; il n'est 
pas nécessaire de dire à quel genre appartient chacun d'eux , 
pour que l'interlocuteur s'en fasse une idée claire. Au con- 
traire , la troisième personne est abseate ou peut l'être ; 
par conséquent , l'idée en est généralement moins* claire 
pour l'auditeur. Pins celte idée sera déterminée par des 
circonstances particulières de lieu , de genre et de nom- 
bre , etc. , plus le langage « fera son oFBce , qui est de 
montrer les choses à l'esprit, u De là vient que la classe 
des pronoms de la troisième personne est plus nombreuse 



(I) Il Ainsi «Ira ]i première , la seumâe ou U troisième personne, c'est jouer le 
premier, lesecood ou le (roisième rôlsdana la discours. VoiU pourquoi, en ce sens, 
le ipotpcr(imtii se dit également des hommes et deschosBS, des êtres suimés et des 
êtres inanimés, n (BuuniVF, grammn'rc f/recque, § 5U, do 1.) 



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— 200 — 
qne les deai autres ; de là vient sans doute aussi qu'elle ei- 
prime les genres (1). » 

Aussi , dans nos langues de France comme dans toutes 
celles de l'Europe, les proiioms de la première et de la 
deuxième personne sont-ils identiques , ainsi que ItTprouve 
le taUeao suivant : 

PRONOM DE LA PREMIÈRE PEB'SONME 
DU BiMsuLiei. 

HoBiidiliL G^ilif. D*li{. AecDHiif. 

Scauerit : aham marna, mê. mahyam, mè manm, mS 

CeI(o-6feton : mè, am, en iDB,Ta,an],ia 

Batque ; ai 



Provençal : 
Etpagnol : 

Froofoit: 

Gothigue : 
Alitmand: 
Flammd : 



. mibi. . 



;o ml (de).. 

io. ....... me (dl). 



mi (i) r 

mi, me (a) n 

moi (de).. mi(tHNniliul(iit« 
li^iptiùHlMfiuii). n 



, meiner . . . 
. mjns 



. my, me 



PRONOM DE LA SECONDE PERSONNE 



Saturritt 
Cello-breltm : 

Basque .* 

Piovençal : 
Espagnol : 



Gothique : 
ÂlUmttnd ; 
Fiamand : 



iTBm. ..... tava,tvè,U. lubyam, ihTè, i 

IS , 

biri.zari 



. tai.. 



, tibi. 



lu ti(de).... Ii(à) le 

tu., le (de) le(à) le, li 

lu It (viwix langage)., loi 

ibu ibetoa.... ibus ihuk 

du deiner.. .. dir dkb 

du dyns dy, di dy, dji 






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_ 201 — 

il résulte de ce tableaa qae le pronom celto-breton a 
entièrement perdn aa Tacnlté de déclinaison. On ne peut donc 
le comparer qu'aux formes radicales du pronom sanscrit. 

La forme da pronom celto-breton de la première per- 
sonne du singulier se lie aux cas obliques (taâ, mé, mat, 
may , etc. ) du pronom sanscrit aham , je , moi. — « Ce 
nominatif, dit M. Pictet, parait s'être conservé dans le 
gallois ym, et le breton am, «m, qui remplacent mi etm^, 
pour certaines formes de construction. — Une autre va- 
riante de la même personne , t en gallois , é en breton , 
n'est que le môme oomioatif o/i-am . privé de sa Oexion , et 
réduit à sa moindre expression, o 

Par l'assourdissement de la voyelle initiale a du sanscrit 
ah-am en e on en i, et par le rejet du snfGxe am, s'est 
formé le pronom de la' première personne du singulier dans 
les langnes néo-latines et germaniques, «o, w, yo, ik, 
tek. Au IX" siècle , on disait aussi en français eo , io pour 
je, comme dans les Serments de 842 : u Si salvarai-sio. 

5i' 10 retumar. » — a Dans la suite , fait observer 

M. de Chevallet, e ont furent remplacés par le son chuin- 
tant que nous représentons par y ou j^ , et «o , to devinrent 
jo , puisse , comme lahcob devint Jacob , etc. Au XIP et 
au XIIP siècles, on trouve ce pronom écrit tantât jV, 
tantôt ge. » 

Le pronom basque de la première personne du singulier, 
comme celui du celto-breton , s'est formé du cas oblique 
mé du sanscrit , par suite du même changement de la 
voyelle é (a-t- 1) en t et la permutation de la nasale m en 
n. Le sanscrit mé a formé également le français moi , l'ita- 
lien fflt , l'espagnol me , le flamand my et l'allemand mihr. 

Le pronom sanscrit de la seconde personne du singulier 
tvam s'est conservé dans toutes nos langues en rejetant son 
sufSxe am , excepté dans le celto-breton qui a pris son pro- 



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— 202 — 

nom de la seconde personne singulière dans les cas obliques 
du sanscrit lava , té. 

Le basque a la forme Ai , dont il se sert pour tutoyer, 
tandis qae zu est le tout singulier et respectaenx du fran- 
çais. Ce pronom basque ht est sans doute une réminiscence 
du sanscrit yu qui se trouve dans te pluriel yuyam , vous. 
Le flamand dit aussi indifTéreniment gy, soit qu'il adresse la 
parole à plusieurs personnes, «oit qu'il l'adresse à nne seule. 
Les langues de la France , pas plus que le sanscrit , ne 
forment d'une manière régulière le pluriel des pronoms de 
la première et de la seconde personne, c'est-à-dire que leur 
pluriel ne dérive pas du nominatif singulier des mêmes pro- 
noms , perce que tRoi et foi sont la négation de la pluralité. 
Ce sont deui termes qui expriment ce qu'il y a de pins in- 
dividuel , qui représentent les deni personnes isolément et 
abstraction faite de tout ce qui les entoure. 

En sanscrit , le pronom de la première personne da plo- 
riel « vayam » forme son nominatif du cas oblique mé do 
singulier , par un changement assez commun de m en v ; 
(vi-am) , tayam , d'où sont dérivés , par le rejet du suffîie , 
am , le gothique veis , l'allemand wtr , le flamand wy et le 
basque gue (on sait que le jf et le w se permutent). 

Le provençal et l'espagnol nos , le français nous , l'ita- 
lien nox et le celto-breton ni se lient aui cas obliques nos, 
génitif et datif dn sanscrit rayam. 

On voit dans les Védas que la vieille langue de l'Inde a 
encore une autre manière d'exprimer le pronom de la pre- 
mière personne du pluriel , c'est asmé , du thème asma. La 
voyelle initiale a représente ici la première personne et le 
sufGie sma le pluriel. Ce sufBie en passant dans le gothi- 
que a subi un renversement de consonnes ms (sm) ; la na- 
sale n a remplacé le m primitif, et la voyelle initiale a, en 
se trouvant devant la nasale n, s'est changée en u; de sorte 



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— 203 — 

que aama dans le gothique est devenu unsa ou umi , en a\- 
lemaod uns, en flamand ons. 

Le pronom sanscrit de la deuiième personne du pluriel 
(yttyatn) s'est foriné probablefflenl d'un ancien thème i/uva 
abandonné par l'usage, et il a donné naissance au gothique 
yu$ , à l'allemand ikr, au flamand gy , au celto-breton chui 
on e'Koui et hô., ainsi qu'au basque zuec. 

Quant au provençal et à l'espagnol vas, au franciiis vous 
et à l'italien voi, ils prennent leur source dans les cas obli- 
ques vas, accusatif, g^ilif et datif de yûyam. 

PROHOHS DE L& PBEHIËBE PERSOKKE 

DU FLUHIIL. 
nomioaliL GinitiL Ditlf. Acnualir, 

Samcrit : vayam as'm&kani, nas. asmabbySm asiiiàn,n33 

Celto-bretou: jil boT,lion,omp,iiDp hor,hon 

Batqtu: gD gari gnc 

Lo/Ai.- nos nostri aobîs nos 

Provençal: nuulres 

Stpagnol: nosolros 

Italieit: noi 

Gothique: veb vann udsjb... udeU 

Allemand: vît. unser uns uns 

Flamand: wy! onier ons oas 

PBOnOHS DE Ll SECONDE PERSODNE 



Batque : 


inic. 

TOUS, 

vol.. 
veis. 
Ihr.. 












. vestri..... 






PTtmenfol: 
E»pagna: 
Itatitn : 








TOMlEOS. 














Gùlhique : 




Izvara. ... 


.... iivis 


iïïis 


Flamand: 









b,Googlc 



PRONOMS DE LA TROISIÈME PERSONNE. 

Contrairement aux pronoms de la première et de la se- 
conde personne , ceux de la troisième ont la faculté de dé- 
signer le genre. Comme le sanscrit, le flamand et l'allemand 
ont les trois genres : le mascalin , le TéminiD et le neutre. 
Les idiomes néo-latins n'ont que les deux premiers ; le bas- 
que ne fait aucune distinction entr'eai. 

Bopp, § 341 de sa Grammaire comparée, a de très- 
grandes raisons de croire que le pronom de la troisième 
personne, dans les langues Indo-enropéennes , provieotdn 
pronom sanscrit «va qu'il suppose avoir été employé primi- 
tivement comme pronom de ta troisième personne et qai ne 
l'est plus que comme pronom possessif. Cependant , il est 
resté dans deux des cas obliques du prâkrit sous la forme 
xle se , comme datif et génitif de tous genres. Le zend l'a 
conservé sous la forme de fté et de hoi , par permutation de 
la sifflante t en la gutturale h; et il est probable que c'est 
le même pronom qui se trouve , sous une forme contrac- 
tée , dans le sanscrit sas, $à,tai, dont cette longue se sert 
habituellement pour désigner la troisième personne da sio- 
galier. 

Le sanscrit a encore un autre pronom ayant, iyam, 
idam, qui correspond au latin Aie, hœc, hoc: — is,ea, td; 
— iUe , illa , illud. 

C'est aux cas obliques du sanscrit sva et an pronom régu- 
lier ios, sâflat, que se rattachent le pronom flamand de 
la troisième personne ky ,zy , het (par changement , comme 
dans le zend, du « en A pour le masculin et te neutre), l'ita- 
lien esso et e»sa , ainsi que le pronom allemand er , tie , es, 
par rejet du s initial dii sanscrit et le changement régulier 



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_ 205 — 

du » final eo r pour le masculin [i]. Le pronom basque 
karc , kura a la même origine, comme le breton ht , he. 

DÉCLINAISON 

DU PRONOS I« LA TROISIÈME PERSONNE. 

SINGtILKn. 
Rominiilit C^nilir. Daiit. ieeimlU, 

SoMcn'i ; us, sa, Ul.. Usfa, ua^s, tasja. tasmii, lasjrii, tasmtî. . Un, [In, 1*1 

Aat^e : hura hlna har[ harc 

Cel((>-inlim:heD, hl, bï.. hiî , hen , bar. . . . fa«, inéthan; hj , ht... aoéibi 

Gothi^ut : la, li, (hala. Ibis, IbîiSs, Ibis. . tbamma, ihiiai, thammi. tbaoi, Ihâ, Ibana 

^tlmiuul : er,si«,es.,. acioer, îhrer, seiner. ihin, ihr, ibm ibn, aia, ts 

Flamand : h;,i]r,ie,hcL lyna, baers, tyas.. tiem, hter, hem hem, ba«r, te, bel 

Ilalùm: esaa,ei,«,easi 



SoMcWi: U, tis,laiii.. Itsan.llaani.Uslni. Ubyas, llbyas, Ubju. ttn, Us, ttni m U 

Batque: bec beyee heyei hej«c 

CiKo-ïrilan.-ht, bt hA.hl.anéihA 

Gothique ; ibai, Ihis, ihl. ibiiê, ibîzA, ihiiâ. thaim, Ihaim, lh*im... ibani, Ibâsiltnioiill 

AtltauBid; aie ihr«r. ibnen aie 

Fhmtaid: ly, i*. haoner hun u, hen 

lialit*: ei«i,eMe 

Mais je fais remonter au pronom sanscrit ayam , iyam , 
idam , les pronoms néo-fattns restés en France sons la 
forme d'el et'd'eou pour le provençal , A'el et d'ella pour 
l'espagnol , d'egli , d'ella et de la pour Titalien , d'i7 et 
d'elle pour le Tr^nçais. Leur dérivation a eu lieu par !e pas'- 
»age du sanscrit neutre idam au latin ille , lequel s'est formé 

(I) Aa XV1> slkle, ta peimaUlion du a en r «I dn r en > était «ncore très- 
etoD disait mmtfite, mamiie, pogrMOn pirt, manièrD. Voyei \<a grammaires 

duXV|<giicle, Ddkms, Giunu, Piaot, etc. 



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— 206 — 

par la permDtation de la dentale d en la donble liquide f , 
pertnatation qui n'est pas rare et que nous avons déjà re- 
marquée dans (TiiEKpe devena tacryma en latin , dans goutte 
provenant de stilla, et que Scaurus {de Ortkog. p. 2252) a 
observée dans le latin sella (siège), dont la forme archaïque 
est sedda , de sedere (asseoir). Le latin preîum a iaUpres- 
soir en Français. Tontefois , je rapporte la forme ei et e du 
même pronom italien au masculin sanscrit ayam (e -+■ am) 
dont elle ne serait qu'une contraction. 

DÉCLINAISON 

DU PRCWOM DE U TROI^HE PERSOIfllE 

DUS LES IDIOIUS nto-Liiim». 

Nomlattir. Giailif. Dllit Acoiutit 

Latm: il1e,illa,illDd>. illiu. illi illnoi) ilUni, illod 

Pn»iental:ti,eoa,«h,é\» 

Etpagaot: è\, eIU, cllo ' 

IiaticH! tgli dllni ^it M. >■ loi i) 

Fronçait : il, ellB délai '. i lai.... lui, le 



LaUji: illi, ills, ilU.. illoram, Ulanim, illoroin.. illis. . 

PnwMf^l.'cllos, «lias 

fijMjnni : «llos, «lias 

ItaHtn: cgljno di loio iloro. 

frmfoit: ils, eai d'eui < 

Avant de quitter le chapitre des déclinaisons , faisons re- 
marquer que le pronom allemand er de la troisième personne 
n'a point la lettre h , contrairement à son analogue flamand 
hy. (I parait que ce pronom allemand a perdu cette lettre 



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— 207 — 

depuis le IX' siècle , car il te possédait encore en 742 . 
comme od le voit dans la foimale d'abjuration do concile 
de Leptines, rormnle oi!i on lit hiro, et en 818 dans les 
Capitniaires de Louis-le-Germanique , kimo et hin (1). 
Cette gutturale est restée aussi dans les langues du nord , 
le frison , ranglo-saxon et le Scandinave ou le nordique. 

La voyelle radicale du pronom flamand de la troisième 
personne est t ouy, taudis que c'est un e dans l'allemand. 
Cette différence tient à ce que le flamand s'est moins éloi- 
gné du gothique et des branches du vieil allemand qui ont 
pour pronom de la. troisième personne is, »i, ita, ir, siu, iz, 
etc. Delcourt, dans son Traité de la déclinaison néerlandaise 
ancienne , du moyen-Age et moderne, croit avec Griram que 
ce changement de l'i en e dans le pronom allemand s'est 
fait seulement depuis le XI" siècle , et que dans le flamand 
le génitif singulier kaer du pronom féminin de ta troisième 
personne dérive d'un ancien nominatif her , aujourd'hui inu- 
sité, sinon disparu, mais qui semble s'être réfugié dans les 
dialectes populaires du Brabant et de l'Allemagae septen- 
trionale. 



(l)Vi>ir ces' documents dans notre brochnrt sur VAnalvgit de la tangm dei 
Golkl II dei Franla mite U latucrit. 



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DU VERBE 



FORMATION DES TEMPS. 



CONJUGAISON. 



Pour bien comprendre les rapports qai eiistent entre le 
verbe de nos langnes de France et le verbe sanscrit, il faut 
.signaler tout d'abord un fait important dans la conjugaison 
indienne ; c'est la division des temps en généraux et spâ- 
ciaux. 

Les temps généraux sont : le prétérit augmenté multi- 
forme, le parfait , le Tutur premier , le précetif, le futur se- 
cond et le conditionnel. 

Les temps spéciaux : l'indicatif présent, le sabjooctif, 
l'impératil et le prétérit augmenté uniforme. 

Celte distinction résulte de ce que les temps généraux ou 
communs n'ont qu'un seul mode de conjugaison et qu'ils se 
forment d'une seule manière, c'est-à-dire, par l'adjonc- 
tion immédiate des désinences à la racine; tandis que les 
quatre temps spéciaux se forment par l'introduction des let- 
tres épenthéliques entre la r&cine et les désinences on suf- 
Bxea personnels. 

Ces lettres servent , en sanscrit , de base h la divi^on des 
verbes en dix classes. 



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— 209 — 

Ces classes se distingueot les unes des autres , quant aax 
temps spéciaux , pai les caractères suivants : 

1" classe. — Entre la racine et la désinence , on insère 
d ou d dans les premières personnes caractérisées par m on 
V , a et la voyelle radicale reçoit la guna quand elle en est 
susceptible , dit M. Baudrj dans son Résumé de la gram- 
maire sanscrite. Eiemple : bédhâmi, « scio, » bâdhati, 
« scit, » de Intdh. Cette première classe contient pins de 
la moitié des verbes sanscrits. 

2". — a Les (leiions sont ajoutées immédiatement à la 
racine : Aanlt , il tue , de kan, 

3°. — « Elle redouble la syllabe radicale. Exemple : da- 
dâmi, J'iif'u/j.i, de dd, donner, dadkâmi , tiShjmi , de 
dhâ, poser (1). Cette classe contient une vingtaine de ver- 
bes, et elle correspond avec celle des verbes grecs en /jn. 
V. — « Elle ajoute yaàla racine : nacyali, « périt, ». 
de nae; mriyaté , « moritur , » de mri. La plus grande par- 
tie 3es verbes de cette classe ne se conjuguent qu'à la voii 
moyenne , et sont de véritables passifs. 

5**. — A Elle ajoute à la racine nu , qui se transforme eu 
nô devant les terminaisons légères. Exemple : âpnâmi , 
j'obtiens ; âpnumas , nous obtenons , de âp , obtenir. 

6». — « Elle ajoute o i la racine, comme la première 
classe; mais la voyelle radicale ne subit pas de guna. 
Exemple ; tudatt, « vexât , » de tud. 

7*. — « Elle ajoute , avant la consonne finale de la ra- 
cine , la nasale n ou, dans certains cas, la syllabe na. 
Exemple: yunjanti, a jungunt ; » yunakti, « jungit,, » 
de yui. 



(1) Vojei, BUr l'analogie des rtciBM dâ, donner, el rfiU, poser, li Grammairt 
temparét d« H. Eoeut, chip, IV. 



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— 210 — 

8°. — H Elle ajoute i la racine u , qui devient 6 devant 
les terminaisons légères. Exemple : Um6mi, tanumas , 
<t exlendo , extendimus , » de (an. 

9^. — « Elle ajoute à la racine nf , qui devient nà de- 
vant les terminaisons légères. Exemple : krinâmi, kritUmoi, 
<i veodo , vendimus , » de kri. 

10". — « Elle ajoute aya à la racine et lui impose la 
guna. Exemple : ehôraydmi, de chur, voler. Cette der- 
nière classe retient ay , même dans les temps généraux. On 
peat la considérer comme appartenant aux verbes dérivés , 
d'autant plus que sa forme est exactement celle des cansa- 
tifs. » 

l». — Verb«> qui prennent en sanscrit la lOnnalive a. 

Retrouverons-nous ces caractères si fugitifs dans les verbes 
des langues de la France? Oui, pour lé celto-breton , les 
idiomes néo-latins et germaniques. Nous hésitons à répondre 
aussi affirmativement pour le basque, parce que , dans cette 
langue , le verbe n'a qu'une seule manière de se former , et 
que tout nom, pronom, substantif, adjectif, tonte parti- 
cule quelconque peut se convertir en verbe , en ajoutant 
au radical Icea ou cea . selon que le mot est terminé par 
une voyelle on par une consonne. Or , beaucoup de noms 
basques ont leur désinence en a; il est donc difficile, do 
moins pour moi , de discerner si cette vojelle est le signe de 
l'article ou si elle est une simple lettre épenthétique. 

t( L'intercalation d'un a , dit H. Piclet , qui distingue 
en sanscrit les verbes de la première et de la sixième classe , 
lesquelles comprennent plus de la moitié du nombre total 
des racines , est devenue générale en irlandais. Quelquefois 
t'a s'affaiblit en i , et cet t prend un autre a par suite de 



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— 211 — 

la loi de concordance des voyelles. . . Dans le breton , le 
fait de l'insertion de l'a est également obscurci par un mode 
plus récent de formation. Toutefois , il faat y rapporter l'i 
de la seconde personne plariclle de l'indicatif et de l'impé- ' 
ratif; par exemple : kan-i-t, voas chantez, en sanscrit 
kan-al'-a, de la racine kan , rendre un son. u 

En latin , c'est la troisième conjugaison qui répond ans 
verbes sanscrits qui prennent la lettre épenlhétiqne a; mais 
celte voyelle sanscrite s'affaiblit généralement en i en pas- 
saut dans le latin : Battu-i-s , bcUtu-i-t , baltu-i-mus , 
battu-i-tis. Cet i du latin s'est maintenu dans' quelques 
temps du verbe italien et espagnol , correspondant à la troi- 
sième conjugaison latine. Quelquefois il s'y est changé en 
e : italien, vend-t, tu vends ; vend-e, il vend ; — espa- 
gnol , are-e-s , tu crois ; cre-e , il croit ; cre-i , je crus. Le 
français, ayant~ perdu la plupart des désinences pronomi- 
nales du latin , q en même temps perdu la lettre épenthé- 
tique du sanscrit, excepté dans les verbes de la première 
conjugaison française où elle figure encore sous la forme de 
e- muet , comme dansy'atm-e , tu aim-e-s , il atm-£. Mais 
le provençal parait l'avoir conservée intacte dans quelques- 
uns de ses verbes. Ainsi, le latin discem-i-s, dtspon-i-s, 
dislribu-i'S , devient en provençal discem-a-s , dispoS'O'S , 
distribu-a-3. 

« En gothique, écrit M. Ad. Régnier d'après J. Grimm, 
nous rencontrons , à certaines personnes , l'a sanscrit pur ; 
i d'autres . nous le voyons , comme en latin , s'affaiblir en 
t. Ainsi le verbe fort gothique nim-an , « prendre , » fait au 
présent de l'indicatif, au singulier, ntm-a, nim-i-s , nim- 
i-th; au pluriel mm~aHm,, nim-i-th, nim-a-nd; eu duel, 
ntiR-d-s, nous prenons , » nim-a-ts, « vous prenez. » 
« Il résulte de ce que nous venons de dire du latin et 



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— 212 — 

do gothique, que |e caractère de la première et de la sixième 
classe, cet a antique de la dérivation sanscrite a laissé des 
traces, jusqu'à nos jours, dans la conjugaison ; car les « 
mi-muets ou muets qui forment ou commencent la dési- 
nence , soit dans l'allemand d'aujourd'hui , soit dans notre 
propre langue , ne sont antre chose que les restes , de plus 
en plus effacés , de cette voyelle insérée entre la racine et la 
terminaison verbale : ich nehm-e, « je prends, » wirnehm- 
e~n, « nous prenons. » 

C'est le même e muet, correspondant à l'a sanscrit, qui 
se trouve dans le flamand ik nem-e , « je prends , » wy 
nem-e-n, « nous prenons, » zy nem-e~n, u ils prennent. » 

Nous avons vn plus haut que les verbes sanscrits de la 
première classe prenaient régulièrement le guna. Bopp le 
reconnaît dans une partie des verbes gothiques. Verch. 
gramm. §27 et 109. L'allemand et le Oamand reprodni- 
Rent ou imitent aujourd'hui cette même modification par 
Vahlaui , mot allemand qui signifie littéralement a dévia- 
tion du son ; » en d'autres termes , il y a un certain nom- 
bre de verbes allemands et flamands qui ne modifient pas 
seulement la qualité , mais encore la quantité du son. 

20. — Verbes qui preoneol en saoscrj! Ii (onnatJve j/a (*' classe). 

Le celto-breton a perdu cette formative. En latin , elle 
est représentée par les verbes de la troisième conjugaison 
en io , comme accip-i~o , cup~\-o ; en français, par les ver- 
bes en ter usités autrefois dans le vieux langage, comme 
recel-i-er, receler, rehel-i-er, encourager : 

Quant Atys ot sou compitinon 
Qui M porchace Ruérison 



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— 213 — 

El est seur de M aldi«r 
Forment te prisi à rthaitier. 

£> rnnn d'Àlhli tt dt PnlHlUti. 

dans le provençal amnist-t-er, apprec-t'Or; dans l'ita- 
lien recip^-ente ; dans l'espagnol allribu-y-es. Mais c'est 
dans le gothiqae que ta figurative ya s'est maintenue pres- 
que sans altération. Tous les verbes gothiques du premier 
type de la conjugaison faible , oq bien du siiième type de la 
conjugaison Torte, suivant de Gabelentz et Lœbe (i) , insè- 
rent /'a entre la racine et la. désinence. Eiemple : skatk-j- 
an. nuire, hlah-j-an , rire. Mais ce/ a disparu dans l'alle- 
mand et le flamand : sckad-en, lach-en, par le fait du chan- 
gement de l'a final en e muet. 

3>. — Verbes qui ïDsirenl uoe nasale dans leur racine (7< classe). 

Comme dans la classe précédente , le verbe cello-breton 
a perdu cette formative. Cette nasale varie suivant les prin- 
cipes de l'euphonie et se règle sur la nature de la consonne 
qui la suit. Devant la dentale d, c'est la nasale-dentale tt 
qui s'introduit : latin , fu-n-do (patïait , fid-i , fis-sum), 
fi-n-go ; français , fe-A-dre , fei-n-dre ; italien , fe-n-do, 
fi'fi-go ; espagnol , fi-n-gir. Mais devant la nasale n , la 
nasale formative se change dans le provençal en gutturale 
fe-g-ner, « feindre , » et redevient nasale devant les guttu- 
rales cA; fe-ti-ch, fe-n-ekot feint , feinte. 

L'allemand et le flamand semblent avoir conservé des 
traces de ces procédés de formation de la septième classe. 
Exemple : flamand , bri~nrgen , « apporter ; o de-n~ken, 

(I) S 113 «t Gramm. tompar. de BoFT, % t09 a) 3. 



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— 214 — 

« réfléchir ; » allemani} , me-n-gen , flamand , me-n-gelen, 
f mélaDger. » 



io. _ Verbes qni insèrenl en sanscril u, nu ou nd eotre le tbëme 

et la désinence. 



Les verbes sanscrits qai insèreDt u oa nu ne sont qa*au 
nombre d'une quarantaiDe ; il n'est donc pas étonnant qoe 
nous ne trouvions des trares <Ie ces formatives dans nos 
langues modernes. Mais le cello-breton en a conservé de lu 
formative na. Ainsi, de la racine sanscrite kri, acbeter, qui 
fait i l'indicatif présent kri-nâ-mi , j'achète , est dérivé le 
celto-breton jw«-n-a, acheter, par la permntation de c en p. 

C'est de cette dernière classe de verbes que Bopp rap- 
proche les verbes latins qui insèrent m et ne devant r, 
comme : eer-ne-re , steT'tte-re , cer-m-mus , ster-ni-mus. 
C'est donc dans cette même classe qu'il faut ranger les ver- 
bes aper-ne-re, ster-ne-re de l'italien ; eer-ne-r de l'espa- 
gnol ; .consler-na-r, di$eer-n-ar du provençal ; conster-nrer, 
diseeT'ne-T da français. 

On retrouve aassi dans quelques verbes germaniques la 
formative sanscrite nâ ; par exemple , le verbe sanscrit r(, 
mouvoir, a prodail le gothique rin-na-n , d'oii le flamand 
et l'allemand ren-ne-n » galopper. 

S*.— Verbes qui iosèreoteo sanscrit ayadevanlladésiDeDce (I0« classe]. 

C'est sous la forme de y, ioaj que la syllabe sans- 
crite aya s'est conservée dans les verbes qui correspondent, 
dans les langues de la France , à ceux de la diiième classe 
du sanscrit. 

Ainsi , le verbe sanscrit b'âv-aya-mi , je fais être , je vi- 



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— 215 — 

ïifie , a produit le celto-breton biv-i-dik, vivifiant. En la- 
tin , ce sont les verbes en i-re de la ijuatrième conjugaison, 
tfai semblent avoir gardé le pins fidèlement ce type de 
conjugaison, et aoiquels correspondent les verbes espagnols , 
italiens , provençaux et français qui ont leur infinitif en t'-r. 
Le gotbique a formé la plupart des verbes de la conju- 
gaison faible en intercalant^ qui correspond*à la figurative 
aya du sanscrit. Mais le y gothique a dispara dans le fla- 
mand et l'altemand. Exemple : les verbes gothiques lag- 
ja~n, coucher , sok-ja-n , chercher , sont devenus en fla- 
mand leggen, zoeken; en allemand legen, suchen. 



Bopp a démontré d'ane manière indubitable , dans sa 
Grammaire comparée, l'origine pronominale des termin£|i- 
sons personnelles dans la conjugaison indo-européenne. 
Ainsi, en sanscrit, dit M. Baudry , pour les premières per- 
sonnes du singulier et du pluriel, i'nt vient évidemment de 
mê , thème des cas obliques du pronom de la première per- 
sonne ; le « caractéristique des premières personnes du duel 
vient de avam , « nos ambo. » — L's de la deuxième per- 
sonne do singulier n'a pas d'origine sanscrite apparente ; 
mais elle fait penser au grec e-u. Le t des troisièmes per- 
sonnes vient de ta , thème do pronom sas , sa , tat. Les fi- 
nales plurielles en an sont pour ant, la dernière consonne 
se trouvant retranchée par euphonie , comme en grec. 

C'est le même procédé <]u'ont suivi les langues de la 
France. 

£n basque , on retrouve les pronoms dans les terminai- 
sons de la première et de la seconde personne du pluriel de 
l'indicatif présent du verbe auxiliaire dut : dugu , nous 



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— 216 — 

avons ; du-zue , vous avez. — Gu et sue sont les pronoms 
basques de la première et de la seconde personne du pla- 
riel. — Mais à l'imparTuit de l'indicatif da même verbe, ils 
ne lai servent pins de terminaisons ; ils le précèdent au con- 
traire , et c'est le verbe qui vient se joindre k eux , se con- 
fondre, faire corps avec eux. 

Il en est de même pour le verbe auEiliaire izaitea , être. 
— Dans naiz , v je suis , » haiz , « tu es , » gare , « nous 
sommes , a zarete , a vous êtes , » les ioitiales n ,h, g, s 
représentent les pronoms basquesni, ht, gu, zuec. La ter- 
minaison de la troisième personne du singulier et du plu- 
riel de ce verbe izailea n'a pas une origine pronominale 
basque , parce qu'il forme cette personne d'une manière 
très-irrégulière. Il semble avoir rejeté le radical %z qui cor- - 
respond au radical sanscrit as (de as-ti , il est) , et conservé 
seulement la désinence pronominale sanscrite ti, qui se se- 
rait changée dans le basque en da (il est) pour le singulier, 
et en dire (ils sont) pour le pluriel. 

£d celto-breton , l'tn de la première personne du sanscrit 
a fait partout place à nn. Exemple , kana-nn , je chante ; 
Aane-nn, je chantais; kanfe-nn, je chanterais, etc. Les de 
la seconde personne du sanscrit s'est changé en z , non pas 
d'une manière directe, mais, ainsi que l'a démontré M. 
Pictetdans sa deuiième lettre à M. Schlegel, insérée dans 
le Journal asiatique , par la corruption du l que le gallois a 
substitué à s et qu'il a conservé intact. Le z breton parait 
rappeler la forme moyen-âge de la seconde personne singa^ 
Hère. Dans les anciens poèmes gallois , on trouve écrit : 
^/jftcesTi, tuas entendu (1). 

Le breton a perdu le f de la troisième personne du sanscrit, 

(1) Arcfycalos. nfWaln. I, lïî.. 



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— 217 — 

excepté à l'impératif: kane-t, qu'il chaule, gtoeze-t, qa'il 
sache , etc. Mais il a conservé le m sanscrit pour caractériser 
la première personne du pluriel , à tous les temps du verbe ; 
seulement il y a ajouté un p : kano-mp , nous chantons , 
kane-mp, nous chantions ; kanzo-mp , nous chantAmes, etc. 

Le sufSie sanscrit la de la seconde personne du pluriel a 
été conservé dans plusieurs temps du verbe breton, mais 
privé de sa voyelle : kani-t vous chantez hmzo-t, vous 
chantAtes; kano-l, vous chanterez, etc. Dans d'autres 
temps, il a été remplacé par le sufBie ck , qui n'est qne le 
pronom breton ehxoi , vous ; kane-ch on kana-eh , vous 
chantiez; ktmfe-ch , vous chanteriez. 

La troisième personne du pluriel a pour terminaisons en 
celto-bretoD ont. mt. et inl. Eiemple : kan-ent, qu'ils 
chantent; kan^ont, ils chantent; kan-int, ils chanteront, etc. 
Ces terminaisons correspondent à celle de la troisième 
personne plurielle du sanscrit anti. « Mais ce qui est fort re- 
marquable, dit M. Pictet , c'est que le sanscrit anti ne se 
rapporte, dans cette langue, à aucune forme pronominale, 
tandis que le gallois et le comique (branches du celtique) 
possèdent encore un pronom ktcynt , hynz , hanz , ils , dont 
la liaison avec le sudîie verbal n'est pas douteuse, a Ce 
rapprochement peut donner matière à bien des réDeiions. 

Comme c'est du latin que dévive la formation des person- 
nes des verbes néo-latins , nous montrerons d'abord l'ana- 
logie qui existe entre les suffixes personnels latins et ceux du 
sanscrit : 

itneuuEii. 
Sanscrit. Lalin.' 

1'" Personne : mi, am o, um, am, am. 

2* — si, $ s, as 

3' — i%,t,tu t,al,lo. 



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1" PersoDoe : mas, ma mus. 

2' — Iha, la lis , te. 

3' — anti, eatlu, an. . unt, ant, nto. 

Il est à remarquer que le latin a formé la première per- 
sonne singulière de rindicat|,f présent , non pas, comme en 
sanscrit, du thème des cas obliques du pronom de la première 
personne , mais directement du notninatitdu pronom latin 
ego : Am-o par contraction de am-O'O , qui est lui-même 
une contraction de amra-ego. 

M A la première personne du singulier, dit M. de Che- 
vallet , l'o de la flexion latine a été conservé en italien : 
^orfo, pcwto , batto ; il en a été de même en espagnol et en 
portugais. Le français, toujours guidé par le génie de sa 
prononciation , supprima cet o final dans toutes ses conju- 
gaison>). Il a dit d'abord je port , je part ou par , je bat , 
j'aim , je chaiU , je dorm on dor , je aai , f'e di , je rend on 
ren , etc. 

« Par la suite on ajouta un e muet final i cette personne 
dans la première conjugaison, et l'on ti\iijeportE,j'a\mK, 
je chanlK , etc. Cet e muet est destiné à marquer que l'on 
doit faire sentir la dernière consonne de ces mots. Avant 
que l'on eût recours à ce signe purement orthographique , 
rien n'indiquait à l'œil que l'on dût prononcer diflé- 
remment les terminaisons ant , ent dans les verbes je chant 
(je chante) , je serpent {je serpente) , qu'on ne prononce 
ces mêmes terminaisons dans les substantifs un chant , un 
serpent. 



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— 219 — 

« La première personne des verbes de la seconde et de la 
troisième conjugaison reçurent un $ paragogîque ; je par, 
je rend , je ai , je sai , je reçoi , devinrent je pars , je 
rends, je dis , je $ais , je reçois. Cette modification , (|ui 
peut avoir en de bons résultats pour la douceor de la pronon- 
ciation , a été moios heorease sons un autre rapport ; elle a 
réduit à nne seule forme la première et la seconde personne 
du singulier, qui avait autrefois des formes distinctes :je par, 
tupar$;jedi, tu dît; je reçoi, lu reçois, etc. J'ai est la 
seule des premières personnes du singulier h laquelle on n'ait 
point fait subir de réforme. 

« Après les observations que j'ai faites touchant l'in- 
llaence de l'accent latin sur la formation de nos mots fran- 
çais , on comprendra facilement que la forme première ^ôr- 
tio , dont l'accent est sur l'antépénultième , a dû nous don- 
ner part ou par ; tandis que la forme inchoative mollésco , 
dont l'accent est sur ta pénultième, a dû nous donner 
mollis. 

« Dans les trois conjugaisons la seconde personne du 
singulier a conservé le t qoi se trouve dans la ilexlon la- 
tine port-ks , tu port-M ; part-is , tu part-c ; 6a{{u-is , tu 
bat-s. 

a La troisième personne singulière de l'indicatif présent 
de la première conjugaison gardait anciennement le t final 
de la forme latine , ainsi que cette même personne le garde 
encore aujourd'hui dans la seconde et dans la troisième con- 
jugaison ; on disait : il porlET, il volwr, il donnET, comme 
nous disons t7 finij , il don , il eroir , il «oit , H re~ 
çoiT, etc. 

« Plus tard on a supprimé le t de ces troisièmes person- 
nes , et l'on a dit : il porte , il vole , il donne , etc. 

« Les flexions latines de la première personne du pluriel 



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_ 220 — 

amus, inats, sabirent l'assourdiBsemeDt de leur première 
vojelle : et ces fleiioos se conFondireot en Trançais dans ane 
terminaison qnî , par analogie, devint commune à toutes les 
conJDgaisons ; cette terminaison fut , selon les pays , urne» 
oà ornes, qui se syncopëreot ensuite en ums, uns, otiu, 
ons. C'est la dernière de ces formes qui nous est restée; 
nous n'avons conservé omes que dans nous sommes. Le passé 
déâni a gardé la finale mes , formée de imus : noiu portd- 
HEs , nouspartîMES , nous battîKES , de portatimus , parti- 
vimus, battuimus. 

« A la troisième personne da pluriel , les voyelles des 
flexions latines ant, unt , s'éteignirent dans le son de IV 
muet ; nt persista , si ce n'est dans la prononciation , du 
moins dans l'écriture. Pottant, partivjiT, battuvsT, don- , 
nèrent : portEST, parlEur, ballEur (1). » 
' Si le français a conservé tant d'analogie avec le latin 
-dans la fonnation de ses personnes, à plus forte raison en 
eiiste-t-il entre le latin , le provençal , l'espagnol et l'ita- 
lien. On a déjà dit que ces deux derniers idiomes ont con- 
servé, à la première personne , l'o de la Qeiion latine , mais 
le provençal a perdu cette flexion , comme primitivement te 
français. L'italien a rejeté le ( de la seconde personne sin- 
gulière à tous les temps de sa conjugaison, excepté an passé 
défini du conditionnel présent , tandis que le provençal et 
l'espagnol l'ont maintenu. 

Ces trois idiomes ont perdu aussi le I caractéristique de 
la troisième personne du singulier. Mais ani trois person- 
nes du pluriel , ils ont assez fidèlement reproduit les foriDes 
sanscrites et latines. 

(I) Origine tt f<irmali<m de la jnngtii françaite, tam. ni, p. 310 elBuiT. 



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— 221 — 

De même , les soflues personnels de la conJDgatson go- 
thiqQe rorrespondent parfaitement à ceux ia sanscrit. 
Exemple : 

Sinseril. Golhjqne. 

1" Personne : mi, am a. 

2* — si, s i-9. 

3' — ti, t, tu i-th. 



1" Personne : mas, ma. . , . a-m. 

2" — tha, ta i-th. 

3' — anti, antu, an. a-nd. 

On voit par ce tableaa comparatif que le gothiqae a 
perdu seulement les voyelles finales du sanscrit , ainsi que 
le m carectéristique de la première personne du singulier. 

Les voyelles initiales des suffixes personnels du verbe 
gothiqae se sont assourdies et sont devenues des e muets 
ou ont entièrement disparu en passant dans l'allemand et le 
flamand. Exemple : 

SIHGUUIK. 

GoihiqD«. AllemiDd. FUnuind. 

1"* Personne : a e e. 

2* — i-s e-st, -st... si, s. 

3» _ i-th.... e-t, t t. 



1'" Personne : a-m .... e-n e-n. 

2» _ i-th e-t, t t. 

3' — a-nd.... e-n e-n. 



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_ 222 — 

Il résulte de ce rapprochement que le m caractéristique 
àe la première personne pinrielle du verbe gothique est 
changée en n dans les langues germaniques modernes, et 
qu'elles ont rejeté la dentale d de la troisième personne du 
pluriel. 

FORMATION DES TEMPS. 

S 1. — HodJficalioD par guaa. 

« M. Bopp divise les désinences de la conjugaison sans- 
crite en légères et en graves ou lourdes, dit M. Ad. Ré- 
gnier, et cette différence de nature entre les désinences lui 
donne lë moyeu d'eipliquer ingénieusement , par une sorte 
de compensation et de loi d'équilibre , certaines altérations 
delà racine (t). » 

Les terminaisons légères sont les désinences de tous les 
temps de l'actif au singulier, à l'exception de la personne' 
de l'impératif. 

Les terminaisons graves ou lourdes sont toutes les au- 
tres. — Elles sont ainsi nommées, parce qu'elles portent 
plus de lettres , ou parce qu'à l'origine elles ont dû en por- 
ter davantage. 

Dans' beaucoup de cas, la voyelle de la racine du verbe 
appelle le guna devant les terminaisons légères, tandis 
qu'elle reste invariable devant les terminaisons graves. 
Exemple : Le sanscrit vtd , n savoir, » fait à la première 
personne singulière de l'indicatif présent vedmi, « je sais. » 
et vidmas, « noua savons, » à la première personne plurielle 
du même temps. 

Il est difâcilede suivre les traces du guna sanscrit dans 

(I) Traité it ta formation du moW, tU., p. (33. 



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— 223 — 

la conjugaison des langues de la France , — celle des idio- 
mes germoiiicgues exceptée. La plupart des verbes primitifs 
des autres langues, c'est-à-dire , ceux où latertninaison se 
lie directement à la racine , ont été remplacés par des ver-^ 
bes dérivés ou pIulAt de formatioa secondaire, oii le guna 
n'existe. plus comme moyen régulier de conjugaison. 

« Les dialectes germaniques, continue M. Régnier, ont 
une conjugaison forte et ane conjugaison faible. La pre- 
mière , qui est ainsi nommée parce que la racine y a plus 
de poids , que les désinences et. les lettres formatives y sont 
OQ nulles ou légères, pourrait aussi se nommer la conju- 
gaison primitive. An moins en a-t-el!e , à certaines formes, 
surtout quand on ne sort (las de l'allemand , toutes les ap- 
parences. Son prétérit, à la t" et à la 3" personne du sin- 
guli^, n'a pas de désinence du tout , et se contente , pour 
marquer la différence de temps , de l'altération de la vojelle 
qu'on apfielle en allemand Vablaut. La 2* personne du sin- 
gulier prend pour toute désinence , en gothique , la dentale 
t dons l'allemand d'anjonrd'hni, (e) st. 

« On voit par là que , dans aucune langue , l'altération 
de la voyelle radicale n'est plus importante et plus signifi- 
cative qu'en allemand : elle sufdt parfois à elle seule , je le 
répète , à marquer le temps. C'est surtout dans te gothique 
que Vablaut déploie toute sa richesse et toute sa variété. 
Il j forme six séries , où trois ou même quatre voyelles al- 
ternent entre elles dans le thème verbal. 

Exemples : 

Infinitif : fiim-om [dans l'allemand actuel nehemen), prendre. 
Indicatif : présent, sing. ntm-a, nim-is, nim-ith. 
— prétérit, sing. nom, nam-t, nam. 

t> Au duel, ainsi qu'au pluriel, du prétérit de l'indi- 



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_ 224 — 

catif, el , dans tout le prétérit da subjonctif, l'a de nint-an 
se change en « : 

Prétérit de l'indicatif, duel, nem-u, nem-uU, 

— pluriel , nem-um, nem-utk, nem-un. 

« Les altérations de ce verbe et de ceux de sa classe, se 
bornent , dans les modes personnels , aui trois voyelles i, 
a,e; mais au participe passé , ou mieni passif, il prend u : 
num-ans. 

« Les Ages postérienrs de ta langue ont, comme l'on 
sait, conservé, comme moyens de Qeiion , ces permutations 
des voyelles de la racine. C'est peat-étre même le trait le 
plus distinctif de la branche tadesque , nne de ses ressour- 
ces les plus faciles et nne de ses plus grandes beautés de 
structure intime. Tous les idiomes germaniques , sans ei- 
ceptioD , ont gardé des mots. On ne peut donc pas songer à 
les décomposer. Il serait inutile aussi d'en donner ici la 
liste ; on la trouvera dans les grammaires (1). -» 

Ce qui vient d'être dit par le savant philologue français 
du verbe allemand , s'applique en tons points an verbe fla- 
mand , qui a aasii sa conjugaison forte et sa eonfugaison 
faible. 

La voyelle radicale dés verbes flamands de la conjugai- 
son forte change presque toujours à l'imparfait et très-sou- 
vent an participe passé. Ce changement s'opère de quinze 
manières différentes. 

La voyelle radicale devient : 

1°. A l'imparfait, a bref au singulier, a long au pluriel, 
et long au participe passé ; 

2". à l'imparfait et au participe passé ; 

(1) A., p. 136 «I SUIT. 



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— 225 — 

3°. i bref à l'infinitil, obrefà rimparfait et ad participe 
passé ; 

4". e à l'infinitif, o bref à l'imparfait et an participe 
passé ; 

5". e à rinfinitif , te et quelcjoerois o à l'imparfait, o bd 
participe passé ; 

6". i ou e long-doux à l'infiaitir, a bref aa singalier de 
l'imparfait de l'indicatif, a long au subjonctif et au pluriel , 
de l'imparfait, e long-doux au participe passé ; 

1°. a long à l'inGnitif , oe h l'Imparfait, a long au par- 
ticipe passé ; 

8°. ie h l'imparfait ; 

9*. a à l'imparfait ; 

10**. y à l'infinitif, e long-^ioui à l'imparfait et au par- 
ticipe passé; 

1 1<*. ie à rinfinilif, o long-doui à l'imparfait et au par- 
ticipe passé ; 

12". ut à l'inËDitif , o long-doux à l'imparfait et an par- 
ticipe passé ; 

1 3". a ou ou à l'infinitif, t à l'imparfait , a ou ou au par- 
ticipe passé ; 

14". a long i l'infinitif, i« k l'imparfait, a long au par- 
ticipe passé ; 

15". oo long-aigu eto« à l'infinitif, ie à l'imparfait, oo 
long-aigu et oe au participe passé. 

Gomme le latin n'a presque rien conservé du type de con- 
jugaison qui joint immédiatement la terminaison verbale à 
l'élément radical , le nombre des verbes néo-latins , où l'on 
puisse constater l'influence du guna sanscrit, est donc aussi 
très-restreint. Les verbes italiens dare et stare font à leur 
prétérit die-di ou de-«i ; le verbe espagnol dar fait au pré- 
térit di , etc. Sans doute , ces formes ne sont que la repro- 



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_ 226 — 

dactioo du latin de-dï, ste-ii; mais ces rormes sont dues & 
l'action primitive du guna. 

On pourrait croire que le prétérit ou passé défini dn verbe 
[atio faeere ou du verbe français faire (feci, fecisii , feeil, 
je fil, tu /îi, il fit, etc.) a subi la loi du guna , mais en re- 
montant à la forme française la pins ancienne do partait de 
ce verbe /«-t ,/>-» , on se convainc que (a forme moderne 
ne doit pas être attribuée à l'altération de la vojelle dn ra- 
dical du verbe faire , mnis h une contraction si violente que 
la voyelle du radical en a été rejetée et qu'il n'est resté que 
t't, caractéristique du parfait défini de la quatrième conju- 
gaison française (je f-i-s). La loi de formation du latin fee-i, 
dn vieui français fe-î , est empruntée h nne autre règle 
de la conjugaison sanscrite , oîi les verbes , dont la racine se 
compose de la voyelle a entre deux consonnes simples , 
supfHÎment au parfait le redoublement et le remplacent 
par le changement de l'a radical en ê. Exemf^e : tan , 
«étendre, » parfait, iénitha, pour tofomtAa (1). 

Les modifications subies par quelques verbes celto-bre- 
tons, dans plusieurs de leurs temps, peuvent s'expliquer 
aussi par le sanscrit. Ainsi , dans le dialecte de ComoaaiUes, 
le verbe être est exprimé par béa ; Il est évident que ce terme 
est la reproduction de la racine sanscrite bû (être) , comme 
celui de but ou bout dans le même dialecte dérive par con- 
traction de l'infinitif sanscrit bavitum , a (être) , » dont le 
sufGie tum est rappelé par la désinence { dans bout , et la 
syllabe sanscrite am parou dans ce verbe celto-breton. 

C'est par une semblable contraction qn'il faut expliquer le 
changement du sanscrit élu , qu'il aille ; yanti , qu'ils aillent; 
en é-et , qa'il aille , et é-ent , qu'ils aillent , dans le celto- 



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breton; du'sanscrlt%am, es, éf, j'allais, tu allais, il al- 
lait, en é-mn, é-es, é-e, j'allais, tu allais, il allait, dans 
le langage breton. 

On peut reconnaître anssi , dans la langue basque , l'in- 
fluence du guna sur la formation de l'imparfait du verbe ùo- 
tea, en dialecte de Biscaye , verbe oiî l'indicatif prient nds , 
je suis, devient à l'imparfait m'nzm, j'étais. 

S 2. — Compoailion de la racine avec un auxiliaire, 

« Cette manière de former .certains temps du verbe, dit 
M. Pictet est tout à faif dans le génie des langues indo-euro- 
péennes. Bopp est le premier qui en ait démontré l'existence 
dans les verbes sanscrits , gothiques, grecs et latins. Ce qu'il 
importe d'observer , c'est qne presque toutes les langues de 
la famille offrent des traces plus on moins évidentes de deux 
formations de ce genre , d'époques différentes. L'une, la 
plus ancienne, est antérieure i la séparation de la souche 
commune , et les éléments en sont surtout reconnaissables 
dans le sanscrit ; l'autre est postérieure à la division des lan- 
gues, elles éléments en sont ordinairement puisés dans l'i- 
diome même oii elle a pris naissance. Ce qui caractérise les 
débris de la première formation , c'est qu'ils offrent entre eus 
des analogies assez frappantes pour démontrer leur identité 
primitive, tandis que lee formations secondaires, produits 
spéciaux du génie de chaqne langue n'ont entre elles que 
l'analogie générale de leur mode de construction (1). » 

Pour bien saisir la portée de ces observations , il faut ad- 
mettre en principe qu'il n'y a qu'un seul verbe , — le verbe 
être. 

(I) Dt t'Affiniti! det langvei ctllii)ue4 avec It ianterit, f. 156. 



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— 228 — 

Ce principe se trouve coafirmé par le Banscrit et le basqne. 

Nous avons vq , en eiïet , plus haut que la plapart des 
verbes sanscrits prennent un a entre la racine et la terminaisoD 
pronominale. Nous avons constaté ce phénomène sans en re- 
chercher la cause. Eh bien! nous croyons que cet a est en- 
Iré dans la 'composition de ces verbes , comme représentant 
du verbe sanscrit par excellence : as, âtre, lequel se conjugue 
de la manière suivante : 

INDICATIF PRËSEHT. 

a»-mi , moi être ou je suis , 

a-si, toi être ou tu es, 

ai-li , lui être ou il est , 

i-mas , nous être ou nous sommes , 

s-tha , vous être ou vous êtes. 

t-anti , eni être ou ils sont. 

Or , si nous admettons que le verbe 05 est entré dans la 
composition de quelques temps des verbes sanscrits , il s'en- 
suivra que la racine verbale vah , transporter , faisant à l'in- 
dicatif présent : voA-â-mi , vah-a-si , valt^-ti , vahrd-mas, 
vah-a-lha, vah-a-nti, signifiera littéralement : je suis trans- 
portant, tu es transportant, etc. La racine verbale kship, 
rejeter , faisant à l'indicatif présent ': kship-ârtni , kship- 
a-â , kihip-a-ti , kshtp-â-meis , kship-a-tha, kshîp-a- 
nli , signifiera littéralement : je suis rejetant , tu es reje- 
tant , etc. 

Ainsi , dans cette hjpothèse , les racines vah et kship re- 
présentent l'idée exprimée ; — a , le temps dans lequel elle 
est exprimée ; — les flexions mi, $i, ti , mas , tha , nli , la 
personne qui l'exprime. 



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— 229 — 

Sens doute , ce sont là des exemples de verbes régaliers, 
et l'oD ne constate pas aussi bien la présence da verbe as 
daos les verbes sanscrits irrégaliers. Cependant ce fait paraît 
être soumis à l'action d'une loi , car nous le retrouvons éta- 
bli d'une manière générale et sans aucune eiccption dans 
toute la conjugaison basque. 

Loin d'offrir , comme le prétendait Harriet dans sa Gram- 
maire bcLsgue , un appareil prodigieusement varié , eiîgeant 
beaucoup de réflexion pour en saisir l'ensemble et un grand 
effort de mémoire pour en retenir tous les détails , la conju- 
gaison basque se réduit aus seules modifications du verbe 
izatea , que l'on fait accompagner de trois participes inva- 
riables, suivant les temps et les relations que l'on vent ex- 
primer. Ces participes sont : le participe présent , le parti- 
cipe passé et le participe futur. 

Cela est si vrai que , lorsqu'un Basque, veut attacher au 
verbe être une idée absolue et s'en servir comme synonyme 
d'exister , il répète te verbe être , et dit : 

izaiten nis je suis étant , 

hiz tu es étant , 

da il est étant , 

gare nous sommes étant , 

zarele vous êtes étant , 

dire ils sont étant. 

Le Breton dit de même ; béza es outm, être je suis , je 
suis étant. 

Comme la tangue basque a un autre auxiliaire pour ac- 
compagner les verbes d'action , te verbe niz , a je suis , » oe 
sert d'auxiliaire qu'aui verbes d'état, comme minzalcen 
naiz ou niz , « je suis parlant , » (je parte). 



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— 230 — 

L'auxiliaire Hes verbes basques d'action est dgt, « Taire, » 
et se conjagae aassi avec un participe présent , passé oa fu- 
tor. Exemples : 

9Iaitkalcmdut,']'&mef\\ttéTa,lemeat :je fais \ 

Maitkatcenmten, y amais, — iefaisais f„ .. ,, • 
u -,1. , j . ■'■ ■ X ■' ■ t: îlactiond'aimer. 

laaiiaam dut, j ai aimé, — j ai tait 1 

Maitkatuco dut, yaimjËiai, — je (erai / 

Cet auxiliaire basque reud d'une manière plus éner- 
gique que l'auxiliaire français, l'action exprimée par le veri>e 
principal. 11 correspond parfaitement à la locution anglaise 
lodo , UD des agents les plus puissants et le plus fréquem- 
ment usités du verbe anglais , celui qui lui prête le plus 
d'énei^ie et de flexibilité ; do et did marquent en anglais 
l'action même, dit le docteur Lowth , ou le temps de l'ac- 
tion , avec beaucoup plus de force et de précision . Ido mU, 
je mange , signifie littéralement en anglais : u je fais l'ac- 
tion démanger. » 

Au verbe auxiliaire basque dut , correspond le verbe auxi- 
liaire breton ôher , « faire , » dont la signification originelle 
exprime l'action , mais qai énonce le complément on la con- 
firmation de l'action , lorsqu'il est employé avec un autre 
verbe à l'infinitif. On l'ajoute même au verbe substantifs^»!, 
être, quand il est nécessaire d'affirmer davantage : béza é 
rann , je fais {mol-à-tmt , être je fais). 

Des verbes allemands et flamands ont aussi des temps 
où le verbe faire est entré comme auxiliaire ; re sont ceux 
qui expriment le passé. Ces verbes appartiennent à la con- 
jugaison faible et ont l'imparfait terminé en te pour l'alle- 
mand , et en de ou te pour le flamand ; le participe passé 
terminé en ( pour l'allemand et en dont pour le flamand.. 



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— 231 — 

Or, ces terminaisons sont des vestiges ou des abréviations 
de l'imparfait that du verbe allemand ihun, et de dede, im- 
parfait da verbe flamand doen ; verbes dérivant tons les 
deui du gothique di-dan , « faire. » Ainsi l'allemand ich 
lieb-te, « j'aimais, » et le flamand t'A leer-de, «j'appre- 
nais , » signifient littéralement : je faisais l'action d'aimer, 
— d'apprendre. C'est une manière d'afBrmer plus positive- 
ment , comme celle si usitée en anglais : / do lovê him, 
qui exprime avec plus de force l'idée d'aimer, que cette ex- 
pression : / love him , « je l'aime. » 

Il est probable que ces locutions dérivent du sanscrit, 
car cette langue a an parfait qu'on appelle circonscrit et 
qui se forme avec de véritables auxiliaires. Ce parfait se 
forme de la racine qni acquiert la valeur d'un substantif 
abstrait , auquel on ajoute la flexion de l'accusatif am et 
ensuite le parfait d'un des trois verbes hri , a faire , » as, 
a être, » ou hhu, (( devenir; » ce dernier correspond 
au verbe aaxiliaire werden de l'ellemaDd et du flamand. 
Exemple : tsancHASARA, tsdmASA, tsdmBABUDVA , il a com- 
mandé ou bien il a fait l'action de commander. — La 
racine de ce verbe sanscrit est i$. 

Les observations qui précèdent sont de nature, pensons- 
nous, à jeter quelque jour sur l'origine des verbes auxiliai- 
res , recbercbée par les uns dans le vieil allemand , par les 
autres dans le latin et le grec. 

Voyons maintenant comment chaque temps du verbe des 
langues de la France se lie à la formation des temps du 
verbe sanscrit. 

INDICATIF PRÉSEBT. 

Ce temps est le plus simple. Il est formé par le thème 
verbal et les flexions personnelles. 



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' Eiempie : 

Sinscril : won, je sais. . . . a-ti, lu es ofli, il est. 

Basque: n-ax h-ax do- (Celle (roisièmi 

personne paraît cUriver du lalia »tat, 3* personoe du sin- 
gulier de riadicatil présent du verbe ilart.) 

Cello-bKloBinMn, jetais ré-t, lattis m-,il(aiu 

Flamand: titïfr-e, j'apprends. (&iiiwr-(,tuapprends.. Ay^rer-(,ilappTend. 

Allemand: ûAfeb-e, j'aime.. Ju/ièfi-i/, tu aimes... er te6-(, il aime. 

Proveofal: om ou om-i, j'aime., om-a-*, luaimes. ... am-o-, il lime. 



Italien: Gmd-o, je vends. . vend-i, ta vends «eniJ'e-, il Tend- 
Français: faim-e tamm-ei ilaim-ê. 

Le subjonctif a pour caractéristique en sanscrit t (ê après 
a) on y, SDivant l'euphopie, et , comme en latin , il prend 
les désinences obtQses. 

Saoserii: s-yd-m.quejesols.. «-yitf, que lu sois... «-yd-t, qu'il soit, 

Basque : aad-i-m had-i-a dad'i-n. 

Cello-breIon:Ti<u-i-nn vés-i vét-ô. 

Gothique: i-ij-au t-ij-aù »-ij-ai. 

Flamand: ii^-y dux-y-t kyt-y-. 

Allemand: iekte-y dutt-y-eti erie^. 

Latin i s-i-m s-t-s (-ï-^ 

n-OTeofa]: ...., t-i-t. 

Espagnol: t-e-a â-t'Ot... t-e-a. 

Italien: t-i-a i-i-i. i-i-a. 

Fraofais: «su-* i-ow i-ot-(. 



Le sanscrit a plusieurs manières d'exprimer le passé. 
Nous ne parlerons que de celles qui ont serïi à la forma- 
tion des temps du passé dans les verbes de nos langues de 
France. 

C'est du prétérit sanscrit que ces temps ont reçu leur» 



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— 233 — 

flexioDS et leurs désiDences personoelles. Hais pour bien 
saisir les relations qui existent eotr'eux et ce prétérit sans- 
crit, il importe de savoir que celui-ci résulte d'une combi- 
naison de la racine du verbe conjugué avec le prétérit du 
verbe être , traduit en sanscrit tantôt par a$ , tantAt par b'u. 
Or, ces deai termes as et b'u concourent l'un et l'antre it 
la formation des temps qui expriment le passé dans nos 
verbes. 

C'est la seconde formation da prétérit multiforme du 
verbe as qui a fourni ses flexions aux temps du passé dans 
les conjugaisons basque et bretonne. 
Exemple : 

Sanscrit : â-sam, dsas, âsat, âr^ma, â-sata, â-san (i). 

Basque : t-zan, ayant été; nin-zen, j'étais. 

Breton : kan~iz, je chantai; kan-zoud, ta chantas; 
!can-az , il chanta ; kan-zomp, nous chantâmes; 
kan-zot, vouschantâtes; /;an-20uf,ilsch8ntèrent. 

Dans la première et la seconde personne singulière du 
breton , le $ seul peut et doit être comparé aux suftixes per- 
sonnels du sanscrit , parce que le breton en a perdu les dé- 
sinences. Mais il est évident que les flexions de la.première 
personne du slnf^ulier et celles des trois personnes du pluriel 
du breton, c'est-à-dire celles terminées en zud, zomp, zot, 
tout, et celles en zan , zen du basque se rapprochent beau- 
coup du sanscrit. 

Nos verbes néo-latins et le verbe basque dut ont eu re- 
cours à un autre système pour exprimer le passé. Ils en ont 
pris les flexions an prétérit augmenté multiforme , et au 

(I) L'd qui prkide jom, »u, ial> etc., est raagmHit qui iquivsut, wiiant 
Bopp, à l'apriTatilduLiU'iis, et dispiratl dtiu ladériviade ialiniillt. 



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— 234 — 
parfait redoublé du verbe sanscrit i'u , qui se conjugue , sa- 
voir : 

Au PRÉTÉuiT : fdtav-a-m, j'étais ou je fus, 
ab'av-a-s , 
ab'av-(t-t , 
ah'av-à-ma , 
ah'av-a-ta , 
(dt'av-a-n. 

Ce prétérit du verbe A'ti , dégagé de son augmenl , a 
fourui au latin les lleiions de son imparfait : bam , bas , bat, 
bamus , balis , banl ; par conséquent , les flexions des verbes 
néo-latins, comme : 

Le provençal : ama-^a , amav~as , ama-^a , ama-vam , 
ama-vatz , ama-van ; 

L'espagnol : ama-ba , <ana-baa , amaAa , ama-bamos , 
ama-bais , ama-ban. 

L'italien : tende-va, vende-vi , vende-va ,'vende-vàmo , 
oende-vale , vende-vano. 

Le français : je port^ais , tu port-ais , il porir-ait , nout 
port-ions , vovs port-tez , ils porl-aîent. 

Pour saisir la relotion qui existe entre le latin port-a- 
bam , porl-a-bas , porl-a-bat , etc. , et le français j> port- 
ais , tu port-ais , il port-ait , il faut remonter à la forme 
primitive de l'imparfait du verbe français porter. Voici, d'a- 
près M. de Ghevallet , les transformations successives subies 
par ce temps depuis le moyen-âge jusqu'à nos jours. 



l'* Personne : port-è-ve, - ove,- oue, - oc, oie,- oi,- ois,- ais. 
2* — port-è-ves.-oves.-oues.-oes, oie8,-ois,-ais. 
3* — port-è-vpt;- ovet, - out ,- ot,-oit, - ait. 



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1" Personne : port- ioines,-ions, 

2* — port- iets, - iez. 

3" — port-è-vent,-ovent,-ouent,-oent,-oient, -aient. 

On voit par ce rapprochement que la flexion latine a-bam 
est devenue ê-ve en français par une pennutalion de lettres 
très-régulière , et que , dans la suite des temps , elle s'est 
tellement syncopée ijn'elle a été réduite à la désinence ai-s. 

C'est aussi da sanscrit abav-a-m que le basque de la 
Biscaye a Tormé les trois personnes du singulier, et la troi- 
sième personne du pluriel de l'imparfait de son verbe 
auxiliaire dut. Exemple : 



l'* Personne; n«-4an, j'étais ou j'avais, 
2" — Ac-ftan, to étais ou tu avais, 

3' — ze-ban, il était ou il avait. 



V^ Personne : ghen-dti-en, nous étions ou avions, 
2* — zen~du-en , vons étiez ou vous aviez , 

3* — ze-ben , ils étaient ou avaient. 

PABPAIT. 

Le parfait redoublé da verbe sanscrit b'u se conjugue 
ainà : 

bab'û-v-a, 
bab'û-v-it'a , 



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— 236 — 

Jaft'û-t'-o , 
txA'û^v-ima , 
bab'â-v-a, 
bab'û-v-us. 

Ce temps da verbe sanscrit, en rejetant SOD redoublement, 
a donné naissance au parfait du verbe latin tum : 

fu-i, pour fu-v-i, d'un ancien verbe fu-o. 
fu-isti , 

/■»-.(, 

fu-imus , 
fu-istis , 
fu'irunt ou fu-erunt. 

Ce sont ces désinences latines qui Fomient celles du par- 
fait ou passé déQui des verbes latins et néo-latins. 

Exemples : 

Latin : ama-v-i ponr ama-fu-i ; 

audi-v-i oa auài-i pour au(jt-/u-t. 

Provençal : ame-i, ame-is, atne-l, ame-m, ame'lz, ame- 
ren ou ame-ron. 

Eiipagnol : amé-, amasti , amb-, amà-mos , amà-steiê, 
amà-ron. 

Italien : vende-i, vende-sti, vende; vende-mmo, vende- 
ste, vende-rono. 

Français : Taima-i, tu a\ma-$, il aima-, nout aimà~ 
mes , vous aimâ-tes, ils atm-érent. 

« Ce mode de formation par l'auxiliaire b'u , dit H. Pic- 
tet , se retrouve encore dans le conditionnel breton , par 
exemple : kar-fe-nn , j'aimerais , kar-fe-z , kar-fé , etc. n 
Le b sanscrit s'est changé ici en /* comme dans le latin fui, 
c'est-i-dire en une consonne du même ordre. 



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— 237 — 

C'est aussi de la racioe san^rite b'u , entré en composi- 
tion avec le prétérit multiforme de seconde formation du 
verbe as, que s'est formé le prétérit du gothique, partant 
celui dn Qamand et de rallemand. 

Gothique : w>a-s , je fus ; tca-st , tu fus ; toa-s , il fut ; 
wé-aum, nous fûmes; wé-mbl, vous fûtes; tcé-sun, il^ 
furent. 

Flamand': ik wa-s , je fus ; du leae-rs, tu fus ; ky u>a- 
«, il fut; «»y tca-ren, nous fûmes; gy wae-rt , vous fûtes, 
zy xoa-ren , ils furent. 

Allemand : ich wa-t , je fus ; du toa-rest ou toa-rst , 
tu fus ; er wa-r , il fut ; wir wa-ren , nous fûmes ; irh wa- 
ret ou tca-rt , vous fûtes ; sie wa-ren , ils furent. 

On aura remarqué que les trois personnes sïagnlières du 
gothique ont perdu les désinences des suffises sanscrits, et 
que les seni leur est comparable. Cette con&onne s'est chan- 
gée en r dans le flamand et l'allemand , et ce dernier idiome 
a pris , comme le gothique , à la seconde personne le suftîie 
moderne t. 



Le sanscrit a deui manières d'eiprimer le futur. 

La première consiste à prendre le participe futur carac- 
térisé par le suf Bxe iri , dont le nominatif singulier masculin 
est fâ. On joint à ce nominatif le présent du verbe a être » : 
âsmi , âai, âsmas , ÛsVa, àrâs; ces llexions forment la 
première et la seconde personne du singulier et les trois 
personnes dn pluriel. Mais pour la troisième du singulier , 
on se contente , par exception , du nominatif mascnlin dn 
participe seul , c'est-è-dîre sans adjonction du verbe auxi- 
liaire. 

Le participe futur en tri du sanscrit correspond au par- 



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- 238 — 
ticipe fatar en tums dn latin : ama-lurus , je suis deiant 
aimer. Ainsi , le participe futar da verbe sanscrit dâ , don- 
ner, est d&tri , devant donner, dont le nominatif singulier 
est dd-lâ. On aura donc an fatar de l'indicatif : 



Sanscrit : dât-âimi, je sais devant donner, ou je donnerai; 

— d<U-âsi , ta es devant donner , ou ta donneras ; 

— dâtd , il est devant donner, ou il donnera ; 

— dât-âsmas , nous sommes devant donner, ou nous 

donnerons ; 

— dâla-stâ , vous êtes devant donner, ou vous don- 

nerez ; 

— ddt-âras, ils sont devant donner, ou ils donneront. 



C'est le même procédé qu'a suivi le verbe basque , pour 
former son futur simple. Exemple : 

Basque : Izanm nts , naiz ou naz, je suis devant être, ou 
je serai; 

— Jftnsafucotmtz.jesuisdevant parler, ou je parlerai; 

— Haiihatuco dut, je suis devant aimer, ou j'ai- 

merai , etc. 

Le flamand et l'allemand ont aussi recours à un verbe 
auxiliaire pour désigner leur fntur premier. Cet auxiliaire 
pour le flamand est suîien , devoir, et pour l'allemand wer- 
dm , devenir ; il s'ajoute non pas ao participe futur du verbe 
que l'on conjugue , mais à son participe présent , parce qae 
cet auxiliaire exprime suffisamment par lui-même Vaelion ou 
Vital à venir. 



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Exemple : 

Flamand : ik zal zyn , je dois 6tre ou je serai ; 

— ik zal drinken , je dois boire ou je boirai ; 

— ik zal hebben , je dois avoir ou j'aurai ; 
Allemand : ich werde syn , je dois ou vais être , je serai ; 

— l'cA uwrdeAaften.je dois ou je vais aïoir, j'aurai; 

— ich werde werden , je dois ou vais devenir , je 

deviendrai. 

La seconde manière d'exprimer le futur en sanscrit con- 
siste à insérer , entre la racine et la ileiion du verbe , la syl- 
labe sya ou shya. L'origine peut en être rapportée k un fa- 
tur inusité du verbe « être » : o-sya-nn", a-$ya-si, a-sya-li, 
a-syâ-mas, a-sya-tà, a-sya-nti; (c'est de ce type qu'est 
sorti le futur des verbes grecs en 7», a-ofuti). 

Exemple : 

Sanscrit : dâ-syami , je vais ou dois donner , je donnerai ; 

— dd-tyasi , tu vas ou dois donner , ta donneras : 

— dâ-ia/ati, il va ou doit donner , il donnera ; 

— dâ-syânuis, nous allions ou devons donner, nous 

donnerons; 

— t/â'^af'a,vousal!ezou devez donner,vousdonnerez; 

— dâsyanii, ilsvont oudoiventdonner, ils donneront. 

Ce seraient donc les ileiions d'un ancien fiitar du verbe 
as (être) , qui auraient concouru à former le futur second 
des verbes sanscrits. 

Bopp . p. 904 de SB Grammaire comparée . considère 
même ce futur inusité asyami du sanscrit , comme étant ce- 
lai d'où serait veno le futur latin da verbe mm : ero , eris , 



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— 2*0 — 

erii , pour e-so , e-às , esil , par suite de la permutatioa » 
ordinaire de l'a du radical sanscrit en e éa latin , et du s de 
la Gexion sanscrite en rdans le latin. 

Exemple : 

Sanscrit. Latlti. 

â-syami e-ro 

â-syasi e-ris 

â-syati e-rit 

â-syâmas e-rimus 

â-gyat'a e-rilis 

â-syanli e-runt 

Cest ainsi encore que , suivant l'illustre philologue , l'im- 
parfait du verbe substantir latin dérive du prétérit mnlti- 
forme do verbe sanscrit as : • 

Sanscril. Lilio. 

ôrsam e-ram 

Û-sis e-râs 

ùrsit e-ral 

d-sma e-ràmv» 

ârsta e-râtis 

d-son > e-rant 

Les verbes latins qui ont le fatar en bo , comme amor^, , 
mone-bo , etc., ont reçu cette forme du verbe sanscrit b'u, 
« être » combiné avec la syllabe ya , caractéristique do fu- 
tur. Ces deux syllabes réunies ont fait bya , qui , par le 
guna et une contraction , a produit les flexions bo ponr bîo, 
bis, bit, bimus, bttis et bunt pour biunt, flexions qui ex- 
priment les différentes personnes du temps futur dans les 
verbes latins de la première et de la deuxième conjugaison. 



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— 2il — 

C'est le futnr du verbe sanscrit b'û qui a Toriné le futur 
du verbe celto-breton être comme celui des langues slaves. 

Eiemple : 

Sanscrit. Celto-braton. , Lithuinicci. 

bavi-nyami . . . . M-zinn, je serai...; .... bu-su. 

bavi-syasi £^-st. tu géras... ....■■ ■ bu-st. 

bavi-$yati. , . . bé-sé, il sera. . .' bu-t. 

bavi-gydmas . . , b^simp, aornsetons.. . . bu-aime. 

bavi-iyala, .., &e-xol, vous seres bu-siu. 

bavi-tyonli ^ . . . dd^xtM. ils seront bu-s. 

Les désinences personaelles da celto-breton be~z-inn 
servent de fietions au futur des verbes celto-bretons actifs 
ou neutres : 

kan-inn, je chanterai dalé-inn,ie tarderai. 

kan-i , tu chanteras dalé-i , tu tarderas , etc. 

Le fatur des verbes néo-latins ne dérive pas du futur des 
Latins , ce qui pronve que sa formation est' postérieure à la 
division des langues. Bopp a démontré ce point important 
dans sa Grammaire comparée , § 659 , p. 910 et 911 , et 
M. de Cbevallet l'a développé avec beaacoup d'érudition 
dans les lignes suivantes : 

a Les Latins se servaient de kaber» joint à un infinitif 
pour marquer le devoir, la nécessité , l'intention , le dessein 
de faire dans un temps futur l'action exprimée par cet in- 
finitif : hibeo légère , habeo scribere , j'ai à lire , j'ai à 
écrire , c'est-à-dire, je dois lire , écrire , il le faut ou bien je 
me propose de le faire. . 

« Il est probable que cette tournure était de bonne beure 
devenue d'un fréquent usage dans le langage populaire, 



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— 242 — 
pour exprimer le futur, carOD la troare soaveot employée 
dans la basse lalinité des premiers ûècies du moyeu-àge 
qui n'était que le développement du latio parlé par le peu- 
ple avaut l'invasion des Barbares. Je me bornerai à rap- 
porter quelques-uns des exemples cités dans le Glossaire de 
Du Cange , art. kabere. 

Qui in sBoctis habet jurare, hoc jejunus faciat. (Capitul. 
lib. I,chap. LXI.) 

Ego enim eum habeo baptizare. [Rdpebt. Vita s. Heti- 
berii, arckiep. Colon. n° 23.) 

Venire kabet U silvam. (Fdlbebtcs Caeinot, epist. CII-) 

Ego .te ferire habeo. {Loii lombardes de Luitkprand, 

tit. çvni, § I.) 

a II semble que les idiomes néo-latins aient cherché à 
profiter de tous les moyens d'analyse que pouvait leur offrir 
la langue mère , afin d'en remplacer les formes synthétiques 
trop variées et trop compliquées par des formes analytiques 
plus uaiformes , plus simples , plus faciles à saisir et à retenir. 
C'est ainsi que l'on ent reconrs à la tournure que je viens 
d'indiquer pour tenir lieu du futur latin dout les flexions 
diverses pouvaient étrenne cause d'embarras. De cette tour- 
nure , provient le futur de la langue d'oïl , formé d'nn infi- 
nitif suivi du présent de l'indicatif du verbe avoir : pab- 
TiR Al, PARTIR AS, PARTIR AT OU A, etc. , c'est-à-dire j'ai à 
partir, tu as à partir, etc. Dans la suite, on réunit les deux 
mots et l'on ent partirai , fartiras, partira, etc. La pre- 
mière et la seconde personne plurielle avons , avez , sont les 
seules formes du verbe avoir qui aient subi quelque altéra- 
tion en se joignant k l'iufinilif : partir avons , partir avet, 
ont donné par syncope partirons , partirez. 

« Tous tes idiomes néo-latins, excepté le vataque, ont 
formé le futur de la même manière. En italien , parlire ko. 



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~ 243 — 

parlire hai , pârtire ha , elc. , sont devenus partira , par- 
tirai , partira , etc. L'espagnol a dit : partir he , partir 
has , partire ka , et ensuite partiré , partiras , partira ; le 
portugais : partir kei , partir has , partir ha, et, plus tard, 
partiréi , partiras , partira: la langue d'oc (le provençal) : 
partir ai , partir as , partir a , puis partirai , partiras , 
partira {i). 

« Les trois derniers idiomes qui viennent d'être men- 
tionnés nous offrent In preuve que , dans le principe, le verbe 
avoir était entièrement séparé de l'infinitif qui le précédait, 
c^rou trouve assez souvent, entre Tnn et l'autre, un oa deux 
pronoms personnels servant de complément (2). 

« C'est h tort que Bonamy , ainsi que MM. Oi^ll, Am- 
père et antres ont voulu faire venir ce temps du futur passé 
de la langue latine. Il est contraire à l'analogie de la trans- 
formatioH des sons dans ces idiomes, que des finales grêles, 
telles que ris , rit, se changent en finales pleines , telles que 
ras, ra. Ainsi partiveris , parliveril, n'auraient jamais 
donné partiras , partira dans quatre langues à la fois , en 
espagnol, eu portugais, en français et en provençal. Cette 
objection n'est point la seule que l'on pourrait faire à l'opi- 
nion dont je viens de parler. 

« La formation du futur au moyen du verbe avoir n'est 
pas exclusivement propre aux langues néo-latines , on la re- 



(1) jCc mada de (ormitian du Tulur a tti signalé, pour la langue espagnole dès 
UKI, pat Aniaine de Nebciia ou Lebciia, le plus ancien des grammairiens espa- 
gnoU. (CroMmalica lobri la lengwi Catlellana, cbap. II.) II a été admis, pour 
le fran{aia, par Regnier-Dtsmarais, Le Cume de Sainle-Palaye, BajBouard, etc. 
(de Cbitiiuet). 

(S) Voir du eisnples dans M. Bajocnard , Graamairi tomparêe dtt langtuê de 
FSuroft laliiu, p. 19B et 871 , et La Cume de Saintc-Palaje, Remarqtui mr la 
lanftu françaiti, dans I«s Héiiioires de rAcadéini* des Inscriptions, I. XXIV, 

^68i. 



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— 24* — 

trouve en albanais et en vieux slave. Le gothique d'Ulfilas 
uous en présente également quelques exemples. 

« Nos verbes dont l'infinitif est aujourd'hui en oir (rece- 
voir) forméreot leur futur de leur ancien infinitif, qui était 
terminé en er. Recever , mouver , saver , donnèrent les fu- 
turs receverair mouverai, savercU, qui devinrent recerrat, 
mouvrai , saurai. Nos poètes font , pour le besoin de la 
mesure, une syncope semblable dans les futurs des verbes 
de la première conjugaison dont la flexion erai, eras, etc., 
est précédée d'une voyelle. Ils disent : prirai , avoûrai, 
poarprierai, avouerai. 

« Nos deux auxiliaires acotr et ^fre formèrent également 
leurs futurs de leurs anciens infinitifs averet ester. Le pre- 
mier donna avérai , devenu par syncope aurai , comme «o- 
verai . que nous venons de voir , est devenu saurai. 

« Ester , être , eut pour futur esterai , qui devint esserai 
et cofin serai , par apocope (1). » 



Le suffixe caractéristique de l'infinitif sanscrit est tum: il 
répond au supin actif des verbes latins. On le retruuve sous 
la simple forme de t dans les infinitifs celto-bretons daîéou-t, 
tarder, anavézou-t , connaître, dléou~t, detoir, etc., et 
sous celle de tea dans les infinitifs des verbes basques izai- 
tea , être , yaqui-lea , savoir , egui-tea , faire , etnai-tea , 
donner. 

Mais les Védas montrent encore plusieurs autres formes 
de l'infinitif sanscrit , [larmi lesquelles il y en a une en âse 
qui nous découvre l'origine de l'infinitif ordinaire des Latins 

(I) Origine cl formation dt la langue françaiie , L III, p. 364 tl snii. 



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— 245 — 

esse, pos-se , ama-re , mone-re , Uge-re , audi-re, par 
conséquent celle de l'infinitifcle nos verbes néo-latins : 

Provençal : ama-r , sentt-r: 
Espagnol : teme-r,parH-r, attrihui-r; 
Italien : eompra-re , vend-re , tervi~re ; 
Français ; aime-r , fini-r , prend~re. 

Le « de l'infinitif védique est devena r dans les vérités la- 
tins et néo-latins , h cause de sa position entre deux voyelles. 
Consulter sur ce changement la Grammaire sanscrite deBen- 
feï,S»<9. 

Le grammairien indien Pânimi , qni vivait vers le IV° 
siècle avant Jésos-Christ , énamère dans ses Sûtra» ou Rè- 
gles, un certain nombre d'antres anciennes désinences de 
l'infinitif sanscrit. On y remarque qnel^nes-nnes terminées 
par la nasale n, comme sén, a$én , htaen, adkyâin, etc. 
C'est vraisemblalement d'une de ces dernières formes que 
vient la nasale n de l'infinitif germanique : 

Gothique : tauj-a-n , faire ; Aai-a-n , avoir. 
Allemand : (Aw-n , — hab-«-n , — 
Flamand : doe-n , — hebi>-e-a, — 

PARTICIPE PRÉSEHT. 

Le n , soit seul , soit combiné avec une dentale , entre 
dans la formation des participes présents des verbes actifs 
de la famille indo-européenne : 

Sanscrit : tud-an , part. prés, lud-antri, tourmentant. 
Basque : kaslsren, commençant; harlz~m, prenant. 



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— 246 — 
Brelon : kan-a, chantant (le n caractéristiqoe manque). 
Gothique : taug-{md($). Taisant; hab-and{$), ayant. 
Flamand : doen-ettd{e) , — hebb-end{e), — 
Allemand ; thu-nd , — hah-end , — 

Latin : asmHM , ama-niri$; lege-tu, lege-nt-ù. 
Provençal : ama-nt , tente-nt. 
Espagnol : ama-nl-e. 
Italien : vende-nd-o , ierve~nd-o. 
Français : aima-nt, lisa-nl. 

PABTiaPE PASSri. 

Le ( et les deotales.ea général fonnent dans les langnes 
dont nous nous ocoipons , des participes passés on passifs , 
ou da utoiDs des adjectifs qui s'en rapprochent beaucoup par 
le sens. 

En sanscrit , le sufBxe du participe présent passif est ta 
{las, là, lam), correspondant au participe latin-en (tu, la, 
Itan; il se retrouve dans le participe passé des langues de 
la famille, 

Exemple ; , 

Allemand: gehab-t, eu; gelob't, loué; gefreu{e)-t, 
réjoui. 

Flamand : gewees-t , été ; geka-d , eu ; geleer-d , ap- 
pris ; gevlei-d , flatté. 

Cello-breton : kan£-t , chanté ; kare-t , aimé ; gvséxe-t, su ; 
dUeUt M , etc. 

Basque: has-si, commencé; eros-si , acheté (dans 

ces mots , te ( sanscrit s'est changé en f ) ; 
har-tu , pris ; langun-lu , accompagné, 

Provençal : ama-t , aimé; tenti-l, senti. - 



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— 247 — 

EspagDol : hain-do , teni-do, eu ; si-do , eata-do , été ; 

ama-do , aimé; temî-do, craint; parti-do, 

partagé. 
Italien : avû-to , avû-ta , avû-ti, avU-te , en ; stâ-lo , 

ilâ-ta, $td-ti, slâ-te , été; cotnprâ-to, 

acheté ; vendu-to , vendu ; serti-lo , servi. 

Le français a perdu la dentale cBractéristi(|ue da participe 
passé. Mais anciennement , il écrivait : evu-t, evu-d ett-t 
(du latin habi-tum , eu) ; eile-( , esté {de statum) ; porte~t 
{deporla~tum) ; batlu-t (de battu~tum). 

« Les consonnes qui servent h la formation des participes, 
dit H. Ad. Régnier, nous les retronvons dans un grand nom- 
bre de suRîxes , soit simples , soit composés , qui le plus 
souvent s'adaptent à des thèmes verbaux et leur donnent une 
valeur, ou de noms, ou d'adjectils, un sens tantât actif, 
tantât passif . sens d'action ou d'agent , d'objet souiïrant 
l'action ou de qualité agissante (1). » 

(I) TVw'te dt ta fammlùm dtl moU, p. SOI. 



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DE L'ACCENT TONIQUE DES LANGUES 

ET DE LA TONAUTÊ MUSICALE. 



Aa moyen-Age , la grammaire et la masique comptaient 
parmi les arts libéraai ; c'est qu'entre ces deai branches de 
l'art , il y a des rapports étroits et intimes. Aussi , les «eû- 
mes, ou accents musicaux , étaient-ils des signes qui corres- 
pondaient aui accents gr^mmaticaui. 

Comme ceux-ci , ils étaient de trois sortes : 

1". Longs; 2". brefs; 3°. longs-brefs; 

i". Graves ; ^. aigus ; 3". graves-aigus ou circonflexes. 

Les premiers indiquent l'élévation de la voix on Vanis ; 
les seconds , l'abaissement de la voix ou la tkens ; les troi- 
sièmes, la combinaison de l'orns et de la th$$is. 

« Quoi de plus naturel, dit M. Vltet (1) , que d'avoir 
appliqué aux iolletions du chant les signes destinés à mar- 
quer les inflexions de la parole? Pour chanter comme pour 
parler, il n'y a que trois manières d'émettre le son , l'éle- 
ver, l'abaisser ou le maintenir au même degré. Seulement, 
pour la vois qui chante , chaque son devant avoir une into- 
nation déterminée , il faut autant d'accents que de syllabes, 
tandis que, pour la voix qui parle , quelques syllabes seule- 
ment ont besoin de porter un accent. De U , nécessité de 
faire avec les trois éléments fondamentaux de l'intonatiou 

{î)Joitiiutl dti Savaitit, cahier de iMambre 18113, 



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— 249 — 

vocale des combinaîsotis assez Dombreuses et assez variées 
poar exprimer tontes le^ infleiions de l'intonation musicale. 
Mais le pniat délicat est moins de savoir si tel signe ordonne 
d'élever on d'abaisser la voix , que de pouvoir discerner k 
coup sur quel est le degré précis d'élévation ou d'abaisse- 
ment, en d'autres termes , quel est i'iatervalie musical que 
ce signe commande. » 

C'est là , en efTet , le siège de la difficulté , et personne 
n'est encore parvenu à la surmonter, c'est-à-dire , « à in- 
terpréter à priori, suivant l'expression de M. Vincent, à 
interpréter sûrement , complètement, un morreau quelcon- 
que de musique écrite en neumes primitifs , s'il n'a eu pour 
aider à cette lecture ancnn renseignement sur le ton du 
morceau , aucun terme de comparaison qu'il puisse en rap- 
procher, aucune tradition qui s'y rattache, aucune transcrip- 
tion qui en dérive de près ou de loin (1). » 

Ainsi , la science musicale , de l'aveu de ses plus habiles 
interprètes, est impuissante à déchiffrer la notation neuma- 
tique. La grammaire saurait-elle atteindre ce but , ou au 
moins indiquer la voie qui y mène? 

Et d'abord , répétons ici ce que M. d'Ortigue a écrit, 
avec beaucoup desavoir et une profonde philosophie, dans son 
Inlroduetion à l'étude comparée des tonalités, p. 10 et suiv. 
« L'homme chante par cela seul qu'il parle , comme il parle 

par cela seul qu'il pense La seule différence qui existe 

entre le chant produit par la voix de l'homme qui parle et 
le chant musical , c'est que , dans le premier , la voix par- 
court des intervalles extrêmement rapprochés les uns des 
autres , indéterminés , qui ne peuvent être ramenés à au- 
cune gamme, et, par cela même, inappréciables , tandis que, 

(I) Le CorretfontUnt , da 91 juin ISB9. 



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— 250 — 

dans le second , elle observe des iater¥alles indéterminés, 
appréciables , perceptibles . c'est-i-dire qni appartiennent à 
une gamme connue , et dont l'oreille peut assigner la place 
dans l'échelledes sons. Mous arrivons ainsi à comprendreqae, 
dans les tonalités ou systèmes niusicaui qui sont basés sur 
l'élément néceuaire de ta parole et inséparable d'elle , l'é- 
chelle des sons était constituée sur de très-petits intervalles, 
comme des quarts de ton... Il est impossible de mécoilnat- 
tre , dans la musiqne de chaque nation , certains caractères 
particuliers... Nous voyons de pins que certains types carac- 
téristiques de tonalités se perpétuent dans les chants popu- 
laires , dans ces airs indigènes , particuliers anx provinces, 
qui sont , relativement à notre musique , comme autant d'i- 
diomes et de dialectes... Antérieures à notre système , ces 
tonalités populaires se conservent , ain« que les langues lo- 
cales , les patois , antérieurs à nos langues , se conservent 
sous l'empire de la langue commnne... Nous avons dit qa'il 
existe des tonalités qui procèdent par des intervalles exces- 
sivement rapprochés les uns des autres , lesquels correspon- 
dent è des tiers et des quarts de ton ; de bonne foi , com- 
ment admettre qne ces petits intervalles de quarts et de tiers 
de ton , accents nécessaires aux peuples sensuels et volup- 
tueux de rOrienti ne soient pas les accents nécessaires de 
leur musique et de leur langage t Comment admettre one 
distinction entre les accents de l'un et les accents de l'au- 
tre 1 ... Ou fera des volumes sur cette matière sans rien ex- 
pliquer, apssi longtemps qu'on s'obstinera h se restreindre 
dans le cercle spécial de l'art purement musical. 

« Nulle tonalité n'est donc néixssaire en soi , conclut 
plus loin H. d'Ortigue (p. 58). Les tonalités naissent d'une 
foule de circonstances , telles qne les éléments de la langue, 
les qualités physiologiques distinctives des races humaines, 



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— 251 — 

les habitudes de l'oieille , circonstances qni espliquent non- 
sealement la diversité des systèmes , mais encore les ca- 
ractères différents des écoles sous l'empire d'an même sys- 
tème. » 

Les faits confirment la théorie de M. d'Ortigne. N'est-^l 
pas certain (ja'ane phrase étant donnée , elle sera lue od 
prononcée de manières différentes par un Français , un An- 
glais, un Espagnol, un Allemand , un Polonais , etc. ? Par 
conséquent , la valeur tonique des syllabes , formant les mots 
qui constituent la phrase , variera suivant la nationalité de 
celui qui lit on parle. Des signes quelconques ont donc été 
jugés nécessaires pour fixer cette valeur et la maintenir au- 
tant que possible invariable dans le chant À tontes les épo- 
qnes et dans tous les pays. 

Les signes , qui ont été primitivement usités dans la mu- 
sique , ont été , Qvons-nous dit , les mêmes que ceux dont 
on se servait pour l'accentuation du discours. Les Grecs sont 
les premiers qui les aient employés ; du moins on le suppose, 
parce que ces signes ont été nommés d'un nom emprunté 
k leur langue, -jrviufj.*. Suivant saint Jean Damascène, ce 
mot dérive de wviif qui veut dire respirer, souffler, inspi- 
rer , et T¥*u(4^ signifie souf/le , esprit. Il y a quatre sortes 
de TTttuiMt. : deux sont pour les voix ascendantes et les deux 
autres pour les voix descendantes (1). « Les Grecs, écrit 
Duclos dans ses Berma-ques eur la Grammaire générale , 
étaient fort sensibles à l'harmonie. Aristoiène parle du 
chant du discours , et Denys d'Halicarnasse dit que l'éléva- 
tion du ton dans l'accent aigu et l'abaissement dans le grave, 
étaient d'une quinte ; ainsi l'accent prosodique était aussi 
musical, surtout le circonflexe, oii la voix, après avoir monté 

(1) ■«mûrit «■ Il poraci^on dt H. VilMOt, et cili pir lai dlss l'art, soscilé. 



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— 252 — 

d'ane quinte , descendait d'ane antre quinte anr la même 
syllabe , qui , par roDséquent , se prononçait deux fois. » 

Ce passage est important, puisqu'il nous apprend non- 
senlement que chez les Grecs , l'accent prosodique ne diffé- 
rait point de l'accent musical , mais encore quel est le degré 
précis d'élévation au d^ abaissement de la voix. Ce passage 
satisfait donc en tons points au vœo exprimé par M . Vitet et 
cité plus haut , à savoir qu'il fait connaître VintervoMe mu- 
sical qu'un signe neumattque commande chei 1^ Grecs. 

Quant à la langue des Latins , nous ne possédons malheu- 
reusement pas de document qui nous révèle quelle était la 
proportion de leurs accents , mais Cicéron témoigne , dans 
Bon de Orator., xvii , 57, qu'ils étaient , comine chez les 
Grecs, au nombre de trois : le circonllexe, l'aigu et le grave, 
et que les Bomains étaient très-sensibles à la prosodie : une 
syllabe trop brève ou trop longue , dit-il , fait pousser des 
cris dans nos théâtres , quoique la foute ne connaisse ni pieds 
ni rhythrae, et qu'elle ne sache ni pourquoi ni en quoi l'o- 
reille est offensée. — « Theatra tota exclamant , si fuit une 
sjllaba brevior aut longior ; nec vero multitude pedes novit , 
nec ullos numéros tenet, nec illud quod ofTendit aut cur aut 
in quo oiïendat intelligit : et taroen omnium longitudinum 
et brevitatum in sonis, sicut acntamm graviumqoe vocnm, 
judicîum ipsa natura in auribus nostris collocavit. n 

Puisque les accents des Latins étaient les mêmes que ceux 
des Grecs, et qu'au rapport de M. Vincent, l'Eglise latine 
a adopté les traditions musicales des Grecs (1) , ne pourrait- 
on pas dire aussi que , chez les premiers comme chez les se- 
conds , le degré d'élévation ou d'abaissement de la voix était 
le même , c'est-à-dire d'une quinte ? Ceci , nous l'avouons , 

(I) Sur la imialilé KctéhailûrM. BeTDt artbéologiqne, Xi\' année, tSBB. 



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— 253 — 

n'est (ju'onc simple hypothèse de notre part , et nous nous 
contentons de l'indiquer en la soumettant à l'appréciation 
des musicologues. Heureux , si elle pouvait servir à déter- 
miner un joar exactement l'intervalle musical commandé 
parles neumes latins. 

Une autre question non moins importante reste à élucider. 
Ces signes indiquaient-ils aussi ce qu'on appelle en musique 
lamesure? Ici,iln'est pas inutile de rappeler la distinction 
que Tait M. Vitet entre deux termes que l'on a crus syno- 
nymes et que l'on a longtemps confondus. « Les anciens , 
dit le savant académicien , subordonnaient les divisions de 
la durée , l'un aux eiigeoces de la métrique et de ta proso- 
die , l'autre aii sens de la parole et au mouvement de la pas- 
sion. Le chant réglé par le rhythme oratoire était , pour le 
moins, aussi libre que notre récitatif, c'est-à-dire que no- 
tre musique non mesurée, et quant au rhythme poétique, 
le rhythme des chants héroïques , quoique moins vdgue que te 
rhythme oratoire , il n'était pas non plus rigoureusement dé- 
terminé. Le troisième seul , le rhythme de la poésie lyrique, 
de la .danse et de la musique d'instrument, était franche- 
ment musical , et par là même fraachement accentué ; mais, 
comme il était conforme au genre de musique avec lequel 
il était uni, comme il n'était que mélodique, il n'avait pas 
besoin d'atteindre à un degré de précision mathématique et 
d'exactitude absolue , superflu pour la mélodie et presque 
incompatible avec elle. Les Grecs, il faut le croire, n'en se- 
raient pas restés là , s'ils avaient connu l'harmonie et les 
complications qu'elle enfante ; au lieu de trois sortes de 
rhythmes , ils en auraient eu quatre ; ils auraient caractérisé 
le quatrième en l'appelant rhythme harmonique ; et aujour- 
d'hui on serait en droit de nous dire qu'entre le rhythme an- 
tique et la mesure il y a vraiment identité. Mais comme il 



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_ 254 — 
n'en est point ainsi , il Taut prendre les choses telles qu'elles 
sont et Dous'gàrder de confondre ce qui est véritablenient 
distinct. Le rhythme musical des anciens était la mesure de la 
mélodie ; la mesare , au contraire , est le rhylhme de l'har- 
monie , rhythme à part , rhylhme spécial , qui, de même que 
l'harmonie, n'est qn'ea partie d'origine antique, et tout 
moderne en réalité. » 

M. Vitet attribue à l'influence des peuples du Nord ce 
qu'il y a de moderne dans la musique mesurée , et ajoute en 
terminant « qu'il s'y trouve autre chose que dans la musique 
rbylhméedes anciens , et nous en trouvons la preuve dans la 
mesure elle-même , puisqu'elle a conservé comme une trace 
encore visible de la rude et monotone influence qoi à con- 
couru à la former , et qui lui a légué son exactitude inflexi- 
ble, aveugle et toute matérielle. •» Ne demandons pas à 
M. Vitet surquoi il fonde cette assertion; il répondra franche- 
ment qu'il n'a ni preuves authentiques ni exemples directs à 
l'appui de son opinion. Cependant nous l'adoptons , et nous 
tenterons de la justifier , en invoquant non pas des théories 
musicales , puisque l'histoire garde le silence sur elles , mais 
la prosodie des peuples du Nord. 

Et d'abord cette expression battre la mesure est une lo- 
cution d'origine septentrionale. En effet , si nous consultons 
les traités de versification desGoths, des Anglo-Snions, des 
Allemands, des Néerlandais, etc., nousverrons qu'il fallait 
un certain nombre de cadences , nommées coups ijetus en 
latin , s/aç/en en langage teutonique) , pour former le vers des 
peuples septentrionaux. 

La longueur du vers ordinaire ou narratif des Anglo- 
Saions n'était pas déterminée par pieds comme rhex les La- 
tins , et sa mesure n'était influencée , comme chez les Islan- 
dais , que par les syllabes longues ou accentuées , r'est-à- 



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— 255 — 

dire par des syllabes qai ont de l'empbase dans le son , et 
pour la proDonciation desquelles la voîx doit s'élever. Or , 
suivant l'eipression de l'illostre hollandais Ten Kate , une 
syllabe longue est la partie réelle ou radicale du mot sur la- 
- quelle porte l'intonation ou l'orsts, ou , ce qui revient au 
même , l'élévation de lo voix. 

Le vers narratif anglo-saxon contient deux syllabes lon- 
gues , et chacune d'elles est habituellement suivie d'une ou 
de plusieurs syllabes , qu'on peut prononcer brièvement et 
qui sont, pour ainsi dire , incolores et muettes. « Du reste , 
fait observer Rask dans sa Grammaire anglo-saxonne , il ne 
paraît pas que ces syllabes longues et brèves doivent être 
disposées d'après d'autres règles que celles prescrites par 
l'oreille et par la cadence du vers.. Toutefois , deux ou même 
un plus grand nombre (le syllabes accentuées se rencontrent ' 
rarement sans être accompagnées de quelques brèves. En 
grec et en latin , un dactyle est l'équivalent d'un spondée ; 
mais dans ce genre de vers , un dactyle , nn spondée, un tro- 
chée , etc., sont tous considérés comme équivalents , parce 
que chacun d'eui a une syllabe emphatique (1). n 

A ce propos , le célèbre professeur danois Finn Hagnu- 
sen a fait au grammairien Rask une remarque qu'il est bon 
de signaler à l'attention de tous ceux qui s'occupent d'es- 
thétique ; c'est que les Grecs devraient leur vers hexamètre 
au vers narratif des nations gothiques. « Il est constant, 
en effet , continue le savant Rask , que le vers national le 
plus ancien chez les nations phrygiennes est l'hexamètre , 
comme chez les peuples gothiques le vers narratif. Or, si 
l'on considère l'arrangement de chacun , la ressemblance est 
frappante, et l'hexamètre paraît être simplement une forme 



(1) TriductioD msniurriM de H. de Saard*>»1. 



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— 256 — 

restreinte do vers narratir , dont l'allore est plus libre , plus 
rude et sans doute plus antique. Pour donner un exemple 
de ce rapprochement , je vais arranger, d'après les règles du 
vers narratif, (jnelques hexamètres grecs et latins pris au 
hasard : 



tmv /mï lae 


46m«i>.- 




Hup«« it «(. opflw( 


Bor.* ()«9« 


Oi/ui in-'aveni , 


Pnfî.«( ■ 


t» Tf.WX"( 


A..n ^» hî„. 


T<nt(»iTo.,Mrn.J> 


HbOa f .ïït*. vm. 


E.î»pa»«ï]T«i- 


Tns i'afin\! 


P>itJ..i S. 


r Jp«« e». 


En«T>ita«, 


nptTcafnSti (Srioi' 


t«l.itT, w.p «.«». 


Arma virumqne 


Vi superùm 


Cano, Trojx 


Saevïe memorem 


Quiprimuaaboris 


Junonis ob iram; 


Italiam 


MuUa rguoque 


Fato profugus 


Et bello passas, 


LaTinaquo venit 


Dùm conderet urbem 


Litlora : miiltùm 




111e et terris 


DeoB Latio 


JacUtusetalto, 


Genus undè Latinum 



« Cette décomposition produit , non no vers pindariqne 
ou adonique, -maison vers narratirgothiquesi comptetque, 
dans ces dis-huit vers d'Hésiode' et de Virgile, il n'y a ni 
déviation ni Tante contre les règles du verbe narratil ; et ils 
se lisent d'une manière aussi coulante comme vers islandais 
quecomme versheiamètres (1). » 

Des érudits du premier ordre , parmi lesquels on cite les 

(I) Traduciian inédite de H. d« l-ourdeiil. 



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— 257 — 
CrèreB Grimm , ont cm , au contraire, , qne les vers narra- 
tif gothic|aes et anglo-saions avaient empranté leur me- 
sure i l'hezamètre des Grecs et des Latins , et, de deus ven 
narratifs , ils n'en ont fait qu'an , c'est-i-dire, qu'ils les ont 
écrits sur la même ligne. C'est ainsi qu'ils ont réduit à cinq 
lignes les dii vers suifants de Boëce : 

Eili thû Bcippend Hélas I loi, créateur 

Scirra (nngla Des brillanta astres, 

HeoFoneB and eordan I Bu ciel et de la terre ! 

Thu on heabsette Toi, sur la trdne 

Ëcum ricsast; Toujours règnes; 

And Ihu ealne hrœthe Et toi , tous rapidement 

Heofon ymtt-hweorfest Les cieux en rond tournes ; 
Andthurhthinehaligemibt Et par ton saint pouvoir, 

Tui^u genydest Les astres obliges 

Thœt hi the to byrad I A t'obéir 1 (1). 

Si on n'écrivait ces vers qu'en cinq lignes, il s'ensuivrait 
qu'on se trouverait en opposition directe , 1°. avec le mode 
de versification usité.cliez les nations Scandinaves, depuis 
■ les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ; 2", avec l'an- 
cien usage des Anglo^asons eux-mêmes , qui , dans la plu- 
part des manuscrits , ont soigneusement indiqué par des 
points ta lin de chaque vers narratif ; 3°. avec toutes les 
règles de l'ancienne poésie gothique , qui nous enseignent 
que les vers étaient constamment unis deai à deux par 
l'allitération ; 5°. enSn , avec tout le système de l'ancienne 
versification des peuples du Nord , qai n'ont jamais admis 
la césure des hexamètres ni des pentamètres grecs et lB.tins. 
En anglo-saxon , comme dans tout idiome teutonique, 

(I) Tradnttion inédite de H. de Soardeval. 



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— 258 — 

le ton principal s'appuyait , avons-nous dit , sur la première 
syllabe radicale ; de fagon que les prélîies ne recevaient ja- 
mais l'accent. Mais , dons on mot composé de deni termes 
ayant chacun un sens propre et indépendant, le ton appar- 
tient généralement bq premier. 

Dans les mots anglais d'origine saxonne , la syllabe radi- 
cale ou principale conserve l'accent ; dans ceux tirés des lau- 
gnes savantes, l'accent ne varie pas. 

Les sabstantifs et les adjectifs anglais de deai syllabes 
l'ont sur la première syllabe ; les verbes dissyllabiques l'ont 
sur la dernière, les participes de deux syllabes retiennent 
celui du verbe dont ils dérivent. Ceax dérivant des verbes 
monosyllabiques ont toujours l'accent sur la première syl- 
labe. 

Qnant aux trisyllabes et autres polysyllabes, on peut éta- 
blir, comme règle générale , que les premiers ont l'accent 
sur la première syllabe et les seconds sur la troisième. Mais, 
A cette règle générale , il y a de nombreuses exceptions. 

Au siècle dernier, l'abbé d'Oliv'et niait que la langue Fran- 
çaise eût l'accent prosodique. Il ignorait sans doute que te 
grammairien Louis Meigret avait déjà résolu cette question , 
deux siècles auparavant , de la manière la plus affirmative, 
et avait étayé sa doctrine des raisons les plus fortes. « Vac- 
eml , disait-il, ou ton en prononciation est une loi ou règle 
certaine pour élever ou abaissertaproDondation d'une cfaa- 
cnne syllabe.' Et combien que cette doctrine semblera bien 
nouvelle au pur françois , si (cependant) est-elle de telle con- 
séquence que , si quelqu'un ne les observe , soit par usage ou 
par doctrine, et qu'il les confonde', l'oreille françoise s'en 
mécontentera : de sorte que . combien que tes syllabes soient ■ 
observées en la prononciation avec leur quantité , si toutefois 
l'accent est corrompu , elle ne In daignera avouer sienne. » 



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— 259 — 
Puis , posant les règles de Taccentuation française : a Pour 
commencer à défricher cette doctriue , il faut premièrement 
entendre qne jamais l'accent étevé ne se rencontre en la 
dernière syllabe des dissyllabiques ne polysyllabiques; et que 
le ton déclinant on circonQese ne se treuve point qu'en la 
penultime syllabe , si elle est longue et la dernière brève. 

a Les monosyllabes en notre langue font varier les tons 
d'aucuns dissyllabiques, ni ont eux-mêmes aucun ton sta- 
ble. » 

Ainsi , de deai monosyllabes qui se suivent soit an com- 
mencement d'une phrase , soit après qd polysyllabe , le 
premier sera seul accentué; si ce sont trois monosyllabes, 
l'accent portera sar le second , etc. 

Nous pensons donc , d'après tontes les considérations qui 
précèdent, qu'il importe, quand il s'agit d'interpréter les 
neumes primitifs, de tenir compte dn génie prosodique du 
penpte , auquel appartient l'artiste qui a fait usage de ces 
accents poar la notation des textes anciens. 



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TABLE DES MkTIËRES 



IMTRODDCTION paya * 

I. OlIGINK DES LiNQUEl 1 

Lairadilion biblique 1 

Les premiers écrivains qui se sont occupés de linguialique. — Plaio». 

— Arisiole. — Varron. — Ilérodole S 

Jusie-Lipse. — Vossiiis. ■— Dom CalmeL — Théodoret. — Aniira. — 

Myricœus. — Uironiies du Mo»t-Liban. — Les Egyptiens. — Les 
Cbinois. — Pi'ïron,— Pellouiier. — Sorreguieia. — U. P. Asiarlos. 

— J.-B. Erro. — Goropius Bec«nn$. — Adrien Van Scbrieck. — 

De Grave. — La tour- d'Auvergne. — . Courl de Gibelins 3 

Leibnjii.—Hewis. — Catherine l[,impératrire de Russie. — Chim- 

berlajne , i 

L'idiome sanscrit itécnuTerl. — L'Inde 5 

Lepsius. — DeHumbuldt. — Barton. — Vater 

Lamariine 10 

Jacob Kaifschmidl 13 

Tableau des sons. — H. Alfred Uaur; 15 

M.Fallol 14 

Les Indo- Européens et les Sémiies IS 

U. Eiihoff — l'arallile det Itmguet de fEuropt tt de. l'Inde. — 

M.Chavée 16 

M. Renan.— U. Jeban ISeilB 

II. — LiNCDES DK l'Orient et de i'Occidkht 21 

Population de la terre- — Cinq grandes divisions territoriales. — Cinq 
grandes races S3 

A. — La race lilancbc ou caucasique , subdivisée en trois rameaui : 
!<■ Aramèen ou sémitique j 2° indo-européen; ^scylhique ou tar- 

Ure 22 

17. 



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— 262 — 

B. — La née jinne : 1* nandchau ; 3« siniipie , 3" eikimaa on hy- 
perborien S3 

C. — Lance rouge 93 

D. — La nce brune 33 

E. — La race noire : 1« èlbiopien , â» caffre ; 3° boiienioi 33 

Cinq grandes dimions de langues : i' laagaes de l'Asie; 3<> lanpies 

de l'Europe; 3a|aneiies de l'Afrique; i« liagaes de l'Amirique; 

S* langues derOcéanie..-. U 

Lm d«ia groDpei d« Ungaes les plus rentrqniblts mdi : 

%l.^heila>tguaiiimliquei 3!( 

Elles se divisent en quatre bnnches : 1* hébraïque; 2<> syriaque; 

3° arabique; 4<> abyssjnique 29 

S IL — Les longuet mdo-européemia 3S 

Elles sont divistes eu six ramilles : l» langues indiennes ; 3* langues 

persanes ou iraniennes; 3« langues celtiques; i> langues slaves; 

9° langues germaniques ; Q' langues gréco-latines 37 

A. — Les langues indiennes comprennenlle tanscril, le pnkril, le pâli, 
rbiudonslaai et d'autres dialectes 38 

B. — Les langues persanes comprennent le puschlu, le lend, le pelbvi, 
leparsi, le persan moderne, le dialecte kurde 29 

C. ~ Les langues celtiques comprennent le gaSIIqne , le cymrique , le 
gallois, le coniique et le bas-breton 30 

D. — Les langues slaves comprenoenl le serbo-rnsse, le russe mo- 
derne , le serbe , le carnique , le vendo-polonais , le lelto-prussien. 31 

E. — Les langues germaniques comprennent le gothique , l'ancien 
haut-allemand , le Scandinave , l'ancien bas-ailemand , le saxon , le 
néerlandais, le frison 33 

P. — Les langues gréco-latines comprenoenl toutes tes langues oéo- 

lalines 55 

La langue basque. — H. Peler du Ponceau S3 

M. de Humboliit. — M. Jehan.- 57 

M. Amédée Thierrï. — M. Aug. Chao 38 

III. — Langurs pi la Fuhce. — Leur ci rco user! pli on. M 

Celles et Germains. — Jules César, — D. Bouquet. — Pelloulier. — 

Sehoipllin. — Hollzmann. — Arendl. 44 à 44 

Altération de l;i lan);ue latine. — U. Villemain 45 

Influence des Visigottis , des Burgondes et des Franks 46 

Bretons de la France el du pays de Galles. — H. de la Villemarqut.. 46 
La langue des Saxons donne naissance an nederduHieh. — H. de 



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— 263 — 

Haeme. — Traiié enlrc le Pajs-Bas el h.BelEiqae poar li proprièié 

liiiéraire 47 

iDTasicm des Normands en France i8 

Au IX* siècle , six idiomes se partagent la France : !• le celtique ; 

2» l'ibirieD on le basque; S' le latin; i°]'al{eDiaDiqne; S° le saitOD; 

C> le scaudinsTG 48 

Latin coTrompu da VIII* siècle 49 

Langue romane. — Langue d'oc et langue d'oïl. — tJ. Hoke SO 

Lm langue d'oc comprend le languedocien, le provençal, le dauphinois, 

le lyonnais, Vauvergnal, le limousin, le gascon. -— H. Marj-Litont. Si 

La langue d'oïl comprend le normand, le picard, le bourguignon K3 

Staliatique ou dénombrement des Français parlant les différentes lan- 
gues de la France 34 

Idtmàe la Belgique 54 

Les langues parlées actuellement en France sont : l* le flamand ; 

2" railemaod; S" le cello-breton; 4'» le basque: S" l'italien; 

6* l'espagnol ; ?■> lé provençal ; 8> le français propremenl dit S4 

Lois proscrivani les divers idiomes parlés en France, sous la roysulé 

el la république ■ ïfSiSfi 

Opinions sur l'étal et l'enseignemeni des diverses langues de la 

France 86 4 62 



GRAMMAIRE COMPAREt: 

PREMIÈRE PARTIE. — Ststèhe modique 63 

Définition de la philologie comparée, par H. Egger. — Lo grammaire 

déli nie par M. Régnier. — Dcnys le Tb race 04 

Analogie entre les mots. — U. Ampère 65 

H.FalIol 66 

Sons vocaux. — Voyelles. — Consonnes 67 

.1. — Dïs TOïBLLM. — M.Kersien 67 

Vojeiles graves, aigiies, moyennes on douces 68 

Diphibonpes 68 

Voyelles simples 69 

Dipblb on gués ou voyelles composées 6S 

Changement des voyelles en sanscrit , — ^una , ~ vriddM 69 

Les voyelles et diphthongues en flamand 70 

En allemand, en cello-brelon 71 

Enromano-provençal,en basque, en espagnol, en italien, en français. 73 

Les voyellesseuiespeuveni-ellescDDElituer une langue? — M. Kerslen. 73 



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— 26* — 

Permalalion dttvoyellei 7i 

Toulea les voyelles peuveni se réduire à trois. — J. Grimm 74 

Li p«rmuUliDD des voyelles se fail de trois manitres dHTérenles...!. 73 

Causes de 1i perninlatlaD ) , „ _„ 

, . . , . .• desToyelles 78 

Lois de la permutation ) 

Exemples de permatAtions 77 

Exception i ti rè|;le de permnlatioQ 77 

Concordane« entre les voyelles du Einscril el celles des langues de la 

France 78*81 

Tableau oii soni réunies quelques-unes des variations subies dans les 

palois de Champagne par la prononciation de la langue française.. S2 

Indication de travaux sur les dilTèrenls dialectes de la France. 83 

Comment les voyelles se permutent dans les différents dialectes de la 

France 84 4 87 

Exemples de permutations des voyelles du latin en français, an 

XVI< siècle, d'après le grammairien Jacques Dubois 87 à 93 

Pennuialion des voyelles en flamand 93 i 9i 

PermulatioD des voyelles dans les diverses langues germaniques. — 

M. deChevallel 99 

Dans la poésie germanique, la voyelle esl influencée par la position 

qu'elle occupe 66 

11. — CONSONKES 97 . 

Formation de la consonne 97 

Cinq catégories de consonnes : — gutturales , — linguales , — na- 
sales . — dentales , — labiales 98 

Consonnes sourdes, — sonores 98 

Consonnes fortes, — faibles 99 

Le sanscrit a Ircnle-qualre consonnes 99 

— deux signes secondaires T - amuvara, — vàarga...- 100 
Consonnes en usage en flamand , en allemand , en ceilo-brelon , en 

roma no-provençal , en basque , en espagnol , en italien , en français. 100 

Permulalion ifc» eonionrtei .,.,.. 101 

Fabre d'Olivel. — M. Amptre 101 

Lois de la permutation des consonnes lOS 

Tableau de la permutation des consonnes en sanscrit , — en ceiio-. 

breton , — en latin, — en grec, — en gothique, — en basque, — 

en allemand 103 

Tableau de la permutalion des consonnes en latin , — en italien , — 

en espagnol, — en provençal, — en français 104 

Tableau de la permutation des consonnes en gothique, — en nordique, 
. — en ancien allemand , — en ancien saxon , — en ancien frison , 



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— 265 — 

— en suédois,— en danois, — en anglais, — en illemand, — en 

hollandais ,— en Damiod 1(U 

Exemples de 11 permutation des consonnes de mènie organe eld'organe 

différenl lOBàlOT 

Exemples de la permntation des consonnes en voyelles 1071109 

Oh^ervalions deH. Ji^ban 108 

Pennuution des consonnes, signalées au XVI* siècle par Jacques 

Dabois 10»»H3 

Lois eaphoniqnes. — m. Piclel IIS 

Résumé de ces lois relallves au sanscrit Hi 

DEUXIÉHE PARTIE. — SrsTiin dr ù roaunOM obs mots llS 

Le germe, — laraeine, — le radical oulbème 1)5 

Leurs définitions ; 115 à H7 

L'a na strophe, — la mélalbèse, — l'apbarèse, — l'apocope, — la syn- 
cope, —l'épenthése, — U prothèse,— laparaguogue 117 i U9 

FoSHiTIOn DRS MOT» 110 11 (30 

Dérivolion 121 

Deux modes de dérivation des mots 121 

PréBies 144 

Liste des préfixes sanscrits 132 1 137 

Suffixes 128 

Trois sortes de suffixes sanscrits i les kiidanta, — les undcfi, — les 

laddila 128 

Liste des suffixes sanscrits. — Liste des suffixes celtiques 120 

Liste des suffixes latins. — Liste des suffixes français - 150 

Suffixes anglo-saxons 133 

— propres aux subsionlife 134 

— propres aux adjectirs 13H 

Suffixes flamands et allemands.. 159 à 140 

Suffixes basques 141 1144 

Compoiition 145 

§1. — SubsUQtilavecsubsuntif 146 

SU. -Substantif avec adjeclit. 147 

S IlL — Substantif avec verbe 147 

% IV. — Verbe ou substantif avec préposition ou adverbe 148 



TROISIÊUE PARTIE. — Fouis 

D£cLra*U0H 

Le sanscrit reeonnatt trois genres.. . 



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— 266 — 

Formation dtteat. — Origine dt VarUele JS8 

Singulier 189 

Pluriel 160» 

Dèelinaisoi bB9i]ae. — &elatioDspnmsiTes et secondaires 160 

Formalion des cas basques. — Similitnde avec le aanscril 169 

Fenualion des cas en allemand et en flamand IfiS 

Déclinaison comparée da pronom germanique 164 

Permutalions de lellres 16li 

Division des déclinaisons germaniques en fortes el en (aiblea 166 

Origine de l'article dans les langues bretonnes et néo-la line& 168 

Décltnaiaon det tubilantift 171 

Stogulier. — Nominatif 173 

Aecnsalil. 176 

Dalif. 178 

Génitîl 180 

P/Bwi. — HoroinaUf 181 

AecnsBlif, dalif, génitif 185 

Adjectift iU 

Déclinaisons fortes ^déclinaisons faibles , 189 

. Dêgrét de eontparaiiiat , 187 

Nom PB NDKBBE , 18» 

Nombrei cardiaaia '. 489 

Nombrei ordiaaax 195 

DbsProho« 199 

Pronom de la première personne (singulier) 300 

Pronom de la seconde personne (singulier) 300 

Pronom de la première personne (pluriel) 303 

Pronom de la seconde personne (pluriel).. 340 

Pronom de la (rôisième personne (singulier) 305 

Pronom de la troisième personne (plnriel) 205 

Déclinaison dn pronom de la troisième personne dans les idiones 

Déo-lalins 306 

DdVbmb 308 

Formation dm tempi. — Cimjugwon SOS 

Temps généraux. — Temps spéciaux 308 

Formation des lemps en sanscrit , SOS 

1° Verbes qui prennent en sanscrit la formalive a 210 

2" — _ _ ya. 312 

5« Verbes qui insèrent une nasale dans leur racine. ...-. 315 

1« Verbes qui insèrent en sanscrit «, nu ou nâ entre le ibème et la 

désinence 314 



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— 267 — 

9o Verbes qui insèreni en sanscrit aya devsDl la désinence 214 

Suffixei perioimeU 31t> 

Suffixes sanscrits et latins 317 

Singulier, — pluriel 2i7 el 248 

Suffixes sanscrits et gothiques S31 

'singulier, — pluriel 221 

Suffixes gothiques, allemands el flamands 221 

Singulier, — pluriel 331 

Forma/ion dei lempi 223- 

% 1. ModificalioD par gaaa :. 332 

L'a&/au( allemand 225 

Conjugaison rnrte, — conjugaison Faible 323 

§3. Composition de la racine du verbe avec un auxiliaire 227 

Présent. — Indicaiil 251 

Subjonciir S33 

Passé. — Prélérit 253 

Partait S5S 

Fulur 5i57 

Infinitif. 344 

Participe prèsenl 24S 

Parliupe passé 34B 

De Faccenl tûuique du tangua et de la ImaUté municale. 248 



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Pages 46 , ligne 1 , au lieu de bornée» , lisez : honait. 

— 160, ligne 2i, au lieu An^riinaiTM tX relatûmi ueon- 

dairet, awrquellei.. ..,l\aex : primaires 
etrelatiotu secondaire». Auxpremièret,... 

— 167 , ligne 3 , au lieu de zoimenondergang , lisez : s< 

ondergang. 



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